‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 22 sur 142 · L£TTR£ DE M. DE MIRAI^DE · texte numérisé non relu

L£TTR£ DE M. DE MIRAI^DE

XXXVl. ~ * LETTilE DE M. DE MIKANDE

A M, Duplessis,

MoNSiEUH, ia despesche que nous venons presentement de recevoir de nos dépotes , a6tis a appris qu*on leur a donné quattre commissaires pour les ouïr, qui sont MM. les presidens de Thou^ de Boissise, de Lis et de BuUion : ce me faict Toir que leur expédition ne sera pas si prompte coiiïme nous espérions ; cela faict que toutes choses s'entretiennent en verdeur par deçà. Ladvis qu'on tous a donné de rendes tous k ■ Saint Jean est vli iiable ; il y a là à pi tseut assés bonne compaignie ; mais ceste reveue u est que pour en asaeurer une aultre qui sera au mesme lieu , le* 1 5 du prochain. On a anticipé la teneue du synode provincial pour le faire tenir en mesme temps; si c'est pour couvrir Tanltre, et que le tout soil à bonne fin, il y auia eu de la prudence de choisir ceste voye. J'estime quon ne fera poinct d estât de nous pour cela, et qu'on restreindra le cercle aulx quattre provinces que \'ous sravés. La Basse Guienne parle tousjours iiaultenient; j ai veu des lettres du conseil à Gasteljaloux, qui blasment fort qu'on se soit relasché. La plus con-* siderable signature est celle de M. le baron deLesignan. Au parsus, monsieur , j'attendois de trouver es lettres de H. Bonchereau l'ouverlure mentionnée par les vostres , sur raccroissement de nos brouillons ; mais il ne m*en touche pas ung mot. C est ung mal qui continue h nous travailler, et qui est notoirement fomenté de dehors ; j'espcre pourtant que si on pcuk réduire leb majcontens à rechercher les formes de la justice*

A M. DLPLESSIS. ' 91

€0101116 ils disent tout hault qu'ils Teullent dire 5 que

le mal n'en sera pas si grand que nous Tavons appréhendé. M. le duc de Eohaa & plainct par lettres escrites k nosire maire, que ses ennemis ont faict courir le bruict à la court et ailleurs , qu'il s'estoit trouvé Lien empeschë de ceste ville, et qu on lui avoit planté ung corps de garde devant sa porte : il nous a aussi faict voir la lettre que lui escrit la royne , qui est bonnes elle en escrit une aultre qui est fort bonne aussi à M. Dostre maire , laquelle lui a esté rende^e ouverte , huict à dix jours après Tarrivee de ceulx qui lavoienJ: apposée, etc.

bu iBfebvrier 161 3.

 AI, de LoumeaUf AI. D. S, E,

Monsieur, je vous vois approcher du changement de vostre mairie, lequel, après les symptômes dont vostre ville a esté agitée, semble vous estre critique. Ce que certes je dis, non par curiosité de, sçavoir Tordre qu onyfu'end , mais par craincte du desordre qui y peuft entrevenir; encores que j'estime que les gens de bien ne trouveront jamais estranges , vostre ville nous estant une commune patrie ^ que j en sois en quelque seing. Si on vous laisse faire au dedans, sans que du dehors il vous soit suscité des brigues , je sçais que vo$ propres mouvemens ne vous peuvent porter qu'à vostre bien; et d'ailleurs^ nul ne cognoist si bien ce qui vous est propre, que^ vous mesmes ; mais si du voisinage oa s*ingere à vous donner ung maire, il y a danger que de plus hault, et avec plus d'auctorité on y entrevienne;

