‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 96 sur 142 · CCIX. — 'V^ LETTRE · texte numérisé non relu

CCIX. — 'V^ LETTRE

De M, de ScUnct Cézaù'e à M, Duplessis.

MojNSIEUA , toutes choses sont m.atntenant fort ealmes par la grâce de Dieu, et en èeste ville et ea ceste province, uoii que ce calme soit tellement affermi qu'il ne puisse recevoir l'ébranlement à cause des prétentions du sieur de Berticheres sur le geuvemeiTîcnt d'Aiguesmortes, auctorisé du désir et pouvoir de monseigneur le connestabie, qui n'a jamais vouU leu démordre de ses premières intentions^ quelques instances que les députes du synode de ceste province ayent peu faire envers lui par requestes et snppli- ' cations très humbles, ayant neantmoins ledict synode fortifié des députés des trois villes de Montpellier, lYismes et Usés, tesmpigné la fermeté de sa resolution jà continuer ses poursuites pour le rétablissement du sieur d*Âraiubure, suivant niesine Tintention de leurs majestés, ainsi que nous ont faict entendre nos députés particuliers. Cest affaire divise merveilleusement les esprits, assés divisés d'ailleurs par Fartifioe des en* nemis de nostre relligion et par la grande corruption qui est en ceste province, qui donne lieu à tels artifices, et dont je crains que Teglise souffre à l'advenir de grandes ruynes au préjudice mesme du service du roy, que nous avons, après celui de Dieu, en singulière recommandation.

Ce dernier, neantmoins, que nous mettons au pt>emier rang, nous causant ce nom de rebelles, et à ceulx dont les actions sont contraires aulx nostres , ie nom des serviteurs du roy , comme si l'intention de sa ma*

MSM. DB DuPi.£SSIS*M0HXAY. ToAlB XII. ^8

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jesté estoit d'esteindre ThonDeur qui est deu à Dieu,

* par lequel celui qui est deu aulx roys est confirmé et rendeu avec tant plus d'affection et de zele que nous y sommes obligés par la force de la relligion et par la consideiaiioD de celui qu'ils représentent; mais c'est le malheur de nostre siècle , et ce malheur causé par nos péchés qui nous menacent de quelque rude secousse, si Dieu u n pitié de nous, etc.

Da i5 octobre i6i3.

A M. de Bouvraj,

Monsieur, M. Marbauit arriva ici le iô% par lequel j'ai appris le cours du monde, et le bon train que vous prenës sur îcelui, que je prye Dieu voulloir bénir. J'ai aussi pesé le meuioire que vous avés baillé à M. le chancellier ^ que je trouve^fort bien fondé , et néant-» moins ne crois pas quMl y ait chose qui les doibvent grandement arrester, si à bon escient on désire couper la racine des inconveniens qui nous menacent à iaulte d'y pourvoir. Il est donc question de les en presser, comme vous faictes, les rendant, comme de faict ib sont , coupables de tous les dereglemens desquels ils se plaignent , et que nous avons à plaindre avec eulx; et leur imprimant du sentiment de la suite , que je vois in&iilible , si on se plaist à nous mener en ces longueurs, que les plus simples et esloignés qui ne pénètrent pas dans les considérations de la court, appellent mauvaise foy, maligne volonté et tromperie. Vous voyés Tezemple de la Basse Guyenne, et sçavéii, par nies précédentes, ceulx qui ont esté

