‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 8 sur 142 · X. — ^ LETTKii DE M. DE VILLARNOULD · texte numérisé non relu

X. — ^ LETTKii DE M. DE VILLARNOULD

A M. Duplessis*

MOICSIB0R, je vous avois mandé, par ma dernière , que je fiiisois estât de partir bientost de chés moi , et m'en venir faire ung tour en vostre ville. J'ai esté hasté, voire précipité de ce faire , par les faulx bruicts ^ estranges aliarmes où cfaacung estoit en mon quartier, lorsque la nouvelle y veint de la mort de M. le baron de Lux; ce qu'on m'en mandoit de ceste ville ne m'ostoit d'appréhension , tellement que je ne pris pas plus de lojsir que du soir au lendemain, et me suis acheminé ici, où^ grâce à Dieu, je suis arrivé heureusement, de tant plus que je n'y ai pas trouvé les choses en Testât que le bruict commun en estoit; vous le sçavés roieulx que je ne sçaurois le repeter, vous ayant esté escrit. Seulement , comme nouveau arrivé , mesufGra de vous advertir de ce que j'y ai faict depuis que j*y suis. Pour vos affaires particuliers, mon frère vous a adverti , et maintenant M. Marbault vous envoyé vostre mandement et assignation. J'avois pressé d'en dire ung mot pour tascher d obtenir, sinon le tout, au moins partie comptant; mais il n'a esté jugé à propos , seulement qu'eu faisant quelques couiplimens, tascher à &ire couler vos debies sur lestât, et Aire accumuler deux années en une , si nous ne pou-

36 LETTRE DE M. D£ VlUARNOITIiD

Yons vous faire toucher la partie de Tanoee passée comptant, ce à quoi je np perdrai temps; que si avés agreaUé que je passe oultre en tout ce qoe m'aviës donné charge par vostre dernier mémoire , je ay manquerai ; et cependant j*estime que ne trouveras mauvais que les voyant et parlant à eulx, si Tapropos et occasion s'en présentent y que je les sonde là dessus. Je n*ai pas encdres veu la rojne, parce que nous atten* dons que vous pourries bien envoyer ung lacquais pour remplacer la despesche qui n'a esté donnée. J ai veu tous ces messieurs, qui, tous d'une voix semblable , se louent de vostre procédé, recognoissent le publier, vous avoir de l'obligation, que sa majesté le sçait j. vous doibt recognoistre et gratifier* M. de Villeroy entre aultres , disant qu'il voyoit bien que vostre intention avoit tousjours esté telle que maintenant elle paroist par vos actions, lesquelles plus clairement sont cogneues d'ung chacung; qu'il sçavoit ce que les députés. d'Ânjou avoient faict à La Kochelle, et que c'estoit par vous que tous ces bons mouvemens là procedoient , tant vostre créance estoit grande, tant envers eulx que beaucoup d'aultres qui suivoient le bon chemin. Ensuite s'est jette sur M. de Rohan, duquel, dict il, la foiblesse ne leur avoit desjà esté que trop cogneue ; mais qu'en Testât oii est aujourd'hui le royaulme , ils recognoissoient bien que moindres choses n'estoient que trop capables de produire beaucoup de i^ial; qu'il s'estoit mal conseillé, et avoit perdeu tout le gré de la grâce qui lui debvoit echeoir. M> Phelip* peaux et M. deFréisnes m*ont teneu les mesmes lan (;ages en ce qui vous concerne; en ce que je leur ai dict, je leur ai glissé ung mot que j*espere ne trouvères mauvais : qu'au moins auriés vous cest advantage, et ne

VOUS pourroit estre reproché qu'eusaiés capitule ni demandé aulcune chose pour bien* faire, puisque mesme vostre ordinaire, et ce que la justice et clémence de sa majesté ne vous pouvoit retenir, vous ne Taviés pas poursuivi; a vies à louer Dieu et remercier sa majesté de vous y avoir preveneu. Ils m ont tous respondeu cela est vrai , que la louange vous en estoit plus grande , que c'estoit ainsi que les gens de bien len iisoieiU.

Pour M. de Bouillon, je Tai aussi veu; il me feit forces caresses , me gratifiant et demandant de ma disposition , veu Testât auquel il avoit appris que j'estois quand je partis d*ici ; s'enquit mesme de ma famille , me demanda si je Vattendois pas bientost de vos nou- ' velles, et si je serois long temps ici; puis se jetta sur le public, m'enquerrant si en ces quartiers d'oii je venois, on ne fatsoit courrir des bruicts qu'ils s'estoîent tous assommés les ungs les aultres ici à la court; puis^ comme je lui eus dict qu'oui, me pressa lui dire ceulx qu'on nommoit' qui avoient esté tués ; me demanda après si j'avois pas eu nouvelles de Sainct Jean et de La Rochelle ; puis, en soupirant , dict : « On en a eu ; mais , à mon grand regret , j'apprends que nous ne ■sommes pas sages; M. de Kohan a faict tous les efforts qu'il a peu , qui ne lui ont pas réussi; toutesfois le principal va bien. M. Duplessis y a mis la bonne main. Il est temps que nous soyons sages, et que nous pensions à nous ; il y a des defaults de part et d'autres. i> Ët comme entre aultres choses que je lui repartis , je dis que sa prudence et dextérité pouvoient beaucoup en tout cela pour porter les choses au bien, m'a dict «J'ai peu> de pouvoir; mais ce peu qui dépendra de moi, je Temployerai volontiers au bieu; j'en ai parlé

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à vostre frere à cœur ouvert. Il fault que chacung, de son costé , y apporte ce qu'il pourra; travaillez y ; que M. Duplessis y mette la bonne main. » Ce sont quasi les mesmes paroles que je vous ai bien voulieu circonatancier , sçachant que vous ferés fruiet du tout. Apres, il me dict la mort du pauvre M* de Bethune, et que le baron de Courtaunser avoit sa charge; me pressa encores si ''je n^avois eu rien de La Rochelle, depuia Tarrivee deM^de Rohan; et, puis je me retirerai, cornpaignie survenant. G est ici ma lettre de provision du vendredi; demain, ou moi, ou M. Marbautt, adjous* ferons ce qu'il y a d'important ; car j'ai eu ung advia sur lequel nous travaillons , etc.

Du 17 jan-vier 161 3.

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