XLII * LETTRE
De madame de Rohan à M. Duplessis^
Monsieur, avpc vos aultres affaires, je suiscontraincte àe vous ennuyer encores des miens ; c^est tousjours toucfagmt cehii de Beauvais, sur lequel il advient lot» les jours nouveauht malheurs. J a vois escrit à M. de Kouvray suivant ce qile je vous en avois ci devant mandé, pour Itri fiiire sçavoir les termes où nous en estions, et comme j'avois reduict ma fi!le à se contenter d* une récompense, pourveo qne ce feuat par fe com-*mandement delà royne, pour acheter la paix tant générale que particulic i e. J'avois donné àM. de La Touche
lettre poftr la )ai donner, pensànt qu'il feustà La Rochelle; mais ne l'y trouvant poinct, il lui envoya ma lettre par une voye si longue qu'il ne ta receut qu'au bout de deux mois. Cependant le fraicté 8*est condeu. M. de Rouvray me mande qu'il n'y a pas apparence maintenant que ceste requeste soit accordée, à sçavoir que la place soit donnée à mon fils-, pour cè que les omhrages qu'on a eu de lui sont encores trop frai», et qu'il vauldroit mieulx remettre cela à ung aultre temps, me proposant cependant ung expédient qui n'est bon que pour mon fils, et fort mauvais pour ma fille, c'est que je feisse faire une démission par Desgrustieres, et on feroit insensiblement accepter ceste démission à la court. Jugés, monsieur, si ce seroit desposseder ma fille, et ne la recompenser poinct; et si moi, qui suis mere des deux , doibve voulloir ester à l'une pour donner à Taultre; je dirai encores, si je doibs spolier ceulx qui me monstrent du bon naturel ,
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peur revestir ceulx qui Die ïe monstrent mauvais. Cela seroit trop injuste; aussi ma fille ne consentira ette pas. G*e9l pourquoi je despesche cc^arqufus pour prycr M. de Rouvray de ne s'attendre poinct a cest expédient, et de auÎTre le premier, h scavinr dî'en faire ia demande èu nom de mon fils, romme pressé des Eglises sur les *^isa»& conteneues en ung mémoire qne je vous enlîjpfil^ lequel je voua auppKe de tuf envoyer , aî vous le "douves bon, pienaut, s'il vous plaisl, ia peine d'y adjesHSleii ou diminuer ee que vous trourérés à propos. lKiii^maâ>benlie que je vous fais ce» re^tiestes, veu le siibject qu oa vousdouiie de vous afteclionner pour ce qui nous louche; mais c'est ma 5t^e et moi que vous miyiiës , qui an autant; do déplaisir des offenses qui ^ous sont faictes, que si elles s'addressoient à moi , lMneiv.«^:iiMdicte fille semblablement* Je vous sop- '|(ti|Éu^eiieorea la cKfficfilté quVu pourroît filtre de donner ceste place à mon fils, de faire bien remarquer %|âellet est asses en sa disposition, comme elle est ce •iple je Jesire, pour ester to«t subjecf die plamcte du cas té Egiises., qui crieront des que ma fille y vouljjpii iniiii ; c^ose en^ores qui n& hn sera mtUement tpfaèe, et pourra estre rmçr commencement de hoirveau llialçantentement, et peuit estre une nécessite de siège vi||l|îi||Mirix^t.allumeir iifuelq«e pliis grand* feu. Je vieiH (4Mèi»fif)atiiteniknt h ce q»f vous touche ; sur quoi vous * ^^ilij^ftJiien raison de croire que j entrerai eu coiere pour plumurs; articles , car j 'y suia depuis le eom* '1ÉIMS0111611I jusques à la fin. Vous m'avés befweoup ■Abiigee de prendre la peine de me faire le discours au ^Imgfé^iO» ^ui 9*cst passé s«r~le fourra^menti à&n^É 4ettPe«';'«cla me navre à la vérité jusques au cœur, et •|M^t£H impatiemment ceuk que vous avés tant obli*
gës, et en partie pour Fainoor de moi) vous payent de telle uionuoye, et que j'aye si peu de moyen d'y remédier. Je ne m'estonne pas si M. de fieauchamp ne pouvoit entendre raison sur ce qui vous touchoit. Ge feut par lui qu'on me manda les projects de pi«iincte qu'on avoit contre vous. Je ne les vbuidrois presque pas escouter et essayai de le rendre capable de cognoistre les choses telles qu elles sont; ce que ne pouvant Ëiire , je l'attribuai à impertinence et faulte d'expérience; mais depuis que j'ai sceu quM a feict ce notable service, je Tattribuai à excès de suffisance. Je lui dis pour toute response que j'avois ou! parler d'une lettre assés mal bastie, la où on parloit de quelque Achitophel, et que j( n'en cognoissois pas de plus vrais que ceuk qui conseilloient les Absalons à faire la guerre à pei e et mere. Vous m'avés beaucoup obligée de m'en avoir envoyé la copie, laquelle, tant en son subject qu'en son style, valloit bien la peine de passer la mer et les monts, si le desseing de ceulx qui l'y ont envoyée estoit de se faire moquer d eulx. Ma ûiie aisnee avoit grande envie d'y respondre, si elle n'eust esté re-
