CXCVII. — * LETTRE DE M. CHRESTIEN
jé M, Duplessis^
Monsieur, vous avés à ceste heure le livre de GoefFeteau , contredictde vostre prodùclibn , qui serolt
bien plus leu, s'il se feust teneu dans la modestie qu'ung homme de son étoffe et de sa profession (je ne dis pas de son ordre) doibt avoir; mais des le com^ inencement Tcpistre au lecteur, oii il chante une victoire, où il faict tant de cas de ce qu*iifaict, qu'il appelle vol Timagination qu'il a eue qu*Ym eti a tiré quelques feuilles de son imprimeur, bien qu'il est dict ailleurs qu'on les achetoit lo francs la feuille, faict juger des Tentree que le teste ne sera pas autre. On attend les salutations; mais les gens de bien desirêroient que de ce livre feust tiré une espèce de confession de ce pere, comme on a faict de sainct Augustin, sainct Hierosme, etc., principalement ce qui regarde la puissance des roys , qu'il rend esclave de celle du pape; sèulettient il eti excepte le roy de France, maîd de parole, non d'efFect ; car c'est par là qu'il attend un evesché que M. de Yilleroy lui a desjà promis. Ce
qui Blêmi le |^lus h moins eH fioil Mcï e^l qu'il ^<èt à ceulx qui le visitent : qu^ao moins ne peult on dire qu ii a employé plus de deux ans à faire response à ung livre où i'auteur a employé toute sa vie. Je crois que ceulx qui liront son livre cognoistront assés ce peu de temps, et de plus qu'en ung plus long il neust pu laieulz faire. ^
Le cardinal est de retour; je ne pense pas qu'il s'amuse à Texaminer; ctkt il a laissé là le sien. Il en parle quelquesfois ; mais il attend à mon advis le livre ^ tJe M. Casaubon contre Baronius pour y respondre par mesme moyen. Aujourd'hui il ne prend le loisir que de recevoir les abjiirations des ministres. ÂVaïit qné «'en aller , il receut celle de Vassan , depuis qu'il ^t reveneu , et vendredi dernier celle de Ferrier ; de ce pretaier la recompense a esté la séureté de sa péfrsonnfe qnSI croit estre parmi ses g^ns, et les 600 Hvres da clergé ; mais pour Faultre , je ne sçais s'il se sera donné À si bon marché ; et neantmoins j^ai sceû de Taultre *quHl ne pouvoit qu'il ne leur fSnist en charge , puisqu'il ne leur pouvoit plus servir.
Je ne sçais si vous a tirés eu les trois derniers totiftes <des Concile generaul)c dé Rome. Le premier vint en 608 , dans lequel est ie concile de Nicee , de Gotislantinople, d'Ëphese ; les laCtes de Gelase , de celui de Nicee et Cyrille contre Nèstoriûs , tout cela grec; latin, avec une préface de pere Sirinond au commencement ^ et du cardinal Auderani da Gelase car ii estoit lors à Rome. Ghacung en prit , et depuis il a esté difficile , d'avoir les trois autres derniers. M. le président de Thou ne les a ei^s que par le moyen de M. 1 ambassadeur. Je Jes ai découverts et arrestés tant que j'ai sceu
4l6 LETTRE DE ST. CHRESTIElf
^ VOUS en aviés affaire ^ faites mm donc advertir , s'il
Tousplaist
De Paru , ce a octobre 16 1)»
CXCVÏIÏ. — ^ LETTRE
De M. de La Tremouille à M. Duphssis.
