XLIX. —-V^ LETTRE DE M. C AERSENS
A M, Duplessis,
MomiEUHs nous cfoyoBS que de ioiotea parts on est
porté à une sincère et entière reunion, mais que, pour cela, Tentrevue de MM. de Rehan et de RouiUoii est nécessaire, el nous délibérons encorcs comment k moyenner, et si elle se doibt &ire en court ou au loing ; Tung et Taultre a ses considérations poUtoques et particulières. Vostre intervention, monsieur, peult régler et resouidre ce doubte; car il est, à mou advis, impossible de fiiîre réussir henreusement ceste entre*
' vue si vous, qui estes puissant envers tous deux, ne la moyennes, le désire ce^ reunion avec tous les gens de bien, pour le besoing qu'elle fiiiot au public Lft division ayant ci devant engendré le mespris des Eglises , et cestui ci ensuite de plus dangereux des*-
' seings, desquels les eflècts ne peuvent estre parés que par la première union. Les catholiques d'Allemaigne ont renouvelle leur ligue de Munich; le pape^ l'empereur , le roy d'Espaigne , avec tonte la maison d'Autriche y sont entrés; ils ont envoyé sonder secrètement si sa majesté n'en irouldroit poinct estre, demandaiit permission de pouvoir envoyer des ambassadeurs pour en tratcter; il leur a esté âdot une response gênerais,
A M. DUPLESSIS. IsS
qui a'acoorde ni ne rejette hea. Les ungs protestaDs« d^aultre part, font insifttice h ce qu'il pkiae i
sa majesté de renouveller leur union , .à quoi le roy de la Gfande Bretaigne s'esl joinct; mais on les remet à quand on verra ce que deviendront et leurs assemblées et Tannée du grand seigneur. Si pour couler le temps prudemment certes en ceste minorité » si pour préparer la voye à des nouveautés, est il pas convenable que le parti de la reiligion se joigne. En nostre repubiicque, la pair continue assés doulcement; ce- pendant nous réglons nos finances et la dispute de DOS provinces pour les cantril^utious; avec cela jettoos Pœii à de nouvelles alliances pour nous fiNrtifier au temps que la trefve expirera. Les villes ansea tiques tiennent encores leur assemblée pour convenir avec nous; des princes particuliers dans l'empire font pareille ouverture ; mais nostre intention est de nous attacher à des corps puissans. Je ne vous dirai rien de la variation journalière que reçoit ceste court au maniement de Testât, car on vous en esclaircit sutlGisamment d'ailleurs; mais bien prendrai je cesie liberté de vous escrire d*ung faict particulier. M. de Russy est hors de sou ambassade ; M* de Uefuge presse avec im* portunité son rappel ; quelques ungs eont après pour lui succéder; la roy ne n'a pas encores faict aulcung choix, et j*aiesté d advis que M* de Villaciiould y donaast quelque atteinte par reotremise de M. de Rouvray, l'ouverture duquel n'a poinct despieu à ceulx qui seuls en décideront ; au contraire ils ont fiiiot de* monstration de gouster la fitcîlitë de son humeur , et de se vouUoir efforcer pour le respect de tous. Si là dessus, monsieur, vons trouvés bon de leur escrire, en redoublant ou secondant ceste ouverture, je crois
Id4 LETTRË DE M. D*À£1LS£NS
qu il seroit fort h propos. Je sçais qu'il y a des raisons
qui font contre M. de Viliarnouid; mais, si bien pesées,
elles se trouveront toutes foibles, etc.
Dai6]n&fsx6i3.
