CXXXII —* LETTRE
De madame de La TremouiUe à M. DuplessU,
HoirsiiÉnR , j'attendois tousjours de vous escrire par M. de Villarnould, c'est ce qui m'a tant faict tarder, depuis que la fin de mon procès m'a donné ung peu de relasche^ de satisfaire à mon debvoir. La vostre que m'escriviés , que j'ai receue hier, me tesraoigne bien que vous participés à la plaincte du mauvais succès que j'en ai eu ; une voix seule me Ta faict perdre , et la' longueur du temps qu'on l'a faict durer a donné le loisir à la court de revenir et de me faire sentir que Tintervention de M. le prince y portoit obstacle; mais
3oo LETTRE
il en fault revenir là que Dieu l'a voulleu. Je ne plains
que les peines; car pour la perte , elle se pcult iccou vrer, si Dieu plaist, par une requeste civiie; car on a compris des choses en Tarrest qui n'auroiènt esté contestées. Je sçais avec vous qu'il nie fault uiig peu prendre relasche, car ma santë est uug peu altérée d'un^ si continuel travail. J'ai ma sœur et mon petit garçon qui m'appellent à ne m esloingner poinct sans les voir. Je suis fort sollicitée du costé d'Allemuigne à aller voir ceste digne princesse; mais à cela je vois quelque obstacle. Je vous dirai que madame ma sœur est fort contente de son arrivée et de sa veue , trouvant son humeur à souhait. Pour mon fils , M. Telecleur le convie fort. Je vous supplie que je sçache ce que vous croyés de ce voyage, car je veulx que de tous ses desseings vostre approbation en donne l'exécution, vouliant que lui et moi dépendions de vos bons conseils. Je sais que vous aimés la mere et les enfiins. Je demande , privativement à tout anltre , quelque soing particulier pour ce qui Je concerne, puisque vous estes
honoré de lui et de moi plus que toutSiultre, etc.
Du 17 juillet i6i3.
CXXKIII. — ^ LËITRE D£ M. D£ LOUM£AU
A M, Duplessù.
MoirsiEUH^ je vois par les vostres, du 29 du passé, que vous concevés quelque fruict du voyage de M. Durand , qui arriva vendredi au soir à Sainct Jean; mais
ceulx qui cognoissent la disposition des espi Us dv deçà n'en attendent aulcung bien. Madame de Rohan en
A M. DUPLESSIS. 3oi
désespère , le désirant pour le mariage du comte Henry qu'elle croit dépendre de M. de Bouillon. H. de Rohan
s'est monstié passionnément porté à appaiser madame samere et le batteu, y employant toutes rechercher envers oestui ci , lequel , vaincu par les trop instantes et basses recherches de M. de Rohan, s'est laissé aller, dont madame est mal contente, veu qu'il ne debvoit rien faire que par son commandement; veu qu'elle estoit aussi offensée. M. de La Chappelliere y est allé *au secours de M. de Saujeon , et crois que le batteu a donné quelque parole pour le contentement de M. de Rohan , duquel l ame est tellement collée à celle de M. de Haultefontaine, qu'il repute faict à lui tout ce qui est faict audict Haultefontaine ou de bien ou de . mal. Il y a de grands mescoutentemens à Sainct Jean. On continue «rappellef traistres tous ceiïlx qui n'ont embrassé le cercle ; on les espie. M. de Rohan doibt partir mercredi prochain, etM. de Haultefontaine , pour aller à Mouron , et de là, ayant pris langue , à la court ; et ceste langue sera M. de La Boulaye qui le viendra trouver. L'affaire du corps de ville et bourgeois de ceste ville s'en aigrit, et est à craindre qu'il n'esclate quelque orage entre nous. La lettre du roy d'Angleterre aulx eslats, touchant les différends de la relhgion , faict beaucoup de mal. C'est une lettre qui a esté par quelque surprise signée de lui; chose qu'on dict lui estre trop familière. L'ambassadeur qui est au Pays Bas le voit ainsi lui mesmes et en a de grandes raisons , et surtout que ceste lettre n'a poînct esté envoyée sous sa couverture , et n'a eu aulcung ad vis de son maistre , tou-i ^hant la lettre ou . le conteneu d'icelle. Madame de Rolian ne viendra eneores si tost; elle faict vérifier la' terre de Soubise. Le marquis de Bonivet y est ailé pour
3oa I4ËXTB£ I>£ M. Dfi LÛUMEAU
présenter sou service à matleinôiselle de JUilian , avec offre de se faâre instruire. Il n'a que ifingt cinq ans ; mais les mescontentemeDS domestiques aiguisent peult estie le désir de se marier , et font fermer les yeulx à beaucoup de considérations* Je prje Dieu, monsieur, qu^il vous conserve longuement en santé et prospérité pour l'advancement de son Eglise. Yostre , etc.