ga LLTTRE DE M, DUPLESSIS

que ce conflict n*alluihe entre vous les factions qu^il

convH iit esteindre, et que peu à peu vos nominations despendent plus des practiques d'aultrui , que du libre jugement de vous mesmes, dont je n'ai besoing de vous (lu e la conséquence , trop palpable après ce qu'on a yeu. Un acheminement tout évident du changement de vos privilèges , si vertueusement conservés , a une tant plus misérable confusion et servitude. Si on estoit asseurë qu'on vous laissast faire , et que les voisins n'y soufflassent poinct leurs haleines, il y auroit moyen de les arrester plus hault ; car on se pourroit asseurer que vos propres jugemens vous porteroient au choix de personnes désireuses de la paix. pul)lie(|uc , de la concorde de vostre .ville, et bien commun de toutes nos Eglises. Si au contraire, on s'y ingère d'ailleurs, on . n'ose proposer ce remède, parce qu'on n'en peuit garantir Tisseue; c*est pourquoi je vousprye, en mesnageant ma lettre selon vostre prudence , de vouloir sonder avec loisir i'estat de cest affaire , et le train qu'on j prend , afin que selon icelui , s'il est besoing, je vous y puisse rendre service ; car je desirerois fort qu*ane bonne fois vousfeissies cognoistre , par une saincte prudence et meure élection , qu'en vain on faict desseing sur vostre mairie, et {)ai' icelle sur l'eslat de vostre ville ; mais ung poinct aussi estime je à observer surtout, que vous jeCtiës les yeulx sur personnes qui n'ayent pôinet trempé dedans les factions, et qui se proposent en leur administration l'honneur de cicatriser vos playes, qui sera trop plus grand que d'avoir joinct Sainct jNicolas à Coignac, et les plus vieulx, sages et expérimentés ne s'eii debvroient poinct faire pryer, quandmesmes ik auraient faict deux fois la charge. Je lu estends là dessus , d'autant que je sçais le poids de

A M. D£ LOUMËAU.

vostre ville, et ne me puis rasseoir du péril où l'on laveue, etc.

A La Rochelle , ce ao febvrier 1 6 1 3*

XXXVIIL — -V'XifiiTRE DE M. DUPLESSIS

A. mcuUune de Rohan*

Madamb, j*ai reeeu, par ce porteur, celle qu^îl vcnis

a pieu m'esci-ire du et depuis vous aurés eu une despeflche de la court par ung de vos lacquais , par lequel aussi je vous ai escrît. Je plains extrêmement vos douleurs, et m'est- ung grand desplaisir d'avoir quelquefois à les esmouvoîr, selon que les accidens surviennent; mais je veuLv croire que désormais il y ea aura ipoins de subject, au moins s il vous reste quelque sentiment de prudence ou quelque mouvement à vous affranchir de la servitude des mauvais conseils. L'histoire de la lettre dont on vous a parlé est telle. M. Bouchereau , allant député de ceste province à Tassignation de La Rochelle, je le pryai d'aller trouver monsieur vostre fils de ma part, à Sainct Jean, et oultre une bonne lettre que je lui escrivois, Imstruisisd'unghon memoue, contenant toutes les raisons du conseil que je lui donnois , de ne porter poinct les affaires aulx extrêmes, les utilités qui lup en pour-* roient revenir, et les incouvemens au contraire. Peu après son partement , je receus des lettres de la royne dont est question , responsives à celles que je lui avois escrites de La Bjochelle , et aussitost feis une despesche au sieur Bouchereau par Portau, imprimeur de ceste ville, s en allant à Bordeaulx, faisant estât qu'il le rencontreroit à Sainct Jean, lui envoyant copies d'iceiles.

94 LETTRE DË M. BUPLEâSIS ,

afin de les communiquer à monsieur vostre fils , de tant plus que sa majesté s y plaignoit du peu de con* lentement qu'elle avoit receu du voyage du lieu des Rablues; et y avoit en ce mesme paquet une lettre pour lui 9 par laquelle, après Tavoir sérieusement conjuré de prendre le chemin de la paix par les moyens qui lui estoient presientés comme le plus seur, et pour nos Eglises et pour sa grandeur, je lui conseillôis particulièrement de reparer le defïault que dessus par paroles qu'il sçauroit bien choisir , qui conteoteroient la dignité de la royne , et ne feroient poinct de tort à la sienne. Ores n'estoit poinct encores arrivé M. Bouchereau à Sainct Jean quand Portau y passa, retardé dung jour par le mauvais temps , clause qu*il baillast le p«i({uet de M. Bouchereau au sieur de La Rivière à Samt Jean, auquel je lavois addressé en tout cas, et ^ continua son chemin , ce qu'ayant sceu M. de Rohan par le sieur de Beauchamp son ministre, envoya quérir ledit de La Rivière , et lui commanda de lui deslivrer le paquet , disant le voulloir faire tenir audict sieur Boucljereau à La Rochelle par U^utefontaine, lequel le lui bailla de bonne foy, et anssitost l'ayant ouTert, y trouva celles que je lui escrivois et audict sieur Bouchereau , qu'il ouvrit , ensemble la copie desdictes lettres de la royne qu*il eust esté plus honneste de recevoir (,1e ia main, comme il a hien recogneu qu'elles u'estoient envoyées que pour lui. Ici, madame, je sçais bien que vous plaindrés pour moi , qui ne meritois pas que mes lettres feusseui iourragees comme de personne suspecte, qui le debvois estre moids vers monsieur vostre fila que toute aultre personne; mats le pis / est, y vouUureut trouver du sens moral , je dis es lettres de la royne, lesquelles, pour me criminaliser, on