teneue de ce qu on croira tousjours que quelques ungs y ont trempé , que je m'asseure ne Tont pas veue ; car quand jé n'aurois aultre raison de le croire ainsi, je le croirois à cause qu'elle est si mal faicte, qu ung qui escrit bien ne l'eust jamais laissé courir de ceste façon. Mais madicte fille, n'y pouvant respondre par escrit, y faict de bons commentaires de bouche. Cependant je vous dirai, monsieur, que je vois bien qu'on vous reduict à la nécessité d'une apologie s'il n'y est donné quelque ordre. Je me promets aussi de vostre modération accoutumée, que voua donnerés loisir aulx gens de bien de frapper quelques. coups à l'aocomnKMfement
A M. DUPLESSIS* 109 il quoi M. de Aouvray travaille, et M.Durand, lequel je crois , suivant, ce qu'il m'a escrit, y marcher de bon pied. Cependant si j'estois rapable de vous donner advis, je vous conseillerois de prendre celui que vous donnastes pour moi à M. de La Touche, qui est de faire voir quelque chose qu^on peult cranulic qui esclalast sans en laisser copie. M. de Rouvray le pourroit bien Élire voir à M. Durand, et cela lui donnérott un g bon coup d'eperoo. Je ne vous desconseil lerai jamais de rendre ce que vous debvés à vous mesmes en cest endroict; car je crois qu'il y va de la gloire dé Dieu plus qu'à haïr pere et mere a la façon du cercle ; mais je desirerois que tous aultres moyens feussent tentés avant que venir au cimetere et au rasoir. Au demeurant , j'ai esté fort aise d avou^ la copie des lettres que la royne vous a escrites, et vous à elle; je lés ai données à Richer, ministre de Blain , et lui ai bien fàict entendre la vérité du tout. Il ma promis d'en instruire ses cornpaîgnons au prochain .synode, lequel se doibt tenir près d'ici. Si quelqung me vient voir, je n'y manquerai pas de mon costé, Dieu aidant. Je suivrai aussi voslre advis en ce qui est de Desgrustieres ; mais on m'a dict qu'il n'avoiL esté accusé qu'en Poictou, et qu'il ne seroit poiuct besoing d'en parler en Bretaigne. Mais je vous supplia, monsieur, prendre la peine de me mander ce qu'il doibt demander, et moi pour lui, pour reparer son honneur, et s'il fauldroit qu'on lui donnast quelque déclaration du synode et en quelle forme. Je vous dirai encores sui le faict de Beauvais que peult estre s'y pourra il bientost faire quelque sommation; mais vous retiendrés, s'il vous plaist, cela par devers vous; SI elle se laict, elle pourra servir d'une façon ou d aultre ; car ce sera ung subject de faire quelque esclat;
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sur quoi M. de Rouvray prendra occasion de faire sa demande, dont je lui escris. J'ai veu, depuis peu de jours, des officiers du iieu qui ont bonne quantité de plaincte» à faire contre M. Dubois et son cousin, qui esta La Ganache, lesquelles ils se résolvent de présenter au conseil du roj^ et wus asseure qu'il y a de quoi les criminaliser. Pour la fin, monsieur, je vous du ai c|ue je TOUS eusse despesché ce porteur , il y a trois jours, sinon que )e suis si tourmentée d'ung mal que j'ai au pied, qu'il m'a falieu escrire cesle lettre à trois ou quattre fois; il est semblable à ung panaris que j'eus au doigt, il y a deux ou trois ans, et me donne des douleurs extraordinaires comme en forme d'accès. Je Tois que tout cela sont des effects de mes humeurs melancholiques. Tenvoye ung lacquais jusques à Saulmur, avec celui que je despesche à la court. Je vous supplie me le renvoyer et me mander par lui ce que vous aurés trouvé bon de faire sur ce que je vous ai • requis ci dessus, pour 1 affaire de Beauvais; et par mesme main me mander, s'il vous plaist, de vos npu« velles, «t€*
Du 6 mars i€i3.