VIL — ♦LETTKE DE M* DE MIRANDE
M, Ditpiessi's, '
Monsieur, nous avons enfin , par la grâce de Dieu , réduit nostre cercle à sa vraie quadration , qui est de rechercher par moyens légitimes, les choses nécessaires, sans se portier auk extrémités , et mesmes Tavons faict resserrer et restreindre au dedans des offres laissées par escrit par M. de Rouvray. Ce n'a pas esté sans une extrême peine, et je dirai mesme sans danger; car soubs les ailes de ce zele du bien de nos Eglises et de Dostre union se convoient d'estranges complots et machinations, et des conjututions catilinaires horribles. Vous en sçaurés les particularités par MM. de La Primaudaye et Bouchereau, qui vous diront, pKr mesme moyen , comme on les a traictés. Ils n*ont pas peu confier pourtant à la direction du bien , auquel j'espere
LETTRE, et». 39
qu aboutiront les affaires , nonobstant tous les artifices diaboliques de ceulx qui, en se perdant, nous veullent perdre, mesmes toutes les Eglises. Nous n'avons preveneu leur desseing que de quattre heures. Dieu, par sa grâce , veuille continuer de bénir la peine et seing qu'y preniicnl les gens de bien, et détourner le mal qui nous menace, sur ses ennemis et de son Eglise* Vous estes maintenant Tobject de leurs médisances , et mon gendre et moi les premières victimes destinées à leurs vengeances. Je crois que cela ne refroidira pas vostre affection à bien faire, et vous su'pplîe , monsieur, puisque M. de Bessay est envoyé en court pour satisfaire à ce que la royne desiroit de M. le duc de Roban, d'apporter tout ce qui despendra de vous à ce qu'il ne s'en retourne poinct sans avoir concleu l'affaire; car ceulx qui avoient conduict les affaires sur le bord du précipice 9 ne demandent qu'une querelle d'Aile* mand, pour rompre et passer le Ilubicon , pour nous engager avec eulx. Au nom de Dieu, apportés y, comme vous avës desjà faict , la bonne main. Pour mon regard , petit chetif que je si^is , je travaillerai laat que
je pourrai à destoumer le mal , etc.
Du 14 janvier 16^1 3.
Vin. — ♦LETTRE DE M. BOUCHEREAU
A M. Duplessis.
Momisun, c'est à ce coup que la quadrature du
cercle a esté trouvée par MM. rie La Roclii^llc , ceulx d'Anjou y aidant, selon leur bon pouvoir. Le desseing de continuer l'assemblée n'ayant peu réussir à ceulx
qui Tavoient, pour y avoir cesle \iiie contraire, une
3o LETTRE DE M. BOUCHEREAU
province deconvoquee et lotîtes les aultres, tant de deçà que de la Loire ; ils ont pris une aultre voye , celle de Testeindre avec humeur, et en sorte que M. de Eohan en eust le gré ; mais cela s'est ùact de si mauvaise grâce, et si peu prudemment et desordon* neement, qu'il n'y a celui qui ne voye et sçache qu'ils ont esté portés et contraincts à cela de vive force, et que c'est ce que moins ils avoient au cœur et en affection ^ et n'y a poinct de doubte que ceste nouvelle ne soit à la court au plus tost , veu le grand nombre de ceulx qui donnent d'ici les advis, et d'entre les bourgeois et d'entre ceulx du corps de ville. Ce qu'il y a eu de mal et d'imprudent, ne doibt pomct estre imputé à M. de Roban, qui, pour le certain, a preveu tout cela ; maïs n'y a peu {^oarvoir, pour estre tellement einpesché avec ces messieurs qu'il ne pouvoit, selon son opinion, escrire honnestement et sans perdre sa créance ; mais doibt estre attribué à la lauîte des personnes, pour parler en charité, de ceulx qui ont entrepris de le conseiller, qui aussi ne regardôieiit pas tant à lui comme à euk inesnies. Ma précédente portoit que vendredi au soir ils députèrent deux d'entre eulx pour aller le lendemain, qui estoit buict , en la maison de ville, et faire remonstrance au corps d'icelle. Ceulx (jui feurent députés feurent MM. Duparc d'Archiac et La Nouai lie , qui parlèrent le mieulx qu'ils purent, pour l'utilité et la nécessite du cercle, et entre les dents déclarèrent qu'ils u'avoient poinct eu intention de porter les choses liulx extrêmes. La respons'e feut approbative de ceste resoluliou et declaratoire de leurs sentimens, qui avoient tousjours esté que ceste assemblée ne debvoit continuer, veu les iiïîcônyeniens qui en pouvoient procéder, et qu'elle se debvoit séparer ; mais on ma promis le
