LETTRE DE M. BOUCHERE AU
de la lie du peuple qu'on lui a faict cognoistre estre si foibies et si inconstans, que s'il fonde sur éulx ses desseings , il est perdeu. Sans double, M. Merlin lui a remonstré cela bien amplement et vivement , ayant bien reteneu tout ce qui est de meilleur dans les lettres et mémoire qu'il vous a pieu me bailler et m'envoyer , que je lui ai £Biict lire : il a faict ung grand debvoir de les communiquer à tous ceulx vers qui il a accès , non par copies, car je ne lui en ai pas voulleu bailler, mais selon ce qu'il en a pu retenir , et il a fort bonne memoiré. Il est maintenant aussi ardent de ce costé , qu'il estoit auparavant de Taultre, et a beaucoup plus besoing de bride que d'esperon. Il est tousjours auk costës de M. le maire pour le presser de demeuirer ferme en sa résolution du corps de ville : il se met aulx trausses des députés de Xaintonge pour leur remonstrer
, oii ils sont et le danger où ils se mettent : il encottrage M. le président, et se resoult demain de dessiller les
^ yeulx du consistoire, et mesme d'en parler en public quand ce viendra à son tour. Je vous envdye la déclaration que nousfeismes samedi dernier en la compagnie des députés, et que nous avons baillée par escrit De» pms que nous eusmes déclaré de ne pouvoir assbter à rassemblée du cercle , mais bien entrer en particulière communication , nous fismes ce que nous peusmes doulcement , pour monstrer que nous voullions fcirc selon nostre parole; mais d'autant quà cause de la cene, nous demeurasmes trois jours après nostre déclaration , tous ces messieurs nous donnoicnt tousjours des attaques, comme si nous eussions seulement voulleu feire peur , ung efaacung nous demandant pourquoi nous ne noii^ en estions pas allés, et qu'ils nous croy oient des]à bien ioing. Oultre les députés, M* de
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Aohan à sa veneue, M. de La Boulaie et aultres nous
ont teneu ce langage comme par moquerie. Cela a esté cause qae des mardi nous aJiasmes trouver M. Boni»* seul, pour lui insinuer nostre déclaration) et aujourd'hui nous lui avons mise en mains, en la forme que TOUS la voyés. U a monstre avoir eu jgnnd desplaisir de ce qui est adveneu, elr du mauvais traictement qu*on nous a donné et du ma! entendeu qui it eâté entre nous , et nous a pryës fort instamment.de ne nous en aller poînct jusqu^à ce que nous vissions les choses estre poussées plus avant. Apres lui avpir répété le$ responses et raisons plusieurs fois amenées , sur lesquelles il n'a eu un^ seul mot à dire , nous lui avons promis de ne partir poinct devant les dix heures du jour de demain, et nous sommes resoleus entre nous, M. de La Primaudaye et moi , qu'il sortiroit demain hors la ville, et iroit m'attendre k Saincte Hermine chez M. de La Tabarriere, et que je.denneurerai ici jus^
qu'à mardi , pour voir ce qui ad viendra, pour recevoir les lettres que j'attends de Pans et y respoudre, prendre les despesches que me ferés , si vous jugés à propos de m'escrire pour m'en servu- aulx occasions qui se présenteront. Sur ceste résolution , M. de La Prïmaudaye a pris congé de M. de Rohan et de tous ces messieurs ; ils ont monstre de l'estonnement ; et quoi qu'ils disent , ils ne pensoient poinct que nous ei;i dussions venir là. Nous escrivons une lettre à M. de Hautmont pour la convocation de nostre conseil. La fin pour laquelle nous Tavons escrite a esté de leur fair^ voir qjue nous avons les instructions dont nous leur avions parlé, et que nous estions pour fiure ce que nous avions dict. ISous soubmettons cest affaire à vostre hon jifgement et à Tadvis de H. de Hautmont ; ce que nouf en fiiisons