L, — * LETIIŒ DE M. DE LOUMEAU
M. Duplessis,
Monsieur, vostre paquet a esté rendeu et distribué fidèlement en mon absence; à mon retour, j'ai veu M. te maire , et l'ai mis en propos de vostre lettre pour voir ce qu'il en diroit; mais il ne m'en a rieu touché. Le synode n'a rien appris de ces très importantes con« sideratibns pour lesquelles il a esté advancé , et ne s*y est pas proposé chose de grande importance que l'approbation et le garriment demandé par le conseil et accordé par le synode. Le maigre accueil que le cercle a trouvé en ceste ville en est à mon advis une des principales causes. On a refusé à M. de Blansay, neveu de M. de Montz , une attestation de sa relligion , et même de lui donner aulcung acte de sa demande , pour empescher quMl ne soit receu en la lieutenance dudict sieur de Monlz; et en cest affaire il y a eu de la brigue. La deputation pour les synodes de Poictou et de Basse Guyenne , estant lattachee par Tordre aulx colloques de Sainct Jean et des Isles , a succcdé selon leur désir. Nous y avions, de Poictou , M. Blacher, et de la Basse Guyenne, M. Duluc, de Gasteljalouz et ung ancien de Bergerac, qui cstoient logés en nostre logis, et ledict sieur Duluc estant du conseil de la province , j'en ai appris tout Testât, qui est, en somme, que tûuUs les communautés de leur proviace, les plus
▲ H. DUPLESSIS. laS
grands dç^ ia n^oblesse, nom^ejcinent M. de Favars, [ et, ie pliKS, grand nombre, qoasi tous les pa$teurs, sont ! entièrement portés à la paix. Il y a encores quelques seigneurs et gentilshommes portée au bruict. La Basse : Gay^ne s^est porJtee fort ayant en Tapprobatton faicte , par le conseil au garriment d ict lui, et eii a laid uiig aultre qui a esté enregistré, en toujtes les communaijités , et en tous les consistoires. Nostre conseil en eust bien désiré autant; mais ils se contenteront de moins. L'artifle df^^sé à Priyas sur le poinci de la jiistification, a efslié sign4 de tous en Poictou et en la Basse Guyenne, fors des Ëscossois, qui nous ^ ont aussi apporté de la difficulté, ^ous aYOBs eu. craincte d apporter du préjugé en faveur de M; dé Tilenus, en difFerant jusques au prochain iiational; et pourtant a esté advisé que larticle de Privas seroit^igné, sans y obliger préciséeîhèrit cèult qui ne seroiéhi encores assés esclaircis sur quelques termes , qui y penseront entre ci et le prochain synode. Les Ëscossoi» sont cause de ceste condition, comme aussi en liasse Cxuyenne; ils n'ont poinct signé. La publication du hvre de M. Tilenus ne favorisa poinct la reunion, à laquelle je n'ai pas recogneu de disposition là ou j'ai esté , et en ai parlé jnesme en partipulief. Nous somoies fort empeschés pour la mairie; le voisinage y opère, mais peu. Il y a de la difficulté à faire le choix de trois, du noniore desquels sont desjà, exjclus tous les alliés et amis de M. Ducoudray; car . on entretient le monde en une craincte de .ven-» ^eance, à quoi M. de.fiellay a fort contribué, ayant dic^ icî à quelques ungs.que M.. Ducoudray ne respiroit que la vengeance. Au nom seul de cest homme, ons^ cabra. M. Merlin s'est bien porté au synode. On proposa de faire nomination pour le national , ce que
11à6 LETTRE DE M. DE LOUMEAU, ete.
M. Merlin et moi ne voulu smes presser et faire passer par les voix , de peur qu'on ne nous reprochast que nous eussions desseing de nous faire nommer, comme cela arrive ordinairement à ceuJx qui ont la modération. Il y en eut qui dirent ouvertement' qu'il falloit remettre eeste nomination an prodiàih synode, où M. de La Cbappeliere assisteroit. Je prévois de ia difficulté au réstabitssement de ceulx qui sont sortis de Sniru^t Jean. On a receu quelques ungs ; mais tosl après on les accuse d'avoir fait ou dict. La lettre de M. Bouchereau nous a donné de la peur; j*en ai dict en particulier à M. de Kohan ce qui estoit le plus expédient: mais les préjugés qu'il a de moi ont em-
pesché de gouster mes advis, etc.
•Du ijB aaM r6i3i
■ - • ' ' ' ^ , ji madame de Rohan.