Monsieur, je vous supplie m'excuser si plus tost je n'ai pu faire response à vostre première , nostre subit partement de la cour m'en a empesché, et de vous remercier, comme je fais bien humblement , de Tasseu» rance que me donnés de la continuation de vostre bien* veillance , que je tascherni toujours de conserver par toutes sortes de bien humble service , n attendant que les occasions de vous pouvoir tesmoigner celle qu'a pu prodaiie Fa mi tic et les services que je vous ai voués, accreus et augmentés par tant de preuves que vous nous avés rendeus et rendes tous les jours de vostre amitié. L'honneur que vous me faictes de me donner de si bons préceptes, que je recognois m'estre très nécessaires venant d'une telle main que la vostre, en multiplie le nombre , qui jamais ne se partiront de ma mémoire , non plus que le désir et la volonté de vous certifier par effet, comme je fais de vive voix , que je veux vivre et mourir , monsieur , vostre cousin à vous faire service. ' Heitrt d2 la Tashouiixe.
De Eejdelberg, ce 3 octobre 16 x3.
A H. DE CHàSTILLON* .4 < 7
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GXCIX. — 'V' LETTRE DE M. DUPLJESSIS
A M, de Chasidlon,
^ Monsieur ^ j'ai receu celles qu'il vous a pieu m'escrire par le sieur de La Fia, et tiens à beaucoup de faveur la souvenance qu'il vous plaist avoir de moi , de tant plus que moins je vous puis faire de servicCé Ce que je pense que vous donnés à TaiEection que j*ai toujours portée à vostre maison; c'est celle, mon« sieur , qui m'enhardit de vous dire que vous debvriés désormais penser à la perpétuer, et ne laisser potnct ce regret aulx gens de bien de la laisser tomber en main contraire à la refprmation pour laquelle vos ancestres ont tant et si glorieusement travaillé jusquea à respandre leur sang pour icelîe. Je sais les difficultés qui s'y rencontrent ; mais si vous cherchés prmcipalement les choses principales vous les trouverés aisée* ment, et les accessoires mesmes n'y manqueront poinct, ^seulement que vous preniés une fois ceste résolution , qui , par mesme moyen , coupera chemin à plusieurs plaisirs égarés qui offensent vos serviteurs, et de plus vostre conscience. Mes cheveux blancs, monéieur, rhonneur que je porte et que je dois à vostre maison, et de plus le service que j'ai voué à vostre personne^ me licencient de vous parler si librement , parce qu -en ung petit fils de ce grand amiral , je ne vouldrois rien voir qui ne feust admirable; mais aussi m'assurai je que vous m'en aimerës dadvantage, surtout quand vous aurés cominencé à gouster le fruict qui vous reviendra de ce libre et nécessaire conseil , que j'ai pensé devoir, non moins à vous , par la félicité de yostre condition |»
4l8 LETTRE DE M. DUPLESSIS
q)ie pour U ifidmgfi de ma comdencù à mai mpime^
monsieur , tant y a que vous n'avés plus fidèle serviteur que moi , etc.
Du 4 octobre i6i3.
ce. -«^ L£TTR£ DE M. DUPLë&SIS
A M. de Rouvr^y*
MonscEiTR» nous avons conféré ensemble, M. Du-
moulinet moi , des différends qu'il a avec M. Tillenus, SU9 lesquels je l'ai exhorté à se rendre capable de tout €0 qui sera jugé nécessaire pour la paix de TEglise , et poiiren éviter le scandale; à quoi je le vois fort disposé. Pour le principal, qui regarde Fobeissance de Cbrist active el passive , encore que silence leur ail esté imposé et par eux promis , neantmoins je tiens qu'il sera besoin^^ que Tarlicle de Privas soit remanié au prochain national , parce que la pluspart des passeurs ep diver&e^ provinces l'ont trouvé ambigu et non lusfls digéré ; plusieurs aussi ont faict difficulté de le signer , mesmes quelques uns se sont jà préparés d'eserk$ à Tencontre ; mais il sera aisé de le coucher de sorte qu'il contentera Tune partie et l'autre, et neantmoins satisfera toute ame clirestienne et paisible. Pour l'accessoire, auquel la première question de soi oomme imdifferente , a été pressée et tirée en erreur, et enfin de droit convertie en faict , prétendant , M. Dumoulin., que M. Tilenus lui impute des thèses à faulx, nesme qu'il déteste , et qu'au contraire M. Tiilenus &e faict fort de vérifier par ses propres cscrits , sur quoi courent desjà des escrits de part et d'aultre; il pouriroit aussi estre réunis au national pour en faire une