DelA Rodidie ce 19 juillet x6i3.
Depuis ma lettre escrite, j'ai esté mandé par M. le
maire en sa maison , 011 tous les pasteurs se sont trouvés, et une bonne partie de ceulx du corps de ville. Le subject est tel : Il y a huict jours, qu*il se feit une assemblée de bourgeois, à dix heures du soir, au nombre de plus de cinquante, le procureur du roy y assistant^ et qui depuis a signé le résultat de ceste assemblée. Cestoit pour leur procès. Ce qui estant veneu à la cognoissance de messieurs de la ville, il feut ordonné par le conseif que M. le maire informeroit de ceste assemblée et qu'on feroit le procès de celui en la maison duquel elle s'estoit fiiicte. Hier, après le second presche, ils s^assembierent en plus grand nombre dans une aultre maison; le procureur du roy y assistant encores. M. le maire retourné en son logis fort accompagné, d'autant qu'il avoit fatct la cene an matin , en feut adverli ; et, ayant pris advis, se transporta sur le lieu, accompagné de six tant seulement. Entré en la salie où ils estoient assemblés , s*addresse au maistre de la maison , qui faict refeus de respondre. On faict venir leur advocat qui parlé pour eulx> Il se passa plusieurs propos de mespris de la part des bourgeois. M. le maire se contenta de prendre les noms des assistans. Il a voulleu assembler
A M. DTJPLBSSIS. 3o3
chéslui ce matin; nous avons estimé qu*il n'estoit expédient de nous trouvar en ce^te deliJbenilion, afin que le peuple ne nous tmmi comme parties. Le messager me presse ; toutesfois avons recogneu qu'il sera faict bon procès verbal de ces deus assemblées et des choses qui s'y sont passées, lequel sera au plus tost envoyé en court par h(Hnme exprès. Voilà nostre estât déplorable qui mérite que tous les gens de bien y pensent et y mettent la main , et spécialement MM* les députés generaulx. Si Dieu touchoit tellement les cœurs de nos grands qu'ils eussent ung mesme but, cest affiûre ne seroit indigne de leur entremise.
CXXXIV. — LETTRE DE M. DUPLESSIS A M, de Laumeau, M. D. S* E.
MomncuR, )'ai receu ceîourd*hui les vostres da i5.
