‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 23 sur 142 · XL. — ^L£TTa£ DE M. MARBAULX · texte numérisé non relu

XL. — ^L£TTa£ DE M. MARBAULX

ji M. Duplessis.

IfowsBieifBUR , M, Fommier ayant adverti les gens

de M. de Villarnould de son départ, je ue lai peu laîster «Uer les mains vnides. Dimanche, messieurs nos pasteurs feurent envoyés par le consistoire vers M. de Buiiion y sur ce qu'ils avoient ei>té advertis qu il envoyoit le livre de Tiienus , contre M. Dumoulin , par tous les colloques, pont kii en remonstrer la conséquence^ mais ils n'y gaignerent rien, car il dict que c'eetoit trop tard, et que la pierre en estoit jettée. Gela esmeut ceulx qui avoient esté commis par le synode de Privas pour ia reconciliation, ce poinct leur ayant esté speoialemeiit recommandé, comme aussi particulièrement ils en avoient la parole et promesse de M. de BuilloD ; c'est pourquoi ils le feurent trouver lundi au soir, pour le sommer de sa promesse, lut fiiisant voir les maulx que produiroit son long schisme eu la doctrine. M* Durand porta ia parole,^ qui se surpassa soi mesrnes. M. de Ouillon dict que des propositions de M. DumouUn naissoit Tananisine et Tatheisme, et de* manda iM. Dmrand leur vocation, veu que peu de jours auparavant il disoit n'en avoir plus; il respond qu'il n'en avoit poinct pour choses nouvelles, et que le synode n avoit poinct preveues ; mais pour celle ci qu lis en estoient chargés expresseement, et n'estoit question que de- Taccomplissement de ses promesses, et qu ils se feroient bien avouer ; puis s'attacha & la concession ou couÉession que de la doctrine qu on es- ,taUoit naistrok Tathetsme : interpellant en quelle con-*

J OQ LETTRE DE M. MAiiBAliLT

science cela s'estoit peu faire, feut respondeu par M. de Builion que personne ne lui parloit, qu il demeuroit tousjours offensé , et qu'il fauldroit estre ange pour fiiire auhrenunt. M. Durand repart qu'ung homme, touché de l'esprit de Dieu, eusl faict ce qu'on desiroit de lui, et par delà; que nos pères avoient bien faict dadvantage, qu'ils avoient enduré le martyre, et eussent souffert plustost la mort que de se laisser aller en beaucoup de moindres choses ; qu'il avoit des gens qui lui fiiisoient voir des actes faulx auixquels il se plaisoit, et qu'il pardonnast à sa liberté, s'il lui disoit qu'ils roynoient ses affaires et les nostres. A cela il ne feit âulcune response ^ et n en remportèrent dadvantage. ils ont donc conveneu entre eulx que M. Dumoulin escrira à tous lesdicts colloques , pour se justifier de n'avoir poindt contrcveneu à ce qu'il avoit promis pour la pai&, et que lesdicts sieurs accompaigneront ses lettres pour pryer qu un tienne toutes choses eu surseance , à ce que rien n esclate jusques à ce qu'on ait conveneu et resoleu d'estouffer le tout ; à quoi ils vous supplient de tenir la main. Juste! feut le lendemain matin du soir qu'ils avoient veu M. de Builion trouver M. de Rouvray pour se justifier, apportant quelque lettre qu'on lui escrivoit d'Angleterre , par laquelle il vouiloit justifier que M. Dumoulin n'avoit pas gardé sa parole de silence, et du reste n^ayant aultre excuse qu il fauldroit estre des anges pour se taire sur ce subject II ne feut poinct espargné. On croit que Ferner a bien eschauffë ce métal , pour se venger de M. Dumoulin, il arriva lundi ung messager d'Angleterre avec des despesches pour l'ambassadeur, qui conte des nouvelles dont les lettres ne dient rien , d'une conspiration descouverte contre le roy, sa maison et son