Madame , j'ai rec^u celle qu'il vous a pieu m'escrire du 14. J'avois sceu lévoyiage de M; Dnverger Malaquet, et vostre intention' en îcélur; et vous sçavés, pour le fonds de cest affaire, de quelle sorte je vous en ai escrit L'intere^t public et vostre respect y trouvera tousjotirs le lieu qu'il doibt , et prevauldra sur toute plamcle particulière; mais pour la forme qu'il y fiiult donner, j*estime le voyage de M*. Durand nécessaire , lequel monsieur vostre fils vous niantle estse en ti ain, mais ne vous exprime pas que c'est en suite de la lettre que j ai escrite à messieurs les cinq députés de la reconciliation, leur remonstrant qu'ils ne doibvent pas tenir leur commission finie taudi»
LETTRE DE M. DUFLES8IS, etc. llkj
que la division d\w&, .d'oii qu'elle procède , et que plus qne jamais le voyage de l*ung d'eulx seroil nécessaire , non pour nous iàna siuilement signer ung mifi^ê^^^emàoïk f mais pour nous faire convenir des Ktwwni ^ue nous debvons tenir en la direction de nos Eglises , du but que nous nous debvons proposer, eàaleaimogfen» d'y parvenir pour le bien de Testât et noslire; à fiuike de quoi toute réconciliation sera în-^ ^tabli^.et inutile, parce que nos actions seront subjacMs à • s'entrechoquer » tp t«st après les personnes; ce que je leur ai deduict par plusieurs raisons, et avant mesme Farrivee de M. de Bessay en court plus de dix }oilrs. Mais on diercha* poiir le voyage de-M. Durand, que j'avois iionimë à pail connue le plus propre, ung prétexte qui le releva des souspçoos de la court, sur quoi on travaille. Pour les pensions dé messieurs vos enfans, elles ont esté promises eutieres skV%C les arrérages; et cn»isqiie telles les accorde on encores; mais M. de Bessay n*a apporté que les despesches de celles qui avoient esté employées sur Testât de Tannée 1612, et ski^endues à Toocasiott de ces malentendus ; telle-ment que j'estime que du surplus il y a plustost retardement que refus, ^eantmoyins je ne -manquerai d'en escrire oh il Ault, et f en remonstrer les idcûnveniens
sans nen cacher, et, coiiiinc j'espeie , avec effect, parce que je scais que Tmtentioji première a esté telle , et n'a pu estre altérée que par la unaovaise fiiçon dont les choses ont esté acceptées. L'offre mentionnée en vostre lettre, et la plaincte de la rupture de Tassemblee de La Rodielle, vient du baro» de Lesîgnan; mais je vous supplie de croire qu'il y a une grande erreur decfdcoiy et que la pluspart des villes et communautés
«a8 LBTTRE m U. BU£LB8SIS .
y sout contraires , Bergerac » Saincte Foy , Castillon , Nerac» Lectoure, Haavezin, le Mans, Verdun, Lei* rac, MoDtauban, etc., dont j'ai toute aultre nouvelle , et par actes. Bien est vrai que la luouidre estincelie en UDg bois allume ung grand feu; et je doubte que plus de catholiques romains que des nostres se trouveroient de ceste partie , lesquels vous sçavés , quand ils sont mal contens du refus d'ung prieuré, s'appaisent aiseement de Poctroi d'une abbaye : mais je suis tousjours, madame, de vostre advis , qu'il fauU lover toute cause et prétexte 4e mescontentement à monsieur vostre fils, et j'y travaillerai comme pour ma propre vie.
