‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 44 sur 142 · CV. — -V^ LETTRE DE M. D'AERSEN · texte numérisé non relu

CV. — -V^ LETTRE DE M. D'AERSEN

A M, Dupîessisy conseiller du rvjr et gouverneur de

Sauliniir*

Monsieur, vostre lettre du a4 me feut portée hier, en laquelle j'ai recogneu de plus en plus la franche sin« ce ri té de vos intentions et condutcte , que véritablement je suis marri de voir si peu secondée par ceuix qui se «ont voulleu prévaloir du nom des Eglises , et cependant les ont jettees, tant qu'en eulx a esté, en mespris par leurs interests particuliers, de quoi ils ne sont pas à en sentir les inoonveniens, eulx tous les premiers; mais si vous pouvés convenir de vostre but et des moyens en commun pour la direction des a& faires, j'estime que le repos public ne recevra plus aulcune altération, et que d'ailleurs les grands se rejoindront à meilleure intelligence , laquelle est grandement nécessaire à tout le corps de la relligion , tant pour effacer la créance qui a esté prise, qu ds ont eu desseing à tort et à travers de faire proficter de la foiblesse de la minorité, que pour, par la réputation de leur union, parer les coups de ceulx qui, contre la foi publicque et lesi maximes du feu roy, vouidroient entreprendre sur vos edicts. Je ne vous nianderai rien du retour de nos grands en court, d'aultres vous en auront informé; mais le 29 du matin il feut resoleu de s'opposer à Tinvasion de M. de Savoje, et s'il ne restitue promptenient et de faict à M. de Mantoue ce qu'il lui a pris, de l'attaquer de ii,otoo hommes de pied , 1 ,^200 chevaulx , 1 1 canons , sous la coaduicte de M. le mareschal Desdiguieres, et de don-

A M. DUPLËSSIS.

ner 6,000 hommes de pied, 600 chevaulx, et 6 canons n M. de Guise, pour la garde de la province. Cependant nous avons advis que le pape 8*est saisi de ia cognoissance de ce diiFerend, auquel les deux ducs ont conveoeu de séquestrer leurs .places questieuses pour en juger dans le mois , si les parties ne se peuvent accorder par leurs députés. Ceste nouvelle a peult estre reodeu nosire minorité plus généreuse. Quoi que ce soit, ceste résolution aura son utilité , combien que je ne voye rien en estot pour la inetlrc à exé cution. Nous avons eu en nostre estât M* Telecteur, lequel , en deux conférences, a concleu avec nostre république une ligue deffensive pour le terme de quinze ans , de quoi il a esté auctorisé par les princes de l'union, qui contribueront à nostre defFense, si en avons les premiers debesoing, 43,ooo liv. le mois, et nous réciproquement à la leur, 4)ûoo hommes de pied , bien armés et, plus à ceste proportion si le cas le requiert. Je ne sçais conime quoi ceste action sera prise à Fontainebleau; car j'ai peur que par de petits degrés on nous veuille embarquer en une ligue de reliigion, laquelle, de quelque part qu'elle vienne, procurera la ruyne de l'Europe; le seul remède contre cest inconvénient seroit ' si ceste couronne se voulloit joindre à nostre union générale, laquelle, en la diversité de sa relligion, contiendroit les humeurs et les affaires dans la borne des interests purement d'estat. Oultre ceste ligue nous en avons faict une aultre avec la ville de Lubeck, et sommes demeurés d'accord de sommer au premier jour !c roy do Dr^nnemarck de reparer les concussions et exactions qu'il a ci devant iiuliuMuent faictes sur nos peuples, et de les cesser pour Tadvenir; et à faulte do ce, lui desclarer que sommes resoleus d'en tirer la lai-

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son por les voyes qu'estimerons convenables; et s'il fault venir aulx armes, Lubeck contribuera un quand nous payerons huict, et est loisible a tous qui vouldront d*entrer en ce parti , comme ont faict Brunswick et Magdeboùrg, desquels s'attend enconife la ratification. Geste dernière action ne donnera nulle jalousie ici , puisque elle est entreprise contre ung prince de mesme créance que nous et csloingné de ces frontières, qui aussi bien rechercbe le roy d'£spaignc pour se maintenir en ses violences. La royne n'est pas encores délibérée (le consentir si promptement au change et délivrance des princesses, quoique le roy d'Espaigne en * fasse très grande instance, et lui semble plus à propos craltendrc le piintcnips, pour, avec plus de loisir, jucer du cours que prendront les alTaires. Peuit estre qu il y a des considérations particulières qui traversent ce&t accomplissement, lequel ci devant on avuit fajcL démonstration de désirer avec passion. Le roy de la Grande Bretaigne a envbyé pouvoir à son ambassa^ d( ur pour entamer le traicté de mariage de mademoiselle Cluestienne; et ung de ces jours M. le duc de Lennox, qui est allé accompagner madame relectrice , en viendra faire la demande. Quant à M. le prince Henry, je sçais véritablement quil nest embarqué nulle partf et plus encores, qu'il ne consentira jamais à prendre parti de relligion avec la reformée; mais je ne vois rien assés fort pour gaigoer mv la royne d'agréer Falliance de mademoiselle Anne de Rohan ; car vous sçavés, monsieur^ combien sa majesté s'y est opposée, et lors encores que madame la princesse d'Orange eut Thonneor de prendre con<,'é d*elle. Toutesfbîs je fais csLat de me rendre dans quinze jours ou trois scpmaînes en Hollande, et ferai ce qui me sera possible

A M. DUPLESSIS. a 47

pour tenir les volontés en haleine, attendant qu« madan^ de Kohaa fera jouer tous ses ressorts, et sçais bien que madame la princesse d'Orange ne désire rien taatâoubs le cici. A mon retour donc, qui, Dieu aidant, sera dans trois, j'apprendrai ou dirai ce qui s'en debvra espérer , etc.

De Paris , ce i 1 mat i6i3«

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