A MADAME D£ ROHAN. 9$ eiiToye au pretendeu cercle, et par toutes les Eglises du Poictou , Xaintouge , Bretaigue , et aultres provinces ^ avec ce monstrueux commentaire mentionné

en vos lettres, soubs ombre que la royne ine faisoit ce^t ijonneur de me mander qu'elle estoiL resoieue de smm ilpidyis que je lui donnois en mes lettres , sçavoir (le faire effectuer au plus tost tout ce qui avoit promis tant a monsieur voslre iiïs qu'au gênerai dé^ticis Eglises, par le mémoire que par son commanfleincriL M. du Ilouvi^iy avoit Laillc aulx députés assopblés a La Eociielle, ainsi que vous verres par la c(l|ii#^ que vous avés ici joincte, laquelle je feis tenir aussitost à La Rucliellc à M. Dauchci cati , pour Line mugir; et paslir tous ceulx qui m'a voient voulieu faire iaj^îdc^r pour une bonne œuvre, lesquels demeurèrent sans réplique, nonobstant que leur caloiiime ne cesse d'iHroirson cours. Je ne doubte poinct, madame, que* dlfpe^Aiêf vous n'entriés en colère pour moi , qu'il ait falleu, après avoir si aileclueuseinent et ulilement servi monsieur vostre fils , qu'il ait esté le premier qui ^ m%it Vouileu réduire à la nécessité d'une apologie; et aw lieu que M. de Bomiion s esloit contenté de me n»6(tre mal à la court, ait voulieu enchérir par dessus, deme scandaliser entre les Eglises; mais vous me fermez, certes, la bouche, quand il vous plaist me nionsti^ lès blessures de vostre cœur, et que J'entends qu^ting de ses bons conseillers n'a poinct eu honte de l<j justifier envers vous par ce niol de l'Evangile: Que cehiî n'est poinct digne du Christ qui n'abandonne pefè et mere. Ores n'ai je laissé, pour tout cela, de yservu' à ses affaires en court, en tout ce que j'ai peu , çt^tMifn sans fruict comme vous sçaurés d'ailleurs; j ai defeilli mesme à ma propre réputation pour le respect

g6 ^ LETTA£ D£ M. DUPLËSSIS

Ae nos Eglises et le vostre, n'ayant jusques ici voullea m'en plaindre h aulcung , soubs 1 espérance que j'avois qu'il escouteroit le tesmoignage de sa propre conscience contre le» suggestions de ceulx qui lui font plas de tort qu à moi. Mais si cela contineuey comme j'entepds de toute part, jugés , madame , ce que je doîbs à mot mesmes ; et quand je vouidrois renoncer à tous sentimens, s'il y \a pas du public , que ceulx. à qui Dieu a donné quelque nom entre les gens de bien» ne le laisse pas opprimer de calomnie, au scandale de l'Eglise; ce sera, toutefois, le plus tard que je pourrai, parce que ces traits ne se peuvent rappeller, et quelquefois font des impressions qu'on ne peult pas après

* effacer. Vous aurés veu la lettre qui feut semée à La Rochelle; elle passe la mer et les monts; j'en vois encores tous les jours d'aultres de ceste cabale, esqueilts je suis gratifié architraitre. Vous semble il pas, ma^ dame , que c'est bien bazarder sa réputation de n'y opposer que le silence? Je viens au sieur Desgruitieres , etrecognois que celui^est ung dur embarras que de rencontrer une si fascheuse entrée parmi nous. Si vous lut faictes faire sa plaincte, je crains q^e le blasme en demeure sur monsieur vostre fils, et neantmoins que le plaiiiclif n'en ail pas de réparation, parce qu'on est en humeur de tout esteindre : de publier avec ung manifeste, ce sera apprendre à beaucoup de gens cest