A M. DUPLESSÎS. loi estât, laquelle se debvoit exécuter durant les nopces de la princesse; ce sont;, k ce qu*il dict, les papistes qui debvoient mettre le feu à la Tour de Londres, pour en deslivrer les prisonniers des aultres précédentes conjurations. Il dîct que cest advis arriva à Douvres , comme il estoitsur le poinct de partir, y ayant attendeu quelques jours lè vent,' et'qu*on le laissa sortir, parce qu'il avoit des despesches pour l'anibassadeiu . INous attendons sur cela le boiteux, il sera malaisé, s'il se trouve vrai, que les jésuites n'y aient bonne part, qui vouUoient gager en Flandres que ce mariage ne se feroit poinct II s'est trouvé en ceste ville , chés M. de Pleurs, maistre des comptes, une saulcisse de vi^igt cinq livres de pouidre qui avoit esté jettee en sa cave , par le soupirail , estant tout en estât avec sa me^che. On présuppose que celui qui Ta mise s'est trouvé pressé du guf.t; il l'y a jettee de peur d'en estre trouvé saisi : mais on ne sçait que croire, si elle se portoit pour en user à Paris, ou la transporter ailleurs. Elle estoit enveloppée de toile, ce qui feroit plustost croire ce dernier. Mardi \k royne, voyant courre la bague aulx Thuileries , M. de Bocast rompit la carrière au marquis de Rhosny, et courut premier que lui, disant qtiSi estoit uiig tel homme pour courre devant lui ; le marquis le suivit, et dict ung mot à Poreille, ce qu'estant àppercett,,aussitost MM*, de Guyse, de Vendosme , et plusieurs aultres furent après liîi', et la roynè les accorda sur le cliaaip. Je crois vous avoir mandé que huict ou neut*)âe la noblesse de Bas Languedoc, s'es*^ tans assemblés en faveur de M. de Berttcheres , ont député ici Tung d'euU pour se plaindre qu'ils avoient esté mesprisés par magistrats et pasteurs en leur assembjee , n'y ayans esté appellés , combien qu'ils

lOîl LETTKB DE M. MARBAULt

soient presidens nés d'icelle ; sur quoi ils demandent règlement ici Ils ont eàcrit à M. de BuiHon et à MM. les députés, oultre les lettres de la i oync. Mercredi ceulx ci, avec ceuU de la province, se troure* rent chés M. de Buiilon, ne s'estoniumt poinct de cela, ,et lui disant que ce n'est pas la dixiesme partie de la noblesse du pays, et ont MM. les depates generauh: vertueusement fiiiot entendre a» aieur de Ghusonne qui a ceste deputation, que ce n'est pas ici qu li fault venir chercher l'ordre parmi nous, m estre réglés. Cependant vous ne eroiriës pas quel fondement messieurs du conseil faisoient là dessus. M. de Villarnould vous mandera ce que* M. de Pontchirtrain hii a dict sur cest affaire, ne lui dissimulant poinct que b province,, alléguant pour cause du refus de M. de Bel^•^ ticberes, qu'il seroit trop puissant parmi enlx, cesie raison agit encores plus fortement vers messieurs du conseU, pour n y admettre ung de plus grande auoto* ritë que lui, c'est k dire celai qui giardece depost. Ce* pendant, sur ung différend pour les consulats d'Aigviesmortes , la chambre ayant joge selon le désir de la province, on faisoitîci casser Farrest, et renvoyer le tout à monseigneur le connestable; ce qui estoit capable de jeitter la province hors des gond», lear faisant double grief, à cause de la jurisdiction de la chambre. M. de j^ouvray, en remonstrant ta^ emmqfleoce, et qu^oo les feroit rassembler, et peuk esire toutes tes provinces avec elle, M. de Villeroy y respondit feime, alléguant Tandorité, la charge du gour^hieur, la conséquence de se laisser mener aulx passions du peuple, elles y accoustumer.. Toutesfois, l'aultre persistant, il se laissa vaincre, et a esté esciit que s*tl y a lieu de se pourv<Mr contre larrest de la chambre, le roy évoque

A M. DUPLESSIS. Yo3 le tout h soi et à son conseil , pour ne irénvdyer à M. le connestable, qui est plua partie que juge. Sur Tenvoy da Unre de M. Tilenns, rambasMdaBr d'Angleterre s'est plainct que M. de Buillor» hii ait fermé ses oreilles, et à madame de La Treittouille, pour escoûter et suhrrtf hê conseils de Ferrier'^ qu'il sçalt • estre ung dangereux et violent esprit , passionné contre M» IHunoul» et foules nos Eglises. SuCfrey a ven MM. les députés generaulii^ el urée lumiê^ rck^^cy^i^eti sa faulte, reasleu d'abandonner oesl homme qui Ta perdes , et rstomner k ta pnmseo pou» stfbi# soa