UETTB|: DE M. DUPLESSIS, iic. 435 nommés pour le national , MM. de Bencon et de Marine t, pasteurs, MM. de Lusignan et La Nouaille, bien que le premier ne soit ancien. On travaille h le faire suivre es aultres provinces, par l'élection de per- , sonnes portées de mesme esprit à roesmes actions; et n'y a rien si aisë, si les subjects continuent > aulxquels désormais les plus modérés ue peuvent plus opposer aulcune réplique , eulx mesmes succombant aulx reproches. C*cst pourquoi deux choses sont nécessaires pour ramener les hommes au debvoir : Pune, ' que de la part de la court on donne contentement , par où la parole soit rendeuc aulx ungs, la bouche close aulx aultres; par oii aussi, en effectuant les vieilles promesses , on retranche l'occasion de nouvelles demandes; Taultre, que nous prenions ordre que le synode national ne prenne pas les erremens du provincial de Basse Guyenne , en se donnant cognoissance des choses purement politiques ; et pour ce sembleroit à propos que vous, monsieur, auquel ces reproches ont esté faicts, escrivissiés par les provinces à vos plus confîdens amis, pasteurs des Eglises, et leur fissiés entendre les advantages que les advérsaires prennent de ceste procédure, rindiguation qu on en a conceue en court, la sinistre interprétation que les plus tempérés y ont donnée ; la conséquence qu'on en tire que nous forfaisons par en abuser: ; la liberté accordée à nos synodes, la mauvaise impression qu'on en donne aulx ambassadeurs des princes etestats voisins reformés, et par conséquent à leurs maistres , leur représentant nos assemblées ecclésiastiques, non plus synodes, mais complots et monopoles; et par là scandalisant nos Eglises. Concluant ' à ce que , pour esviter à pareil excès au synode na*

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tional , ils tiennent la main tjue les députes qui y seront envoyés des provinces , soient chargés par exprès de demeurer dans les termes du brevet pour n'y traicter que choses ecclesi«'istiques. Que si entre ci et la teneue du national vous avës obteneu la satifaction qu'on vous faict espérer sur vostre mémoire , vous qui y assisterés, leur en faisant vostre rapport, leur pourrés aisecment persuader de députer vers leurs majestés, pour leur m rendre très humbles actions de grâces, qui seroit ung fondement que vous nuriés jette, d'une bonne opinion et confiance que désormais, et approchant la majorité du roy, elles auroîent à prendre de nos Eglises; sur lequel on pourroit bastir quelque chose de plus et de mieuix pour ladvenir. Vostre prudence digérera ce mien discours, à refifect duquel , si vous Tapprouvés, j'apporterai ce qui sera en moi, surtout si je puis estre persuadé qu'on veuille mieulx faire que par le passé; et laissera vostre bon jugement à considérer SI , clans les lettres mesmcs que vousescrirés aulx provinces, vous ne leur en dehvés poinct faire sentir quelque chose; assés pour estre capables de recevoir ce conseil , quand il leur en sera faict ouverture, par ceulx qu'on y aura plus particulièrement préparés, et non toutesfois de sorte que vous sembliés condamner la procédure de Basse Guyenne. Lequel miUeu vous s^urés bien tenir, en faisant parler les adversaires. Je m^estends dadvantage sur ce propos, et ne m'en puis estancher, parce que j'appréhende quel scandale ce nous seroit par toute TKurope, si en ung synode nationarl, contre la nature de telles per» sonnes et assemblées , il se prenoit quelque résolution qui , directement ou indirectement, passast au trouble. J'adjouste vostre interest qui m'est sensible , que vous

ayant à y assister « on vous en vouldroit rendre comme responsable; et vous trouveriés fort empescfaë, à vostre retour, de vous en deffendre envers toutes sortes de personnes. Je me promets que dans ce mois on aura contenté le Bas Languedoc au faîct d'Aîguesmortes , qui sera une bonne advance; car ceste province tient 6u humeui^ et en rumeur les aultres. Mesmes]*ai receu lettres de M. de Rohaii, de retour a Belin, du ï3 du. présent, qui s'esmeut sur i'esinotion de Nisines, disant avoir lettres de M. de Villeroy , par lesquelles il semble qu'on veuille faire tomber le sort sur ics plus gens de bien , et qu'il ne fault pas que nous laissions perdre les bons frères. A quoi je lui ai faict response que l'advis qu'il en a doibt cstre vieil, parce qu'il a esté resoleu d'en laisser la cognoissance à Tordinaire. Ce que je vous dis, afin que vous recognoissiés que nostre œil brille tousjuurs de celte part, etc.

