I.XXKVIII. — LETTRE
De M, le chanceluer à M, Duplessis.
MûNsfEUR, si vous n'avés eu lettres de moi depuis quelque t^mpe* je ne laisse d'avoir bonne part à celles qui vous ont esté eserites par advis commun des serviteurs de leurs majestés pour réduire les cboses en weUlfui» termes» et empeacber les desordres qui
estaient désirés elfomentm par plusieurs. Je ne oede à aolcung au désir de la pak el tranquillité publicque; }*ai tousjours estimé que vous pouviés grandement servir à ce bon couvre , et que tous debviés estre invité de vous y employer, comme vous avés faict dignement, su contentement de leurs majestés et de tous les gens de bien* Vous pouVés, monsieur, prendre asséurance, et la donner à tous selon roccasion, que tout ce qui a esté accordé par ie feu roj à eeuk de la relligion , sera entièrement observé, sans y rien changer ni diminuer. Mais ils se doibvent aussi contenter sans y adjouster, estant raisonnable de continuer de part et d^aultre en Tobservation de ce qui a esté ordonné par le feu roy ; et sur ce fondement vous pouvés bastir vos conseils et résolutions , et vous asseurer de trouver par deçà toute bonne intelligence et correspondance, tant pour le gênerai que pour les particuliers. Et comme je me suis volontiers employé en ce qui s*est présenté, pour servir vous et les vostres, je vous prye croire que je eontinuerâi ci après en ce qui sera de vostre service et contentement, et cognotstrés par effect que je suis, monsieur, vostre bien humble et affectionné serviteur,
A« BaustAXT, cbancellier de France.
Afto«is»€e 6«ii 161S.
UaXIX. ^ * LETTRE DE M. IVAERSEITS
^ M, Duplessis.
Momimni, vostre dernière, du 9.5 avril, me feut rendeue il y a huict jours; j'ai peu ou rien à y respondre. Vostre aifection envers Testât et les? Eglises a Sttflisamment pareu au soing que vous avés porté.
!io8 LKTTRE DE U. D^AERSENS
uoa seulement d'embrasser la réunion , ains d'y dkpO" ser ceulx qui plus y reculent. Si le fruici espère n^a
suivi vos bonnes intentions, le blasme en demeurera sur les aucteurs. M. de BouiUou désire avec passion de fiiire lever les defBanœs qui restent; toutefois j'ai opinion que le temps n'en est pas bien propre ^ et que d'ung costé et d'aultre on se persuadera que ce zele extraordinaire a des desseings ailleurs que dans les intercsts des Eglises , et partant je ne m'en remeue pas dadvantage, laissant &ire à nature, pour ne rien gaster ailleurs; bien ai jeung singulier desplaisir que la bonne intelligence qui soulioit estre entre M. de Kohan et vous ait receue si notable refroidisa^mcitit, par Tarti* fice de ceulx qui désirent se prévaloir du bon naturel de ce seigneur, sans mettre en considération combien vos conseils ont aidé à couvrir leurs fiiuUes , et ramener les affaires de leur desespoir. On ne yous peult rien improperer, sinon qu'avës acquiescé aulx ollres de la court, quand les avës cogneues tolerables, au moins plus raisonnables que de jetter la minorité en trouble. U y a beaucoup de gens de bien qui sont marris de j ceste altération, et m'esmerveille qu'ils ne s'entremettent poinct plus sérieusement pour la lever; car à le bien peser, M. de Rohan nC' sçauroit se passer de Tostre amitié. Je n'espere plus rien du tr.ariage de mademoiselle deKohan, non que M. le prince Henry soit engagé ailleurs, mais pôur le seul émpesdieHient que la royne y a donné , lequel ne cesse poinct. Si on eust creu mes ouvertures sans en rien communiquer ailleurs, j'eusse engagé las parties si. avant qu'on eust eu peine à rompre leurs conventions; mais nous y avons esté traversés par des raisons publicques que la passion j particulière a faict rechercher et valoir. J'attends nou-
A M. DUPLËSS15. 209
velles que de la part des princes unis, nostre republicque ait esté recherchée d entrer en leur union par la médiation da roy de la Grande Bretaigne. En ceste court, on en prend jalousie, et ne nous donne 011 aulcung conseil d y entendre. Je ne sçais quelle resolution mes supérieurs prendront là dessus ; ils ne dûibvent rejetter aulcung advantage qui leur sera offert; aussi ont ils besoing de ne despiaire pomct à ceste couronne. Ge traieté, par nostre adjonction , donne ung grand acheminement à une ligue générale de relligion; cela se cognoist bien ici; mais si la France veuit estre de la partie , elle en rompra le desseing et les \iûlens mouvemens; toiaostois on persiste à voulloir conserver la neutralité, sans s*obliger d'aulcune convention nouvelle à Tune ou l'aultre ligue des protestans ou catholiques. L'entreprise que ie duc de Savoye a esciatee contre le Montferrat nous pourra faire changer d'allures; car, s'il contineue sa poincte, il est mal aisé que, pour la réputation du royaulme, on ne s'en ressente en Êiveur du duc de Mantoue, allié en tant de sorte. Si le respect d'Ëspaigne le iaict négliger, quelle dangereuse construction n'en feront les aultres voisins? Jusques ores toutes les délibérations ont butté à descouvrir si le roy d*Espaigne est d'accord de ce desseing avec le duc de Savoye , et si on se peult fier à l'offre que faict le vice roy de Milan, de voulloir xle gré ou de force faire reparer l'agression ; et est on tota* lement persuadé que le roy d'Espaigne n'y a nulle part; au contraire a pareil interest, \oire plus grand que ceste moYiarchie , pour empescher raecrotssement du duc de Savoye ; qu'il est donc h propos d'attendre la suite de ces premiers mouvemens , sans rien précipiter qui pourroit altérer le repos et nécessaire tran-