J'en eus hier de M. Durand, partant de Sainct Jean pour Mouron , qui s'asseure fort du bon succès de son voyage » et d'y avoir ) soit trouvé, soit disposé M. de Rohan, comme il eust peu désirer. Il me remet du surplus à une aultre despesche qu'il me fera de Mouron. Je n'apperçois pas qu'il s'attende que de là il prenne la route ni de la court , ni de Bretaigne immédiatement , mais phistost de Poictou. Aussi peu apprends je de lui la cause de ce voyage. Il passa à Poitiers, et feut traicté à la mairie. Ce mesme jour y es toit M. de Parabere y qui n'y feut poinct, mats partit sans le voir. Je ne sçais plus que dire de vostre division , que je vois vous avoir portés sur le bord du précipice. £st il possible que
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l'une et l'aultre partie ne voye poînct en quel danger elle se jette, et n'y cherche poinct le remède? Les plus sages ne considèrent ils poinct que c'est en vain qu'on arme le dehors » si le cancer ronge le dedans? et que ce mal est d'une nature que les rigueurs l'aigrissent? partant que les plus fortes et plus prudentes republicques ont souvent ployé dessoubs et rendeu la bride pour la retenir. Certes , monsieur, ce mal m'est si sensible, que je le vouldrois pouvoir racliepter de mon sang; et malheur à qui seroit si misérable que de le fomenter. Les députés de Languedoc ont eu pour response qu'on suivra en la décision du faict d'Aiguesmortes , le plus grand consentement de la province , dont il apperra au prochain synode d'icelle. Ils semr blent aulcunement s'en contenter, parce qu'ils s'asseurent de ce consentement.. J'estime qu'on ne vcult pas fêster H. le connestable, sur le poinct que Bf. l'admirai son fils vient espouser mademoiselle des Ursios, arrivée depuis peu en court. M. le duc de Lennox y est, revenant de Heidelberg, et croit on qu'il parlera du mariage de madame Ghrestienne avec le prmce de Galles. J'ai lettres de M. Diodati , qui s'en va ce mois d'aoust à Nismes , octroyé pour six mois. Il y verra de nos humeurs; mais les gens de bi^n surmontenL Les brouilleries dq la court continuent; monseigneur le prince a Valleri, M. de Mayenne a Soissons, M. de Bouillon parle de Sedan, le marquis d'Ancre a Amiens, messeigneurs de Guise tiennent ferme. Nos députes, pour leur descharge, demandent 1 assemblée. Il sera neantmoins de nostre prudence, en Testât où nous sommes, de ne la presser pas trop.. Les sieurs de Saugeon et de liaullcloutaine, pasi>ans à Poictiers, allèrent
4 M. û£ LOUMEAU. 3o5
coucher à Bonnivet. Gela dit quelque chose. Ne me
reste qu'à prycr Dieu poiu la paix de vostre ville; ce que je fais de tout mou cœur, etc.
A La Rochelle , ce ao juiUet i6i3»
A M. ChresHeny lieutenant en la mareschaulsee
de Paris.
Monsieur, j'ai receu les vostres du 6 avec les actes ùUer Philippum Pulchrum , etc. Je Tavois desjà «veu ; mais je ne laisse de vous estrc; obligé de ce soing, que je vous prye de continuer; eu pareil cas, telles pièces choisies jettees à la traverse ne peuvent que proficter* Pour la supplication, elle est sans doubtr de quelque cnnoniste, car le style ne s'en peult démentir; joinct qu'il n'y touche aulcùnement la reformation de la relligion : mais il s'en peult tirer de très dangereuses conséquences entre ceulx de la relligion romaine; car pour les nostres, ils ont d'aultres règles immuables pour les retenir dans le debvoir envers leurs roys et princes naturels , lesquelles ne tiennent rien de ce siège. J'attends ce qu'aura faict GoefFeteau ; et ne pense pas qu'il au peu sinon esgratigner mon livre; car de le lutter corps à corps, j'y vois peu d'apparence. Mais c'est tousjours pour esblouir les yeulx de ceulx qui craignent de voir plus clair. Quant au cardinal, il y a désormais péremption d'instance, ou plustost prescription trice^ naire; encorcs doubte je s'il fera rien publier contre 1 epistre de M« Casaubou, parce que ceste façon de n'eu imprimer que quattre est plustost'^supprimer qu'auU IremeuL, cL aiubi eu a il souvent faict lorsqu'il voul-
MiM. DS Dvri.Bsszs-MoRV &t. Tome xii . 20
3o6 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc.
loit qu'on creust qu'il me respondoit. Je n'ai poînct encores, grâces à Çieu, la goutte à h main , et me reste asses de vue pour voir clair en leurs illusions , etc.
Dn sajuaiet i6i3.