Les députes des quattre provinces ont esté à La Rochelle pour clore leurs actes; ceuU de la ville, n ayaot peu estre persuadés d'envoyer à Sainct Jean et de là , y . son t retournés : ainsi s est achevé audict lieu le synode de Xaintonge, d'oii on me mande, qu'après plusieurs contestations, tout tend à la paix. Je n'avois rien sceu du mariage que vous craignes de M* le comte Henry ^ je ne faoldrai d en escrire à M, d'Aerseos, et songerai par quelle voye je pourrai faire entendre à la royne le tort qui vous est faict par Tempeschement que son auctorité y apporte. Je crains que ce fiiuU feu de Beauvais . aigrisse encores cest affaire. Le mesme voyage de M. Durand y pourrpit frapper coup; au moins, s il passe ici , tascherai je d'y prendre quelque expédient avec lui. Je ne scais plus, madame, que vous adjouster, sinon une recette que M. de La Fin m'apprit hier pour vostre panaris,, qu'il dict prompte et in&iliibie; c'est du jus d'une lierbe pilee et appliquée avee marc sur le mai, qui est une espèce de saxitragia ou paima vita, qui a les feuilles marquées derrière comme les
A MADAME DE ROHAN. i capillaires, et se trouve dans les fentes des irieilles murailles : il dtet que vous en recouTrerës aulx cordeliers de Reoues.
Je desirerois bien sçavoir les circonstances du bruskment de Rennes, afin d'en mander la venté.
Du i8mars i6i3.
A M, le président Jeannin.
MoKsiEUA , puisqu'il a pieu à la royne me comman* der de donner advis de ce' que j'estime nécessaire pour le repos public, je suis teneu de vous dire qu'il est du tout temps de despescher et envoyer les expéditions qui ont esté promises pour la qualité de pretendeue reformée , Texemptiou de nos pasteurs , la liberté de nos sjnodie8,'.et'«iiltres de ceste nature, parce nom-
meement que nos synodes pioviiu iaulx se vont tenir à ce printemps dans ia pluspart des provinces, oii il^ importe qU'il aplparoisse des efFects des choses accor^ dees, et qu'on n'ait pas à reprocher qu à fauite d'avoir continué les* assemblées, rexecntion en ait esté allen* tie ; de tant plus que desjà elle commence à tarder à plusieurs qui sont travaillés, ou pour la susdicte qualité, ou pour les- tailles, et n'en peuvent estre relevés que par les susdictés expéditions. Je presumérai en* cores de vous dire qu'il me semble que vous eutretedés trop longuement le procès d'Aiguesmortes, lequel serait en danger d'en resveiller d*aultres ; et pour le fond, n'est besoing que je vous die combien ceste pro- "vince se faict considérer de toutes les aultres; oultre ce que le préjugé du feu roy eu ccsLe cause peult fou- Bliji. DB Dvvi.BSSu-MoiurAT' Tojhb m, 9
ijQ LETTRE DE M. DUPLESSIS
der vo^tre jogpm^pt. On se plaîact qu'il n*a pas e^lé pouryeu aulx pensions de MM. de Rohaii entièrement,
selon qu'il avoit pieu à la royne de promettre; ce que je ¥Qiis dis, nipusi^ur, parce qu'il importe de nous lever tout prétexte. Au reste , je ne vous ramentois poinci mes petits a&ires, que je me promets faicts, puisqu'ils sont en vostre main. Et sur ce , ^lonsieur, etc.
Du 20 mars i6i3. .
