‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 87 sur 142 · CLXX5CIX. —♦LETTRE · texte numérisé non relu

CLXX5CIX. —♦LETTRE

De la ville de Nismes à la rojne,

Madamt:, comme nous ne debvons recourir iju'à vostre majesté en toutes les suites de nos aiHietioiiSf aussi vous supplions noiis très bumblement nous void» loir supporter en ceste continuation de nos justes plainctes et très humbles remonstrances, confus et desplaisans que nous sommes d*emportuner si souvent là dessus vostre majesté; mais les artifices des perturbateurs de ce doulx repos dont vostre bonté, sagesse et prudence ftict jouir si heureusement vos .suints, nous portent à ces importunités, lesquelles «e sont totttesfoift qa'ung debvotr que nous avons 1

LETTRE A Zk ROTim. 3^ vous roodue empte de tout ce; (|iu so faict ché» nous , . desinmt quW cela il plaim à vastre vHqesté proidra

tout bon tesmoignaige de uostre 1res humble affection * à voftlre sei:vic€) et de Tesperance que nous avons en Tostra justice et support plus doulx. Madame, noot sommes donc obligés à vous représenter que ce qui se passa, contre le sieur ferciere le iendemam de son aiaoMuntuiiGatîon ^ dont nous àvons aifonné ampt»-

ment vostre majesté , tant par nos icttres que par aos mémoires à nos députés generaulx, ayant porté au désespoir ceulx qui nourrissent des desseings de

troubler nostre repos, les auroit cijfin portés à attenter sur la vie du sieur Samct Cezaine, nostre pre« mier oonsul, pour, par ce moyen , jetter vostre ville

de Nismes dans le sang , conbision et trouble, et par une malheureuse conséquence, les circonvoisines et les provineiss ensuite. Ce que lions recognoi^rés, madame, s'il plaist a vostre majesté avoir agréable qu'en vous le déclarant ung peu plus au menu, nous vous disions qu'après b susdicte esmotion du t5* de juillet dernier, qui feut , par la graoe de Dieu, sans sang et sans aukre queiconque ofiéuse que de quelque peu de meiy^les ditdict neur Ferriere , et qui feot sea» lement ung transport et considération de asde de reiiigion contre ung ministre faiseur de partis et plein ét cabedea^ toonbé par son athéisme et insupportable arrogance en la peine de la^discipline des églises reformées, qui esft TexcommunicatioD j les perturbateurs du repos public ayant pris leur temps et soubs le prétexte d^en voulloir à tels inconsidérés, auroient, comme à grosses poignées, semé la division parmi nous-, esganinti le peuple, et y recherdiant les plus ptopraa à h naia poar rejoindra à eulx, en les ro*

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munerant à radvaoce par des promesses de la gr^ce ét des pardons de vostre majesté. Au contraire , oppri* mant et fonllant par toutes sortes de desfaonneura'

ceulx qui leur monstroient cognoistre le mal , fendans en somme toute oeste ville en partis, distinctions , bruicts , haines , querelles , d'oii debroient s'en suivre quelques grandes ruptures et malheur; comme enfin il s'est ensuivi contre ila doulceur et prudence dudict de Sainct Gezaîre^ premier consul, lequel attendant ce qui seroit de vostre justice , ains bien mieulx, madame, de vostra clémence sur la susdicte esmotion, ne taschoit , pour le service de vos majestés et bien de la paix, qua unir les cœurs et qu'à effacer les maudictes marques de divisions ; ce que lesdicts perturbateurs voyant leur esire en obstacle à leurs intentions, et ne pouvant plus durer sous une si modérée, paisible et sage conduicte , ils résolurent d'esdater et se prendre non poinct auk branches , mats an trône , c'est à dire à la vie mesme dudict sieur premier consul; de façon que la nuict dn mercredi 1 1* de cedict mois , le sieur Soubéiran, troistesme consul, acoompaigné de quelques factieux -et de quelques innocens tout ensemble qu'il embarquoit insensiblem^t , ayant vouU len que ledict sieur premier consul ne conduisist plas la patrouille, mais lui seul; ledict sieur premier consul , contre le debvoir> et'pour le bien de la paix « le lui auroit facilement accordé, ayant seulement^ du consentement dudict Sf>ubeiran , et pour empescher une aultre esmotion ou quelque plus grand désordre , logé par les corps de gardé ceulx qui n'estoient poinct des adherens dudict Soubeiran , et pour contenir I estât de la ville ^n bonne paix, retenu quelques ungs dans sa maison piour' aller aube rondes^ pensant de