pn ; n)ins p^rce que j'fSDtends pm* M. Damoulin que l'affaire n'est poinct en son entier, s'estant icelui condescendu à rinstance 4e M. de Bouillon , et par (e conseil de ses frères , d'en passer par le dire de quattr^ arbitres choisis de chacune part, et d'ung neuvième superquineraire , dpnt (es parties conviendront ; vous dirai franchement qtie si la charité n'abonde ^ arbitres, et si au contrauc ii y a de hi rigueur, il sera jpalaisé qi^e siir gue|qi|es ppincts, quelque ioterpre({^7 tion que M. Dumoulin y apporte , ils ne fassent voi|r de la dureté en quelques façons de parler en faveqir de M, Tillenqs et au préjudice de M. DuoiQuUn. Mpp adirjs donç seroit qu'après que les arbitres iiuroht ung peu veutijé question de faict, se trouvant de la co^r testa|;iop en\ve ^plx , on les fasse resouldre à ung ei^pedient , Ifsquel eq conservant la vérité de la question de drpicteslude celle de faict, et ait esgard à Ihonueur . de l'unget de l'aultre; p'est qu^upe qu plusieurs thèses soient murerneAt digérées , qui contiennent la vérité des 4^ux natures ^n Christ , et ferment le pas aa\% hérésie^ qui Timpugnefit , k celles nommeemen^ esquelles par Taltercation les parties ont lasché de s'én- , trejetter. Qi^e cps thèses soient par icelles signées , et jurées iiveç promesse de n'enseigner jamais rien au contraire, de bouche ni par escrit , directement ni indirepte||ie|it , et anall^esme à toute doctrine à iceUes contraire, moyemant quoi se desclarent les parties satisfailes de |a foi , intejition confession et profession l'une de laultre, demeurent tous escris, imprimés, ou manuscrits respectivement nuls et comme non avcneus, et soient iceulx , de bonne foi, rapportés et rappelles en quelques mains qu'ils soient , pour estre mis et consignés es mains des arbitres , pour en ordonner .
^HO L£XTK£ D£ M. BUPLËSSIS
ce qu'ils verront convenir , pour la paix et édification de r£glise : ores , entendrai je qu'ils fussent par eulx liruslés pour en esteindre la mémoire , et toutes fois qu'il n'en feust rien dîct en l'article, parce que cela sembleroit importer quelque flétrissure. Je me suis ouvert de cet expédient à M. Dumoulin , lequel m'a respondu en termes generaulx , qu'il ne pouvoit trouver que bon tout ce qui viendroit de moi ; seulement me suis je apperçii qu'il craignoit qu'on creust qu'il eust recherché cela de moi , et pour ce, lui ai je dîct que je n'en escrirois qu'à vous seul , qui saurés , selon yostre prudence, mesnager le tout, et en prendre le temps, l'occasion et les mesures, y ajoutant et modérant ce que vous sçaurés mieulx juger sur le lieu. J'en ai touché aussi quelque chose à M. de Primerose qui s'est rencontré ici h propos , lequel m'a montré craindre les mesmes inconveniens , et cstre dé mesme advis. Au reste, nous avons discoureu ensemble , M. Dumoulin et moi, sur la proposition de la reunion de toutes les Eglises reformées, à laquelle j'ai de long temps travaillé et loué Dieu qu'elle se remette sus. J'approuve fert les moyens^ qu'il en a tracés ; seulement desirai je que l'exécution s'en fasse par pièces et degrés, ainsi que je m'en suis expliqué , parce que je craindrais qu'à pousser tout ensemble ont veinst k s'entretailler. J'en escris par son advis à M. l'ambassadeur d'Angleterre, et Dieu veuille bénir nos bonnes intentions.
Du 4 octobre 161 3.