A M, de Romray* *
]Voifi;i^|7A, je «n'ingerQ p#«||* ^e trop à vous r»*
Bpientevoir ce (lont vous vous soubvenés assés ; \ ouss( avés que voici la saisûa qu^ la^ piMâpai:t de. nos synodes ^fo^inciapil^ tîco^nent. Il seva doBC'besoûig que ii on leur puisse faire apparoir des expéditions promises syr la qi^alité ^ pre^ep^^^ refioirinee; yquamptiqu des pasteurs, la liberté des synodes, et autres» de teHe |iatnre, de t^at plus qu à faw|tjes des ^eux provipces, plusieurs, SQpt ^ peii^«,.^t a'i^oDés. pas que cela i^aanquant , il n'y ^uca pas fauke de ^ëns qui disent , diU^ d/3spà)$i d{î yoijs et nous, que ceste lenteur n'autç^iï eu liev, SI ùfi eupt oontiiiué le oeide. Vous sçavéi la peine que vous ayés eu à fermer la playe de Saiod Jean ; la cicatrice en. est encore biea tendre , et ne fl|ult qu'une iietite esguille pour la rouvriv. Xe dis eda à propos de celle d'Aiguemortes, qu'il nie semble qu'on lai^ biep yi^illir, capable cependant, pour le pojda de cesjte provia«â, d'ea enflanmifV' d'auhres. On ne double poiact de queUe part v# $oq contente-
Â. M. DE ROUVRAY. l3l tnent, lequel, iHI est tiouyë bon de préférer, on pourroit fonder sur le préjugé que le feu roy a faict en ceste cause, pour remettre les choses en Testât qu'il les avoit mises et laissées , en atteiulant la majorité du roy à présent, puisqu'au cliangement pretendeu il ne se voit ni nec^sitë, ni utilité, mais ung dan^rer manifeste de trouble ; ce (|ue je dis sans ioterest auUre que le public , mais qui m est sensible parce que je vo» fereebois sec d'une et Jaultre rellî^on , qui n'attendroit qu uiH likimette. Les gens de bien travaillent à La Rochelle po^r porter à la mairie personnes qui aiment la paix du royaulme et la concorde entre les citoyens, et en sont en bon train. Je crams, s'il y paroist de la brigue ou recommandation de dehors, que Ja eluMe n*en aille pas mîculx , parce que desjà aulcungs en murmurent. Je suis adverti de lieu très certain, en escrtvant celle ci, que le baron de Lèsignan a la Jt de grandes plainctes par personne expresse au nom de la Basse Guyenne k M. de koh^i ^ de la rupture de rassemblée, éf ^u'il a eti gmnrf peur de s'en excuser; il lui reproche que par là il s est mis en danger de perdre toute créance, et qu*il y avoit quinze mille hommes de pied et einq cen^boiïs^ehetauk prests k marcher, tant d'une que d'aultre relligion, lesquels il sera difficile de ' retenir. Nous sçavons et vous et moi en quantes fafeoa il y a erfcnr de ce calcul ; mais si est il que si ceste légation là feust arrivée avant lenvoi de M. de Bessay en coutt , elle estmt pour l'arrester, et mainte- Bttftit je sçaÎB qu'il faict de griefves plainctes de ce que ses pensions ne lui ont esté expédiées que selon le relimeiiement, et tkm selon Taecroissement que la roy ne li^i avoit accordé après la mort du feu roy , dont est à craindre qu'on ne prenne prétexte pour la première
2 32 LETTRE. D£ M. DUPLESSIS, etc;
occasion. J'en touche iing mot à H. le président
Jeannio, etc.
Du ao mars i6i34
LIV. — * LETTRE De M, le maire de La Rochelle h M* Duplessls.
Monsieur, tous les gens de bien ont grandement à
vous remercier de la continuation du soing et vigilance qu'apportés à ladvanceuient et conservation des Eglises de ce royaulme. Je vous en rends graetfs en mon particulier pour caste ville, qui en a particulièrement de grandes preuves et s'en est bien trouvée ; vous aisseurant que les bons advis qu'il vous a pléu me donner par la vostre dernière m'ont esté meryeiUeuseincnt agréables. Sur le iaict de nostre mairie à venir ^'aulcung ne s'est encores déclaré pour mon successeur futur; Je crois que le plus expédient sera qu'il ne s'en fasse ouverture, si faire se^ieult, qu'après la célébration de la cene de Pasqucs, qui sera la sepmaine d'auparavant le jour de l'élection. Les gens de bien cependant doibvent y penser et jetter entre enlx secrètement les yeuk . sur quelques personnes fidelles. Vous avés peu estre adverti des dissensions que quelques malins envieulx de nostre repos public se sont efforcés de mettre entre nostre corps, de ville et les bourgeois et habitans d'iceUe, par plusieurs signatures qu'ils ont extorquées de plusieurs desdicts habitans , pour éluder les deffenses qui avoient.esté faictes de s assembler et faire conventi» cnler. Nous remarquons qu'il y a deux sortes d'auetéors de ceste division , poussés de desseings diamétralement contraires, tendans neantmoins à une mecbante
LETTHB, de. l33
Les ungs indignés de ce qu'ils n ont peu nous porter à la guerre; les aultres de longue main buttans à la ruyne de nostre relligion et ordre politique de cesle ville de long temps estabtis. Je vous Tai aultrefois designé. Enfin, auicungs desdicts bourgeois et habitans desquels * la pluspart y vont à la bonne ioi et se laissent décevoir, et qui ne sont originaires de la ville pour la pluspart , ont faict assigner le corps de ville en règlement à Paris, qui est la voye la plus tolerabie et civile, voiillant empescber les résignations qui se font de tout temps des places de ceulx du corps de ville, et maintiennent qu'elles se vendent ou conlient à de jeunes gens, si bien que les plus capables d'entre eulx nVstant bien moycniu^s en sont excleus. Ils ont aussi quel-» ques aultres prétentions de toutes lesquelles on se . peult aiseeroent defFendre par privilège et arrest des cours souveraines, aultrefois interveneus sur mesme subject.