ÈL Là ROTNE. 4of ceste iaçon contenter chacung, en désirant d'esviter

aulx piauvaises rencontres des personnes si désagréables les ungs aulx aultres, qui n'eussent peu en se rencontrant que fiiire du bruict, donner et prendre

des coups; icelui Soubeiran ciilamant quelque desseing plus profond seroit ce nonobstant veneu deux heures après sur les dix à onze heures droict à la maison dudict premier consul ^ avec nombre de ses factieux , laquelle ayant trouvée ouverte, et quelques ungs à l'entrée , les auroit soubdain entrepris de parole , auquel bruict ledict sieur premier consul estant accoureu tout en chemise , et ayant vouUeu renionstrer audiot Soubeiran le tort qu'il avoit, icelui Soubeiran et les siens Vayant non seulement entende u , comme estant rentrée de la maison esclairee de plusieurs lumières, et n*ayant auparavant debatteu que de parole , se mirent soubdain à crier : tire, tire, tue, tue, blessant à mort d'ung coup d'arquebuse ung jeune homme d'honneste fiiniille, docteur, qui se trouva dans la maison dudict sieur premier consul, comme son parent, et coupant par beau milieu d*ung coup de mousquet le fer d'une pertuisanne , poursuivant à oultrance ledict sieur premier consul jusques à ses degrés, où, par moyen de restroississement , ung seul leur feit résistance, sans laquelle, quoiqu'on chemise et sans armes quelconques, ledict sieur premier consul auroit..esté cruellement assassiné; et feut lui et sa femme et toute la montée couvert de fuince des arquebusades qu'on tira; Dieu Tayant préservé miraculeusement, dont ne leur ayent les choses réussi, lesdicts entrepreneurs crioient qu'il falloit faire sonner rallarme , et mettre tout à perdition; se retirant puis après à Thostel de ville, oii sont les armes d'icelle, faisant des barricades aulx avenéues

Mijix. o£ Duplss9I6-Mok9ày. Tous XII. a6

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et mettant quelques mousquets , pain ejt vin au plus hault degré de la Tour de l'Horloge qui sert de guette ; mais Gomme le pesché donne Fespouvantement k qui le commet , la pluspart commençant d'abandonner ledict Soubeiratt, et à protester qu'ils ne treinpoient potnct au desseing contre la vie dudiet premier consul, iceiui Soubciraii et sept ou huict des plus coupables se seroieht saulvés et cachés , si bien que le jour d'hier on n'en peut trouver que quattre et deux cejourd*huî, dont ledict Soubeiran en est l'ung; la justice estant encores après la perquisition d'ung appellé le capitaine Meinier, qui se seroit porté fort outrageusement en cest excès. Nonobstant Texces duquel et Tamour du peuple à lendroict dudiet sieur premier consul , si n'auroit il TOulieu de toute ceste nuict parler de l'affaire ni sortir de chés soi pour ne mettre les choses en pire estât pendant les ténèbres; mais seulement le jour venu . il auroit recouru à justice , assemblé son conseil, et travaillé à contenir le peuple merveilleusement irrité ^âe çeste perfidie en laquelle il lîe peult imaginer juis^ tement qu'ung anltre desseing sur la ville, y eu les divers bruicts, des recherches qu'on faisoit des gens, et qu'ûn s'estoit pris à la vie de son premier consul. Aussi, en* considération de ce et de Thorreur de Pexces, le presidial est tout après la punition de cest attentat. C'est, madame, le vrai récit de ceste folle 'entreprise qui pouvoit , par la misère et corruption de temps, passer plus avant sans le respect, craiiicte et amour du roy nostre sire,et vostre , et sans la dévotion que nous avons à vostre service et an bien et durée de la paix; c'est à vous, madame, à voir que ces choses qui semblent petites ne sont pas sans leurs ^ratids mystères, et que ce ne sont pôinct des resséa-