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n'est pas resolution , mais proposition que vous examineras selon les utilités et inconveniens qui eu peur irent procéder-, si elle est suivie , et ferés selon que vous trouvères le meilleur et jugerés plus à propos. Nous sommes ailes prendre congé de M. le maire ce soir sur-les'six hewes , et sçavoir de lai s'il Tôùlloit filtre response à la lettre qu'à nostre arrivée nous lui avions rendeue de tiostre part, d'autajat que depuis samedi il nous avoit pryés par trois fois de demeurer : il n*a ' osé pour la quaU lesme nous faire cestemesme rcqueste, de peur <[u\iii bout de buict jours nous fussions encore à sçavoîr -ce que deviendroient ces affiiires, et qu*ennuyés de la demeure fascheuse et des af&onts qu'on nous faiet^tons les jours, nous lui feissions reproche de nous avoir trompés et abusés de noatre promptitude à faire ce qu'il avoit requis de nous; mais comme il Moit envirohnë de plus de trente ou quarante «scAie- TÎhs fet pairs , ih ont ouï nostre demande , et nùnà ont à toute instance pryés de demeurer. M. de LaPrimauditye eatoit -pkiti auparavant moi ; c'est pourquoi its se
sont addressës à moi , et me représentant la perplexité oit ils estaient, l'inconvénient grand qui arriveroit , si nous nous séparions mal contents , et sortions de ceste ville avant que les clioses qui s'y discutoient eussent pris fin, en quelque sorte que ce feust ; je leur ai représenté ùostré desseing et les raisons d^icékii , et comment, rfial^ré que nous en eussions, nous estions contraints de nous en aller, et surtout à Bevrandy , qui, après qiiè les anltres m^ont quitté, m'a entreteneu particulièrement et de grande affection , se ser- . vant entre aultre argument, pour me persuader, de cestui ci , que la maison de ville avoit pareil sentiment que nous , et estoit resoleue de demeurer ferme en son
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ordonaance. Ma response a esté que nous avions offert de deoEidiirer, non trois jours, Mais trois sepmaines , Totre trois mois ; mais pt>uf^u fpie nostre demeure ne iemi poinct inutile au public quelque fascheuse qu'elle^ ootis friist en particriier, ^ les indignités ipi'on nous faisoit. Nous avions aussi tousiijours promis de commu- ■squer avec les députés , et de pourvou* aulx aÛaires fiar oeste voie, poutven que ce ne feuSt poinct en aS^ semblée, qui, infailliblement, attireroit après soi de grands inconveniens ; que pour moi, je leur donnois «a parole «|tte je demeurerots^ pour servir au bien^ puisqu'ils croyoïciit que je lepouvois, et pour leur coiiicomplaire ; mais que de ijit. de la Primaudaye , je ne ponvois 4ofmer irtseurtince, pour ce quil a voit pris congé de M. de Rohan et de tous ses ainis; que je leur pronettois de ftire^tout ce qui seroit en moi pour l'arlester. An sortir de M. le maire, ung homme m*ést veneu accoster , qui m'a dict que les bourgeois et habitHDs de La Rochelle' avoient esté advertis que nous xfOA estrons de IVisèfeiUMee , nous en voullions aller; que la maison de ville a voit ordonné de congédier rassemblée a oe qu-elle ne se teinst plus; que des là ils avvnentesté estonm^s^et marris, iVrotent envoyé pour mp dire qu'ils s'opposeroient au congé qu^on nous vouldrcnt donner,' et qu'ils mourroiant avec nous et tous ceaïx tfoi f<mt4*assemblee ; qu'ils s*éstoient elevA Vendredi dernier, qu'ils s'eleveroient encores pour faire ^tvacter au oorparde ville ^ qu^il airoit ordonné înjustement, mal 'h propos ët contre tes fermes, sans avoir •appelle les bourgeois qui y avoient interest;. qu'ils ne •soafirirôient poiii<ltMt|iie M* de Rohan, ting si brave •^seigneur, si jEclé et^'if^îonné, et qttî avoit eiicores' eu la disgrâce de son prince pour la relligion, feust de-