Depuis buict jours en ça, la pluspart des originaires et plus relevés ont présenté requeste à la maison de ville, signée d'ung grand nombre d'entre eulx qui ^ augmentent tous les jours, par laquelle ils desadvouent la procédure des premiers, disans qu ils ont des prérogatives par dessus enls qui leur sont inférieurs, aulx<quels aussi ceulx de Tisle de Rlié et du plat pays du gouvernement se veuUent joindre. Voilà le dangereux estât auquel les mechans nous ont voulieu jetter. Nous espérons, avec Taule de Dieu, que les choses iront mieulx que ne cuidions, au grand desplaisir de cest abandonné dont vous ai faict mention ci dessus .et de Tauluequi est à Paris. Nos députés ne sont encores de retour de la court , et les attendons de jour à auiire. Jfotts apprendrons par eul:^ nouvelles certaines. Gonti-
l34 IfiTTRB, fie.
nues cepeudant vostre ancienne bienveillance, mon-
mur, à vostre aiicâeii«t très affectioiuié. serviteur,
ROMAGIîi.
Du 20 mars 16 1^.
J M, le duc de Bouillon.
Moirsfsint, j*ai receu ceUes ({u'il vous » pieu m'es* oîre , que je tiens à beaucoup de faveur, et tascherai à
en tirer du fruict. Je me suis ingéré, encores que je sois loing des affaires^ d'en dire mon ad vis. J'y persiste de tant plus qu'il nie semble que le vostre ne s'en . .esloingne pas. C'est que pour le présent nous nous contentions par messieurs nos depntës generaulx, de poursuivie rexeculion des choses accoidces, et la réparation des griefs par nous pretendeus; afin, d une part, que nos Eglises sçachent à quoi se tenir; et d'aultre, que nous soyons moins en charge à la royne; dont elle ait subjed de faire fonds de nostre obéi»» sauce et service , es occasions qui peuvent survenir ; cependant que nous portions sérieusement la main à nos piayea pour les comolider, et par ce moyen nous rendre plus capables , et du bien de Testât et du nostre propre. Ce qui ne gist poinct simplement à se promettre amitié, mais à convenir du but que nous debvons avoir, et des moyens que nous debvons tenir, compassé à l'ung et à Taultre. A faulte de quoi je n'e^me pas qu'aulcune réunion puisse estreseure , utile, ni du» rable. Sur tout la conscience doibt régir nos conseils; laquelle,' accompagnée de la bénédiction de Dieu, ne se trouvera destituée de prudence. S^il me reste quel*»
LETTRE DE M. DUPLESSIS, ttc. 1^5 '
que jugement, je pense que nous sommes en nng temps et en une condition que le silence nous vauldra autant què le bruict j et que nous arom plus à obgel'Ter les mouvemens d'aultrui c^u à faire voir les nostres ; et pour plusieurs raisons que je sçais tous aVoir esté conramntquees , qui regardent et )é hitn du royaulAie et le repob de nos Eglises. Vous y pouvés, monsieur, par l'auctorité et expérience que Dieu vous a donneès^ plus que tonte aultre; et je ne double poitiet qii*en ces saincts labeurs vous ne vouilies couronner voslre yie, etc
Du js muté 16 j 3.
