CXXXI * LETTRE DE M. DE ROOVRAY
jà M. Duplessis,
Moi«si£ua, j'ai des meshui de l'impatience d'apprendre le succès du voyage de M. Durand, et de tant plus que j'apprends par la vostre qu'il y a encores trop
ngfi LETTRE DE M. DE ROUVRAY -
de reste des accès passés. Je conviens avec vous qu'il importe que l'on ne voye que bons effects de la reconciliation qu'il a à procurer; mais certes, monsieur, le principal est qu'elle soit, et non seulement de ce costé là, mais de tous aultres ; que si ce ne peult estre en une liaison d amilic, du moins que ce soit en une mutuelle correspondance ; car sans cela plus je vais en avant , et plus je remarque qu^en gros et en détail nous sommes de petite conservation. L on a pris ung expédient en 1 af&ire d'Aiguesmortes qui ne la termioe poinct, estant remis le jugement définitif d^icelle jusques à ce que les sentimens de la province paroissent plus évidemment par les resolutions de leur synode, où Ton renvoyé leurs députés ; cela se faîct icf neantmoins par ung tel biais, qu'il n'y a lieu de se portera ung mescontentement ouvert, si d'adventure Ton ne changeoit la route projetée, ce que. je ne crois pas. | Toutesfois les affaires se manient ici avec tant de variation qu'il ne fault s'asseurer que des choses faictes. L'aiïaire de Quilbœuf nous est ung exemple tout récent; lui est que ceulx de la relUgion dudict lieu estant en une continuation depuis trente ans en çà de leur exercice dans ledict lieu, ayant voulleu se fajre bastir ung petit couvent pour cest eûect , au lieu qu'auparavant ils preschoient tantost en une maison , tantost en une aultic; ce qu'ils auroient exécuté et faict la cene des Pasques, et continué jusques à la Pentecoste sans que personne leur eust faict auicung destourbier , ni ea bastissant ledict couvent , m depuis durani ledict temps en y disant leur exercice ; tout à coup la porte avoù esté fermée, et ledict exercice leur auroit esté interdict par le colonel Gallatis; sur quoi estant veneus à plaincte, nous aurions obteneu de la royne commandement rei-
teré pour lever lesdictes deffenses , et laisser lesdicis
de la relligion en la possession de leurdict lieu (lequel n'est , et en assiette et en structure , capable de donner aulcung ombrage à la citadelle et à la ville). Ce qu'ayant esté faict , huict jours après , sur quelques remonstrances faiciesà la royne, nous non ouïs, on refaict commandement audict sieur Gallatis , d'interdire dans ledict lieu rexercice à ceulx ^e la relligion ; et non content de cela, Ton renvoyé ceste cause au parlement de Rouen. Tellement que nous ne sçavons plus de quoi faire estât, qui n'est pas pour nous faire prendre une confiance telle qu'il est du bien de Testât que nous ayons 9 et des bonnes intentions de la royne et de Teffect de ses paroles; et pour vous dire vrai, ce que toutesfois je n'épanche ailleurs, je vous puis asseurer que depuis que je suis en charge , il ne s'est présenté aulcung affaire qui nous concernast, ni en gênerai ni en détail, que je ne justifie ou nous avoir esté refusé, ou faict et terminé de telle façon qu'il nous y reste tousjours quelques griefs, et en la pluspart une notable infraction à Tedict; ce que j'ai dissimulé et couvert autant que j'ai peu dans les provinces, considérant que la matière n'estoit que trop préparée à prendre feu.; mais: comme je remarque qu'au lieu de retenir ces coups orbes, on les redouble chaque jour, j'ai creu vous en debvoir décharger mon cœur, afin que par vostre prudence vous leur fassiés sentir, s'il vous plaist, que ceste reteneue que j'ai eu jusques ici pour ne faire voir dans les provinces les affaires au nud, fondée seu- ' lement sur le désir que j'ai d'empescher de tout mon pouvoir le trouble dans cest estât, ne me doibt tourner à ung juste reproche que je recevrois de ma propre conscience et d'ung cliacung d'avoir faict une hori^
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teuse ÊitUite en ma charge. Eo quoi de plus je requiers ▼os bons ndyh et conseils; car je vous jure, monsieur, que je me sens gesné sur ce subject Je juge asses la peine de ceulz qui ont la direction, mais je ne me puis
^ tenir de dire que l'on n'a ni tendresse pour nous, ni esgard à nous , comme il se debvroit; je dis mesmes pour le bien de cest estât, et c*est ce qui me fiiict gémir. Dieu y pourvoira quand il lui plaira.
Les imbrouiiles des deuiL cabales de la court durent tousjours; la dernière «e gardant fort là dessus du passé.
M. de Bouillon a demandé comme ad vis à Rouvray, s'il seroit pas à propos qu'il allast feûre ung tour à Turenne, et qu'il en estoit en quelque volonté; sur quoi il lui a esté représenté diverses choses tant du dehors de nous que dedans nous; je ne sçais oe qu'aura opéré eela.
M. le prince a pris resolution de ne pas aller en Guyenne .et l'a decUré à M. de Villeroy, estant enfin rendeu capable des préjudices que son absence lui a £iict et à toute sa cabale.
U du Maine se retire à Soissons , toutesfois sans esdat de mescontentement. M. de Bouillon et M. de Villeroy se visitent fort La royne, depuis deux jours, faict fort bonne chère à M. le prince, sans rien diminuer envers les aultres. H faolt se donner du loisir pour voir que deviendra tout cela. Mon frère, vostre gendre 9 que j'attends ici dans deux ou trois jours, vous portera toutes nouvelles, et d*ung aflaire parti- . cuiier qui ne se doibt confier au papier. Nous sommes pour l'heure fiort empeschés de saulver la vie 'à ung im)»rinieur de la relligion , duquel nous appereevons que Ton veult faire ung sacriUce au pape, pour expier la Êiulte que l'on -a faicte-d'avoir fàict brusler ^ par le
jugement du lieutenant civil, iing livre de Bellamnin , touchant son auctorité. Le seul subject qu'on prend contre ledtct libraire est pour avoir imprimé ceste retnonstrance sur le concile , faicte à l'empereur, laquelle estoit ck'sjà imprimée et couroit long temps auparavant. Gest affaire nous donne bien de la peine; les conclusions (les gens du roy sont à la mort ; et n'y a que cela cependant. C'est, monsieur, ce que vous aurés de moi, poar es coup, qui sur ce prye Dieu vous avoir en sa saincte garde.
J'oubliai à vous dire que, voyant la guerre contre le duc de Savoye finie, nous sommes en volonté, pour éviter le blasme qui nous en pourroit estre donné, de faire la demande et poursuite d'une assemblée générale. Le conseil de Daulphinë nous donnant advis de ce faire, alors vous me ferés, s'il vous plaist, pari du vostre, etc.
.De Paris , ce 1 5 jatUet i6i 3 .