IV ♦ LETTRE DE M. BOUCHEREAU
ji M. Diiplessis*
Monsieur, je vous escrivis hier par ung exprès que m'addressa ung marchand de ceste ville, et vous de-
lo LETTRE m M. BOUCHEBEATT
clarai les bruicts qui couroient bouCthant la fin de la Teneue de M. de Rohan, et quelle esleit ma créance là
dessus. J"y persiste encores , quelque ciiase que j'aie veue
et ouïe qui pourroit astre suffisante pour m'en demou* voir; et jusques à ce que j'aie veu de mes jeulx ce
qu'on eu dict, je ii y adjousterai point foi. Mondict sieur de Rohan partit hier de Sainct Jean deu& heures devant jour, et arriva à huict heures à Sorgere ; aussi- . tost qu'il feut descendeu en son logis , il manda M. Tagault , qu'il entreteint plus d'une heure en sa chambre ^ à cause que ce particulier là est homme de sincérité et de prudhommie recogneue de tous , et par ce moyen de grande créance parmi les gentilshommes et le peuple de ce quartier là : il desiroit fort loi approu* ver son desseing et sa procédure, pour par lui la faire valoir envers les aultres. il n'y avoit pas plus de vingt cinq chevaulx en sa compaignie , et je remarque que tous ceulx dont il est assisté sont jeunes gens ; la mai- $o|i de ville députa quattr« de son corps pour lui aller ^ au devant, qui feurent aocompaignés de plusieurs auU très, M. de Loudrielx, assisté de quelques gentilshommes, et furent trouvés sur le chemin, tellement qu'il entra avec six vingts hommes. Sur les cinq heures du soir, M. de LAPrimaudaye feit 1 honneur de lapro- ^ vince tout entièrement; car il alla au devant de lui, et le conduisit avec les aultres à son logis, et après souper alla faire sa court; mais soit qu'il pensast à aultre chose, ou qu'il feust assiégé de plusieurs aultres qui avoient affaire à lui, et qui lanternoient , ou qu'il y eust plusieurs empeschemens, quelque grand et hault qu'il soit, il ne feut.poînct apperceu, et s'en revint sans en avoir ung mot : il n'a pas latssé à ce
matin de s'en retourner à son logis; j*y suis allé avec
A M. DTTPLE8SIS. 1 1
lui; M. Merlin I qui estoit eutrë en sa chambre, est sorti pour m^appdler , et m'a inlroduict là par Tespace d'une petite demie heure. Nous avons parlé de plusieurs choses: je vous en reserve les partioularitéa - pour vous les dire de bouche. En subatasce el sooh maire , il se plainct extrêmement de vous , monsieur , et dict en avoir subject plus que d'homme du monde , pour ce qu'il vous a plus aime qa*anlcun^ qui soit^ al que vous Tavés abandonné, mesme que vou^» vous estes tourné contre lui pour en dernier , et lui £iir« perdre sa réputation; et a lasdté quelque mot que rassemblée tiendroit, quoi qu li advinst; que si La Rochelle et d'aultras le deiaisaoîent^ Dieu ne Tahandon* neroit poinct , et plusieurs provinces desquelles il avoit asseurance. Ce petit aboucdiement ne s'est pas passé sans en donner de rudes et mauvaises paroles, et safia me monstrcr qu il est grandement incscontent de moi. Les députés generaulx ont aussi eu ung mot de biasme; les discours des députés pour le cercle, auparavant la veneue de M. de Kohan , et d'aultres à sa venreue, tant à M. de La Primaudaye qu'à moi, tesmoignent qu'il s'est acheminé en desseing de (hire tenir 1-assem* blee, et faire retracter le résultat du conseil de la maison de viUe , par le moyen du peuple qu'on iera soulever, par lui donner à entendre que le côrps de ville se despart de l'union des Eglises, et que les aultres provineee de fiault et ikia Languedoc se veuilent ad* joisAre au cerole, et que c'est sans double qu'on obtiendra tout ce quon vouldra, si on tient ferme; qu'on a de ce, de bons advis de la court et d'ailleurs; ffiftis je ne fms tmire qu'il en vienne là , entre aultres raisons pour ce que les bourgeois sont destrouipés , et qtt*il ne penlt plus y avoir qui s'émeuvent que ceuk