LVL — * LETTRE DE M. DÊ ROUVRAY
ji Si. Duplessis.
MoNSiiaii, j'ai veu, par la despesche qae ra'a apporté le lacquais, l'incertitude où est tousjours madame de Rohan poitr cesl affaire de jBeauVais^ ét à la veritc non sans cause- mais de la pousser et presser par les moyens de son mémoire , je ne vois pas comme cela se puisse ni doibvd hvté « «ûfudcirfvant en cela du tout à vostic ad VIS, et hi supplie de tiquver bon que nous ne parlions pomct ici de cest affaire là, qu'après que monsieur son fils Taura veite, oit je me pi^mets
que s'aboucliant Hs conviendront entre eulx mesmes au gré des ungs et des auitres de cette ddliculté.
dette bonne dame me discourt aiussi fort ample-ment ses auitres douleurs, de voir en tant de façons Tesprit de division agir parmi nous, et notamment de ce qui est arrivé entre M. de Rohan et M. Duplessis , oîi avec grande prudence, el neantmoiuii siiiccitiiiient
l36 LETTRE DE M. D£ ROUVRAT, fte.
elle nie faict voir les justes subjets de pl ai note de M. Duplessis qu^ellesçait avoir esté indignement traicté, comme aussi M. de Ronvray , et ce pouriivoir voulleu retirer M* de Rohan , voire par les cheveulx, du précipice où il couroit, désire, pour remède à cela^ le voyage de M. Durand , que M. de Ronvray désire aussi de tout son cœur, et faict tout ce quii a peu faire pour Ty disposer, ce qull avoit faict assés heureu* sèment; niais le manquement de prétexte nous a arrestés court, faillant satisfaire de deux costés, et par des raisons toutes diverses , à quoi le prétexte de Beauvais semble ne pouvoir non plus satisfaire, oultre que ' le malheur veult qu'il ait tombé malade; toutesfois, je crois que ce ne sera rien. Maintenant tout est changé ici ; M. le prince s'estant retiré mal content ( et l'on tient qu'il s'en va en Guyenne), parle fort hault Tout le reste de la cabale s*est aussi retiré; ne reste plus que de Bouillon, qui faict sonner hault son despart dans peu de jours* Quant à moi, je crois que cela nous produira, dans peu de mois, quelque chose de nouveau. Mais c'est trop vous entretenir, ayant de qui estre amplement adverti d'ailleurs , par la descharge ordinaire qu'avés eu agréable que je prisse.
L'qu ma dict, à ce soir, q«e l'on vous donneroit quelque contentement et sur vos dettes, non comme l'on desiroit à la fois, mais par années; et sur le faict de vos gendres, mon frère, par le messager, vous en dira les tenans et aboutissans. Enfin le temps fera cognoistre et recognoistre les gens de bien, et descouvrira les aultres, etc.
Du as mats 16 13.
LETI:R£ D£ h. DUPLëSSLS, «te. li^
M. d*Aersens,
I^IoNSiEUR , je vous escris moins parce que le subject ne nous abonde pas tant, qui n*est pas ung mau- Tais signe. La playe de Saînct Jean , par la grâce de Dieu , est fermée ; mais il fauit donner lieu à la cicatrice de s'affermir ; ce nous sera ung moyen de rendre plus solide nostre réconciliation, à laquelle, quelque occasion qu on m'ait peu donner du contraue, il n'y a rien que je n'apporte. Je vois madame de Roban fort en peine d une nouvelle qu'elle a receue, que M. le prince Henry soit en volonté d'espouser une fille de M. le landgrave, fort belle, contre l'espérance qu'on lui avoit faict concevoir pour sa fille, et là dessus elle vous reclame, et moi pour elle; non que je ne voie que la saison n'est pas encores propre pour remettre sur les premiers propos, mais au moins pour leur donner temps de revenir* Je vous supplie donc de juger , selon vostre prudence, quelle consolation on lut peult donner là dessus. Certes, monsieur, ceste povre dame est grandement à phindre, qui s'est tuee corps et esprit pour amener les affaires a bien; et ncautmoins, en l'empeschement qui est donné à ce mariage , souffre la peur du mal qu'elle a tousjours tasché d'empescher ou d'amender. On nous parie des préparatifs du Turc par mer'; je ne puis croire qu'il donne sur les Vénitiens, parce qu'il lui importe de les laisser à quartier, comme ceulx seuls qui lui peuvent faire teste en mer, et qui se tenant c&is, lui donne beau jeu sur le reste j il y auroit donc plus d'apparence sur la Sicile.