A M. DTJPLESSIS. 3t
résultat du conseil sur cest affaire, qui vous fera mieulx voir ce qu'il en est, que je tous en pourrois escrire, et pourtant je me déporte d'en dire dadvantage. Ils font courir ung libelle fameux où vous n'estes espargné, monsieur, ni nous aussi , qui tenons et tiendrons tousjours à l'honneur de vouâ tenir tousjours compaignie partout. Ces opprobres, qui sont jettes sur vous, pour une bonne œuvre, on m'a promis de me les faire voir. Cependant, pour suivre le commaridement du Sei-* gneur, et bénir ceiik qui nous maudissent, nous escrirons' demain à M. de Rouvraj, pour recommander , de la part de nostre province , cest afFarre de Sâinct Jean, et faire en tant qu'en. nous sera, quelle se termine. Si la considération qde plusieurs . provinces s'y intéressent y peult servir, et si la durée de èes procédures n'y apporte ^empeschement, car c'est ce qui occupe 'maintenant les gens de bien que la court ne soit pas en la mesme huàieur qu'elle a esté, et que la cognoissance qu^ils auront Jà des choses qui se sont passées ici, et de la façon etf laquelle elles se sont passees ne leur donne encores subject de faire nouvelles variations , ou tirer eu longueur les expéditions nécessaires; encores que nous n'ayons pas assisté à leurs actions, ils ont toutesfois agi au nom des provinces convoquées, et au nostre par conséquent, puisque' nous y avons esté appelés, quoiqu'on nous a pryés, par soubs main ^ de demeurer, a esté afin qu'il ne pareust poinct de séparation , et n y eust poinct d'esclat comme il y eufst eu si nous nous en fussions allés, et que nostre présence en ceste ville feust en qtielque sorte estimée assistance en leur assemblée ; nous lïous sommes biefi apperceus de cela'; et quoique notis eussions subject, selon rhoiniiie, de né le fane pas, toulcbiuis
3a LETTRE DE M. BOUCHEREAU
nous avons creu estre obligés, selon Dieu, de patienter, et d'endurer de leurs folies et de leurs outrages, plus-> tost que de nous eschapper à chose qui , par coose^ ' quent, eust peu tourner au préjudice de TEglise de Dieu. Pour ce que nous avons regardé à Dieu et non auk hommes, et avons attendeu seulement la recognoissance des gens de bien , aulxquels le monde rend le mal pour le bien ; nous ne nous trouvons poinct estonnés d^estre en la haine, plus que capitale, de ceulx pour qui nous avons travaillé, et de recevoir, pour le bien que nous avons tasché de faire, tout le mal qu'ils ont peu et peuvent nous machiner. Bf. de Roban assiste nulx funérailles du cercle, qui en sont le dernier acte, et demain il despeche en court pour en porter les nouvelles, et fiiire la soubmission requise; on a proposé, pour y envoyer, MM. de Yerac, de Bessay et Dubois, mais on croit que ce sera M. dje Bessay qui remportera sur les aultres. Il partira de ceste ville, et advertira de son arrivée M. de Roliao, avant que MM. de La Rochelle envoyent en court leurs députés, car ils ont convenu ensemble de cela, afin qu'il n'apparoisse pas que ce qu'en laicl inondict sicur de Roban, soit par exhortation de La Rochelle. Quant à lui , on faict estât qu'il s'en retourne mardi k Sainct Jean, et les depuUs demeurent ici jusques à ce que la déclaration soit vérifiée; car quelque bon cœur et corps qu^ils ayent, ils craignent leur peau. Pour nous, qui sommes sans peur, nous parluoiis au plus tost, sans pouvoir toutesfois estre à Saulmur que sur le corn* mencement de la seproaine qui vient, pour ce que nous prenons nostie chemin par Saincte Herumie, où il nous fauit, pour le moins, estre deux jours; encores ne sais je s*ils suffiront pour dire tout ce que nous