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laissé par la ville de Lu Rochelle qu'ils estoient ài%
fois cent et le redouble qui mourroient à ses pieds pour lui et pour rassemblée, et que si nous n'estions bien accommodés, il y avoit cinquante maisons à nostre service pour nous et nostre train. Ce discours 2u a touché d'estonnement et d'esmotiou de moimesmes, et toutesfois je ne Tai poinct faict paroistre; mais en le remerciant de ses offres, et le louant de son zele qu'il disoit avoir au bien , je lui ai demandé son nom , afin que je sçusse qui estoit celui qui m'obligeoit tant , pour lui en faire recognoissance. Il m'a dict qu'il me pryoït de le dispenser de cela, et m'a. répété les mesmes discours, jusqu'à ce que m'ayant condoict depuis chez M. le niai re,jusques au Croissant ,il m'a dict adieu , craignant que je m'enquisse de lui , et que je le cognusse* Ce discours , joinct avec plusieurs aultreà et le brutct conuiiua de la ville , me faict croire que demain ou samedi ii y aura une grande émotion , et que nous ne sommes pas pour sortir, d'ici quand nous vouldrons; qu'ils ont resoleu de tenir l'assemblée, et dy appeller toutes les aultres provinces pour faire ung cercle ge« neral , et de vrai cest homme me Fa dict en termes: ex^ près. Nous présenterons requeste à ce que l'assemblée tienne, et que les aultres Eglises, soient. ^q^pellees,- et lors il en fauldra passer par ou il ser9 advisé. M. Boiséeol , . à qui nous avons porté nostre déclaration , nous est ^ veneu trouver ce soir fort tard,, et nous pryer.'quJii peust effacer quelques mots qu'il nvpit escrits au pied d'icelle, d'autant qu'il avoit escrit en simplicité de son cœur et prompteroçnt à nostre reqii^te. Nous lui ayotps permis. Les mots qu'il a eflacés^ f^omnie vous le vénm, sont : Attendeu qu il n'a esté es resoleu si ou non r^^semblce tiendroit, ]^ostre ho&te, .maistre du Crois^
sant estant avec nous à table, ung profond discours a
esté appelle par quelques ungs de ses voisins et des membres de sa compagnie, et s'est iacontinent levé pour aller avec eutx et les suivre; ung qui estoit assis à table, et qui voyoit que nous nous enquerions du lieu où il alloit si tard, a dict qu'il croyoit que c'estoit à une assemblée de bourgeois; car c'est au corps de ' garde qii'on médite ces émotions , et qu'on les suscite , faisant courir des billets de merveilleuses nouvelles , et par les paroisses , n^ayan t rien proficté ceulx qui font ce mauvais mestier , d'autant que les bourgeois ont approuvé et loué lordonuance de la maison de ville : ils ont essayé de mettre à chef leur desseing par les compagnies qui sont liuict en nombre, faisant eslire quattre de chacune qui font trente deuk hommes en tout, pour demander et obtenir de gré ou de force retractation de ce qui a eslc arresté. Le soir niesme on nous a envoyé une lettre de rassemblée d'Aiguesmortes, escrite à nostre province : nous Ta vous ouverte, afin que s'il y avoit quelques poincls que nous pensions faire ici , nous nous y employassions. Vous la verres, s^il vous plaist, monsieur, et jugerés de la response qu'il y fault faire. Sous l'ombre de ceste lettre, on a faict courir une nouvelle que. le Languedoc envoyoit des députés au cercle de La Rochelle ; comme aussi à Canes ; qu'ung gentilhomme nommé M. de Sainct Angel est veneu de Perigord à Sainct Jean , et de là ici. On donne pour tout asseuré que la Guyenne est toute preste à remuer, et qu'il y a quinze mille hommes de. pied dont on peult faire estât de ceste heure, sans les aultres qui pourront s*y joindre ci après. Je viens de recevoir vostre paquet , qui m'a esté envoyé par M. de Mirande ; d'autant qu'il estoit pleine
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