l38 LETTRE DE M. DUPLES51S
Pour la terre, la Hongrie est bien son théâtre ordi* naire; mais pour plusieurs raisons, il ne peult faire grand progrès de ceste part , nomnieement parce que , les vivres ne le peuvent suivre. £n tout cas, cependant, ou vostre trêve s'en affermit, ou vostre guerre se faict avec plus dadirantage, surtout si la contention de Julîers vous porte aulx armes, etc.
Du 22 mars i6i3.
^ AJ. d' Atrsens.
Monsieur , j'ai receu les lettres du 1 6 mars , et ne puis assés louer la peine i}ue vous prenés pour nostre réunion tant désirée. Je sçais avec vous qu'il seroit i propos que les deux seigneurs se peussent voir; mais je n*en puis imaginer le moyen : M. de Rohan se résolvant d'attendre *à Sainct Jean les couches de madame sa femme; et M. de Bouillon, soit de ne bouger de la court, soit mesme d*alier à Sedan* G*est pourquoi j'avois proposé, li y a quelques mois , à messieurs les cmq députes de la réconciliation, que J'estimois nece^ saire que Fung d'eulx , après avoir communiqué avec M. de Bouiliun, aliast trouver M. de Rohan, et feust interpreste des intentions de chacung d'ealx veis l'aultre, non seulement pour s'unir en amitié, mais principalement pour convenir de conseils pour la direction de nos Eglises , sortabies à la condition de Testât et nostres. A faulle de quoi , toute reconciliation sera tbusjours instable, inutile et de peu de durée; parce que les affaires venant à s'entrechoquer , aussi feront les personnes. C'eât donc à quoi je m attends. Si j'ai
A M. D*AERSENS. iSg cest heur que celui qui y sera destiné passe par ici, je le servirai de tout mon cœur en ce sainct œuvre. Je vois la ligue callioliLjue loiiiaine renouee en Allemaigne, sans double pour choquer les protestans; et puisque le roy d^Espaigne est chef de celle là , ce seroit à nostre roy de se faire chef de celle ci. Mais je crois que nous voulions coukr ce temps' de minorité pru-* demment, pourveu que nous pourvoyions à ne la perdre poinct entre ci et la majorité.
Vous in'obtigés grandement en ce que nae proposés pour mon fils de Villarnould; je penserois ceste charge et fort propre pour lui, et lui pour la charge. C'est pourquoi j^'ea ai eserit à M. de Villeroy nvee aJFec» (ionné remerciement de la bonne vdoBté qu'il lui à testifiee, et prye de la lui vouiioir continuer jusqu'à refFeet ; à quoi aussi je vous supplie de vpulloir , en ma eonetderation , contribuer tous vos bons offiees. J'oserai encores ici vous adjouster ung luot : J'ai le cœur navré qu'à noiesnre que nous bouchons ung trou, non» en ouvrons ung aultre. Vous semble il poinct qu'il estoit hors de saison que M, Tilenus mist ce livre en lumière , qui nous expose aulx vacarmes des jésuites , et qu'il cstoit de la pi udence de M. de Bouillon de retenir ces contentions dans les bornes du silence , comme très prudemment en avoit jugé le roy de là Grande Bretaigne? Certes il fault que je vous die que les persécutions, guerres, massacres, ligues, par où j'ai passé, nè me donnèrent jamais tant de desplaiair, et que je commence fort à in 'ennuyer au monde.
Du aS màti
l4o LETTRE DE M. DE ROUVRAY