-opprobre, qui aimeront mieulx le croire que de s'en esclaircir. Je serois donc plustost d'advis qu'en ung synode des provinces du Poictou et de Bretaigne, esquelles il a esté diffamé, il en feist sa piaincte , et juS" tifiast la vérité , d'où elle passeroit aiseement à tous ceulx qui ont esté imbeus du contraire. Pour nouvelles, madame, le synode de Xamtouge, qui estoù

A MADAME DE ROHAIf . 97

assigné à Tousas au 5' de mai , a esté advancé au 5^ de inar», et transporté à Sainct Jean, ce qui nest pas bien interpresté de tous, sî est cé qu'à la court on tasche de lever tout prétexte ; car les députes de La Kochelle s^en vont fort contens^ et on' a despeschë en Guienne, pour reparer le faict de Tartas, et on De prescrit rien pour le faict de Uautefontame, le laissant à la discrétion de monsieur vostre fils; tellement, (]uc M. de Bessay a veu l'effect de tout ce qui lui estoit promis et par delà. Reste seulement. une difficulté que monsieur vostre fils requiert qtte le sieur Dubois soit son lieutenant de roj, comme estoit M. de La RochebauGOurt , ce qu'on laisse à son choix ; mais le sieur de Bessay s'en trouve empeschë , pour n*o(Fenser ledict sieur Dubois. A la court, tout ce temps s'est passé en festins, pour rallier les parties de Bourbon et Lorraine; mais au festin de M. de Nevers, est arrivé qu'ung gentilhomme de M. d*Espernon, repoussé par ung Suisse de la porte de M. de Nevers, Ta tué, dont n*y a pas eu peu de rumeur, et monseigru ur le prince s'est oifei t à M. de Kevers. Le sieur de Guitri a faict appeiler M. de Chastillon ; mais ils sont tous deux arrestés. Plusieurs aul«> très practiques se font et descowvrcnt tous les jours , parmi lesquelles nous pourrions faire le bien de Testai et le nostre , si nous estions bien sages , etc. *

Dn ^/^£iibvriec i6i3.

M. de Loumeau.

MoMsrEDR, le différend de vostre bourgeoisie avec le corps de ville ne sera^ plus fomenté de la court; car

MXM. DE DUPLESSIS-MORHAY. ToMB XII. 7

gS LETilUÎ. DJb: M. DUPLESSIS, etc.

m désire qti^ vostre yi\U demeure en coneorde, et j pense on avoir interest : le tout est i|ue du Toiskiage

rien ne souffle par Taliumet* J'attends response de "voua w W train ifue prendra veatre mairte » parce que » pôurveu qn*auUre ne s*en meale que Toua mesmes^

il sera aisé d'obi^uir qu'on vou^ lâtôse faire, et pour faire voir ce que deviendra h synod« assigné à Sainct Jean, ce que nous ne pouvons mieulx que par vos yeulx , tant y a qu& M. de Bessay riunporte i'effect de Texei^utioia de tout ee tfA avoit «sié promia par M. de Rouvray à La Rochelle , tant pour le gênerai de nos Egides, griefs des pi:ovinces9 que particulier de M. de Rohaiii teilement, que j€ ne «^ia qud subjectik nou- "veaulté on pourroit prendre , si on n'avoit appétit de ae perdre, i estiuèe ^us^i que vios députés vous auront porté conCentemieat. Il y a quelque^apparenee delirouii* lerie poui Juilliers, et sera malaisé qu'elle n'engage les estats. Qa tient que le duc de N^ubourg se faict papiste/pour estre protégé de la «lafaon d'Autriche.

L'Espaignol ftuct descendre de grandes forces à Gènes, et penda>ut tout cek une diette ae prépare ^ en laquelle il veult porter Albert à la couronne des Romains. En une court les factions se fortifient, et celle de Lorraine prend ung grand pied. Au train que nous allons , nous lui donnepona beau jeu , au Um que noua dabvrions estre instrumefis tit U reprimer , etc.

Du a4febvrier i6i3*

UËTTRE D£ M. MARBilULT , el*.

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