^ gement, et faire ce qu'elle lui ordonnera, nonobstant qu'il eust appelle de ce qu^elle oroit feict contcie lui. Ustt veiiille que oMe reaipioencé soit vmy0< fat iwcetl celle dont il vous a pieu m honorer, dtt !li du païsé. Par Yostre manrfoire à M. le président Jeannin , la principale et plus forte instance ^ est sur ce qui conoemo messieurs vos gendres; aussi ce coup de faveur frappé, on poursuivra le l'esté fondé eû tihre , én demandant justice. Nous avions pryé M. de Ronvray d'en dire ung mot à M. le président, et de quelle importance il est qa^tm soit «assi' bkii Iraîsté'en.bins Msant qoë d'au tires en faisant le contraire. Ils a respondeu qu'il ne debi^oit poinct doithter quon m Jeist pour vou^ tout ce qui se jpompfvù* Mé de La Ghappsiiicrer a' escril k Mv dé Kouviny sur Fadvance du synode de Xaintonge, et la reveue des députés cka quattre provinces, et l'as-» senre fest q« ii le s'y passera rieii doilt on. se puibse offenser ici. il parle, au reste, le plus honnestement du monde, de MM. les députés d'Anjou, et ne seotent ces lettres plus rien dt» style des precediMeà« Qnr as» seure le mariage resoleu de M. le. duc d'Elbœiif avec la fille de M. le marquis d'Ancre, noyoRnant lequel il

lo4 LETTRE DE M. MARBEADLT, etc.

supplie Ja royne de lui donner la iieutenance du gouvernement de Normandie, lorsqu'elle vaquera. Jeudi , M. le comte de Lausun, courant en licc à la place Royalle, contre M. de La Chasteigneraye , feut blessé par lesclat de la lance de cestui ci , au travers de sa Visiere, au dessus de l'œil, comme le roy Henry II; on espère qu'il s en saulvera. M. de Buillon nous assigne tousjours le. tiers et sur le quart qui ne payent ^ poinct; j'y perds mon escrime.

Nous croyons l'advis deJa conspiration d'Angleterre faulx,'et qu'on a seulement voulleu prendre garde aulx ports, et desarmer les papistes pendant la feste des nopces. M. de Barraux est mort. Le faict du; lieutenant de M. de Lusignan est renvoyé pardevant MM. les ma-

reschaulx, ju|;es des armes, etc.

De Paris t ce % mars i6iS,

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A M* le maire de La Rochelle,

Monsieur, lorsque j*eus ce bien de vous voir en vostre ville, les? choses demeuroient en incertitude entre les paroles et les eiTects; et depuis j ai sceu par vos lettres que vous n*avië$ pas esté sans peur, et appris d*ailleurs que , sans vostre prudence et vigilance, elles estoient en danger de passer à pis. Maintenant qu'elles ont pris une plus ferme assiette^ je pense avoir à me conjouir avec tous de la bonne isseue que Dieu y a donnée par la bonté de leurs majestés, telle que vous aurés entendeue par le retouir de messieurs vos députés, et depuis de M. de Bessay, tant en ce qui regarde le jparticulier de la province de Xaintonge, qui avoit.

tETTRE DE M. liUPLESSlS, «to. . Io5

Uonné lieu à ces convocations, qu'au gênerai mesme àè nos Ëglises. Mais vous trouvères bon, monsieur, selon nostré amîrié ancienne, que je vous die qu'il est digne de vous que vostre soing pour le public s'estende plus ioing que vostre charge; j'entends que Tannée prochaine, voire plusieurs suivantes, se sentent de ifostre prudence, en vous procurant . ui)g successeur , qui n^ait. de recommandation que la gloire de Dieu, le service de leurs majestés et le salut de vostre ville; surtout qui. se propose d'esteindre les factions et par-* lialités en iqelle, de sorte, s^il y a moyen, qu'il n'y ea demeure aulcune trace. De tant plus, que nul mieulx que vous ne sçait le penl où ce malheur Ta pense jetter ; nul par conséquent n'en cognoist mieulx le remède. Ce que vous verres bien que je ne dis poinct par curiosité de mliigerer en vos affaires, ma\s ce pour limpor* tance dont vostre ville est en soi, et pour la consé* quence qu'elle tire après pour toutes nos Eglises, par son exemple. Du surplus, vous en aurés.esté pleinement informé par messieurs vos députés* La royne veult I la paix, et nous en avons tous besumg. Aussi vois je partout que nos Eglises ne respirent aultre chose» Vous aurés acquis double louange en vostre magistrature de l avoir mainteneue en repos, et de la laisser encores, après vous, comme par tradition. Ce que je vous supplie de prendre en bonne part, comme de vostre ancien auu, etc.

Du 2 mar» 161 3.

LETTRË '

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