A M. DUPJLESSIS. . 33 avons h raconter à celui qui nous y attend ardemment pour s^avoir toutes nouvelles. J'oubiiois de vous dire qu^on a voulleu nous faire, à diverses fois^ des querelles d* Allemands; mais Dieu nous a donné de les éviter à la confusion de ceulx qui nous les voulioient jetter sur les bras. Quant à moi , ma qualité m'a servi de bouclier et de defPense , et bien m'a pris d^estre ministre, et qu'ils se soient soubveneus du verset des Pseaumes, qu'il ne fiiult poinct toucher aulx oints et prophètes du Seigneur; car, sans ceste considération , je ne m'en retournerois pas , à ce qu'ils disent , ou ce seroit avec marque , pour me faire soubvenir que je les ai iaschés , par la contradiction apportée à leur advis et desseing. Pour ce qu'ils ne peuvent rieu faire à La Rochelle, ils n'osent rien dire à Tencontre; et pour cela ils deschargent leur colère sur nous ; et d'au* tant que ma qualité leur sert d excuse, de n'avoir pas accompli leur colère , ils me prennent plus à tasche qu*aulcung. Mais oultre que leurs calomnies ne me peignent gueres avant, leurs menaces mesmement aussi bien; je me console par Tesperance de sortir bientost de parmi eulx^ Je louerai Dieu quand cela sera. Maintenant, je le prye que ce soit bientost, et que je n*y retourne jamais pouf* cest affaire, etc.
Bu 1 4 janvier â6i3.
A M. de Rouvray.
Monsieur, you*^ aurés sceu , par ma précédente despeche à M. Marbault, à quoi estoient les affaires à La Rochelle, jusques au 3o du passé. Hier jai eu
34 LETTRE D£ M. BUPLESSIS
lettres du a courant, en la conférence du du mois. La proposition de Cliappeliere si féut désormais le concert qui se faisoit chés M. de Londriere, ne debvoit pas tenir lieu d'assemblée fdrmee. Tout passa h Taf&rmative, jusques à M. de La Primaudaje qui opina que non; suivit M. Boui^hereau, qui confirma cest advis par plusieurs fortes raisons, et la contestation feut telle, qu'à peine peut il estre ouï; ceulx. de Iol Rochelle, qui vinrent après, le firent peser, concluant qu^il en ftlloit communiquer au corps de ville, où tous, d*ung commun consentement, résolurent qu'il ne feUoit poinct parler d assemblée jusques à ce que le président feust veneu , lequel arriva le lendemain , et debvoit estre ouï le jeudi ; feurent faictes grandes plainctes et remonstrances au maire que le corps de ville entreprenoit trop sur le cercle , sur lesquelles feut passé oullre; dont Haute Fontaine feut ofiensé, dict après plusieurs aultres mauvais propos à M. Boucher»au, que dans vingt quattre heures on verroit à La 4 Rochelle ung pius grand tumulte que celui qui avoit chassé Le Goudray, le pensant intimider lui mesmes; mais il lui respondit vivement qu'en innocence et justice il ne craignoit ni cela , ni pis. Il est certain qu'il porte ouvertement tout à mal. Mais M. de Mirande, qui se iaict fort bien ouïr en la maison de ville, asseure que le corps se portera à la paix. Seulement qu'on aide les gens de bien à bien &ire; et crois que ceste deffense, levée par l'expédient que j'ai feict baillera M. le président Jeannin, conformée ment à mes précédentes, nous tirera d*afiaires; à quoi je m'asseure que vous n'oubliés rien; et pour moi , Dieu sçait de quelle afièction je procure une bonne fin à tant de contraste. M. de Rohan n'estoit poinct encore^ mandé. Il m'a
A M. DE ROUVRAT. 35
escrit ung assés mauvais galimatias. Haute Fontaine a esté si oultrecuidé , que d*oi^rir ung paquel que j'en- Toyois à M. Bouchereau, et en a Youlleu faire son pro*
fict| mais à sa honte, etc.
Du 16 janvier 161 3.