AlA ROYNE. 4o3

timens de la sagesse contre Tesingtion arrivée à raison dudict sieur Ferrier ; mais bien mieulx , madame , des vengeances contre l'affaire d'Aiguesmortes , la justice qu'il vous a pieu d'y rendre aulx églises ayant donné quelques aultres fantaisies et inquiétudes à ces partisans qui ne peuvent nous laisser en paix soubs i'auctorilé de vos ooimnandêniens et bienheureuse régence, puisqu'ils en sont venus si avant que vous ttvés eii^ tendeu, et qu'oultre ce qui est de Tinterest gênerai , ils ont ttisdie par ieu» attentat de gasteir l'honneur de la (idelité, modestie et obéissance de ceste ville envers son prinee, mesne en la présence des sieul^ t^on-» seillers de sa majesté^ censeillers en la ehambré de Fedict seans à Castres, pour le respect desquels et eil leui^ persimnes de vos majestés^ ladiete ga^de et pâttrouilles estoient extraordinaireiaent fittctes f^oiir con* tenir tout le monde en paix et silence; mais les maul* vais n'ont peu souffrir ceste sincérité ni les temperamens des plus sages, lesquels, madame , vous sçavés trop mieuU discerner des aultres qui ont tant faict de tort à la bonne réputation d*une ville si eogneue ét aimée du feu roy Henry le Grand , nostre bon prince, vostre cher epouk, et laquelle implorant vostre justice en cest attentat, et vostre clénietice en Tesmotiort précédente. L'ung intéressant \ostre estât et la j^aix que vous nous donnés; ladiete esmotion, rioîi moins que celai, mais seulement itng excommunié détesté de .tout le monde, indi^^ne de vostre favcm-; prye Dieu . vouUoir soigneusement et heureusement conserver vostre majesté et faîi*e glorieusement régner nostre roy, etc. *

Du 1^ septembre 161 3.

4o4 LETTRE

De messieurs de Nùmes à M. Duplessis.

Moif SIEUR, Dieu vous ayant eslevé si utilement

pour son église , nous croyons que ce ne sera poinct importunité si nous continuons à vous advertir des maulx qui nous sont brassés, et les precedences des^

quels, qui presageoient ces derniers, vous ont deux fois par nous esté escrites. Ce qui s'est passé du «depuis, qui est une entreprise sur la vie du sieur de Sainct Gezaire nostre premier consul, descouvre le fondement, et fâict voir bien clair que c'est aultre chose que l'affaire du sieur Ferrier. Nous en faisons une despesche à sa majesté par courrier exprès , et nostre lettre est si raisonnee etacoompaignee de ses circonstances^ lumières, considérations, oultre «e qui est de la vérité toute nue, el que nous dcbvous atnsi représenter à sa majesté, comme à l'image de Dieu, que nous avons creu faire mieuls de vous en envoyer une copie , que de vous en dresser en la presculc ung discours nouveau et .changé de mots. Nous vous supplions, monsieur, nous voulloir donner là dessus vos plus perçantes pensées, et par vos bans advis, support, assistance, faveur et bienveillance, voulloir çonsoler et fortifier ceste povre église, ainsi travaillée en tant de façons et par des divisions, dcsseiiigs et turpitudes dung pasteur perdeu et si malfaisant , et depuis par tels attentats sur la vie des hommes de bien et zélés, etc.

Du i3 septembre i6i3.

X M. DUPLESSIS. 4o5

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