aïo LETTRE DE M. D AERSENS
quilittë de ceste miaorité* GepeDdanI Mantoue soafSre,
et plusieurs desireroient qu'on considerast si l'entreprise est juste ou injuste, sans se soucier sî le ro; d'Espaigne y a part ou non; mesme qu'on resoleuat proiDpteuàeiii de secourir Mantoue par \o^e de diver- ' sion , puisque toute aultre assistance seroit plus one* reuse et moins utile ; mais on repart qu'il faok attendre; ' que le Montferrat n'est pas chose qui mérite d'aiterer le repos de la chrestienté; qu'on prendra les conseils utiles par Tadvis des princes et grands. Le mal est qu on ne veult pas mesoontenter le roy d'Ëspaigne, et | que d'aultre part on a peur de debvoir armer M» Des-
diguieres, qui a esté peu satisfaict de ceste court. Cependant le roy d'£spaigiie faict instance pour Texecution du contract de mariage, par Feschange des pno* cesses, et on a assigné les estais des Espaignes dans le mois de septembre, pour recevoir la renonciation que l'ambassadeur de leurs majestés portera ^ au nom de riufante, de toutes ses prétentions à venir. La ro^ne ne sçait que) parti prendre; ci devant elle a désiré avec ardeur cest accomplissement , et lors le roy d'Espaigne | \oulloit ; maiq tenant , comme il presse, elle recule pour des impressions qui loi onti esté données; qtt*en ce ' traicté on a butté à la diminution de son ancstorité; et comme nous avons deux partis assés ibrmés , aussi ' voyons nous les opinions se contrarier, et sa majesté semble se roidîr à n'y vouUoir penser plus tost qu'aa mois d'avril. Toulesfois cela aest poinct eocores ar* resté. Nos mescontentemens vont de longue, bien qu'on les craigne moins que par le passé , car il paroist peu de liaison ou de suite eu la cabale. M. de La Chastre est avec M. le prince, comme particulier ; qui Touidra revenir le pourra; on n'est poinct délibéré d'en prjer I
A M. DUPL£SSIS« a 1 1
(lersonné. Au reste, M. de Kefuge a congé ; M. Dumau-* rier le lui porte pour servir, dit M. de Villeroy, sans ^alitë que de secrétaire, deux ou trois mois, pendant que Taultre sera disposé de retourner; maïs c'est véritablement pour l'establir par ceste voye dans la com-* missioD , et éviter la plaincte*^ des concurreos qu'on a entreteneus de belles apparences, «te.
Du g mai i6i3,
ji M, le président Jeannin,
Monsieur, je vous importune quelquesfois, mais je me confie que vous le prenës en bonne part pour le public. Je vous avois ramenteu qu'il eust este fort à propos que devant la teneue de nos synodes provineiaulx, ou sur le poinct d*iceulx , se feust rencontrée l'exécution des poincts accordés par leurs majestés; aukrement, que ceste longueur tourneroit en reproche contre ceulx qui n'auroient approuvé les moyens qu'on pretendoit de Fabre^er. De plus en plus, monsieur, je m'apperçois que ce n estoit en vain, car ouitre ce que les plamctes continuent, qu'il n'est poinct encores pourveu ni contre la qualité de prelendeue reformée , ni pour l'exemption de nos ministres, au moins par lettres de M« le procureur gênerai à ses substituts, et
pnr la vérification de la patente en la court des aides, la liberté de nosdicts synodes , lorsqu'on les veult tenir, est révoquée en double en la ville de Seez en Normandie, l'evesque s'y estant opposé; et depuis deux jours en ceste provmce le magistrat de Baugé, bien qu'avec fi^t modestes paroles, faisant difficulté d'y soufirir le
âia LETTRE DE M. BUPLESSISt «te.
synode provincial d'Anjou, iiiesrae au lieu de leur exercice, le tout sous prétexte de la dernière clause de la déclaration dernière, qui porte très expresse defFense de toutes assemblées. Ores ne laissèrent ils de s'assembler en certain lieu hors la ville de-Seez ; comme aussi je veux espérer que le magistrat de Baugë cédera aulx remonstrances qui lui seront faictes. Mais, monsieur, TOUS ne laissés pas de juger que cela tire à conséquence et pourroit faire de înauvais eflfecls ailleurs. Partant qu'il y eclieoit provision. On se plainct fort aussi en Normandie des entreprises de jurisdiction sur la chambre de l'edict de Rouen , desquelles je crois que vous aurés ouï parler au conseil. Ce que je vous représente pour le désir que j'aurai de voir telles plainctes de toutes parts cesser. Le surplus vous aura esté desjà représenté par M. Marbault, etc.
Du 10 mai i6i3.