Du i3 octobre i6i3.

ji la rayne.

Madame, j'ai receu celle dont il a plu à vostre majesté m'honorer du i3 du présent, et plains extrcsrae-

ment le desplaisir que vostre niajesté reçoit des desportemens, tant de vostre ville de Nismes que du synode n*agueres teneu à Saincte Foi , en la Basse Guyenne; par ce, madame, que je vouidrois avoir rachepté de monf sang, que vostre majesté, assés travaillée d'ailleurs, ne receust de ceste part que plein contentement et très bumble service ; et quant à ce qu'il plaist à vostre majesté me commander de lui en donner mon

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advisf chose qu'aultrement je n'oserois présumer ^ je n*en vois poinct , madame , ung plus certain que ce^

lui c[ue desjà vostre majesté a puisé en sa sagesse propre; sa bonne justice prudemment destrempee en la démence qui lui est naturelle , comme il en <i paru en la surseance qu'il lui a pieu ordonner de la translation du siège de Nismes , et depuis encores en la connoissance qu'elle a laissée à la chambre de Castres des desordres adveueus en ladicte ville.

Mais y madame f puisquil a pieu à yostre majesté m'ouvrir la bouche, elle me permettra de lui dire ce que je me suis ingéré de dire en son temps, qu'il eust esté fort à désirer que le feict d^Aiguesmortes eust esté plus tost décidé , par oii Tune des parties eust eu contentement , et l'autre se feust resoleue d'acquiescer au bien de vostre service et au repos de la province ; au lieu que ceste suspension ne puuvoit qu'entretenir les brigues, allumer les animosités , et par conséquent engendrer les desordres, desquels aujourd'hui vostre majesté est iniportunee, et, si je ne me trompe, pour avoir plustost suivi les mouvemens d'aultrui que ses inclinations propres. Pour ce qui est de la Basse Guyenne, madame, il seroità désirer, pour le respect deu à vostre majesté , qu'on se feust teneu dedans les bornes, et je ne sçais sur quel subject on s'en peult estre départi, bien me suis je apperçu qu'il a passé uug maulvais vent par ceste province là , procédant d*ail« leurs que d'entre nous , qui a jetté des ombrages et des deiiances dans les esprits , qui d'ailleurs en estoient jà ' susceptibles, par le peu d'exécution qu'ils voyoient depuis si long temps des choses accordées, esquelles esloignes qu ils sont de la cour et de ses considérations, il est aisé de leur faire interpréter la longueur, ou i

refus, ou à artifice, et cest pourquoi, madame, tant

de fois, je me suis émancipé d'importuner des piincipaul& de vos serviteurs sur ladicte eiLecutiou , laquelle consistant en peu d'articles et de peu de poids pour le regard de vos majestés ; arrivée à temps , eust sans doute et preveueu ces iacouveniens et levé tous prétextes, et au cœur des peuples donné une impression toute contraire; cause, madame, que je retourne encore à cet advjLS ; que la bonne et favorable justice que vostre majesté est resoleue de despartir à vos subjects de la relligion sur leurs griefs, ne doil)!^ plus estre différée ;. que le bien aussi qu'il lui a pieu leur eslargir de 5a bonne graoe , ne peult estre retardé après ung ii '

long temps, qu'au préjudice de son service, cl parce que les synodes provinciaulx de nos< Eglises, préparatoires au national j se vont tenir ces prochains mois par les provinces ; qn il semble estre besoing , pour une fois couper la racine à tous ces inconveniens qu'il y soit pourveu av^c tel soing que leadicts synodes provinciaulx, pendant leur teneue, puissent recevoir lettres des députés generaulx. qui sont près de vos majestés, par lesquelles ils soient as$eurés de la réelle exécution des bonnes volontés de vostre majesté , d'oii il adviendra que chacuiig s'en revenant coûtent remplira de contentement son Eglise ou sa province,. et que les députés des synodes provinciaulx qui auront à se trouver au national , y porteront tous ung esprit content dont il ne pourra résulter au synode national qu'une générale acclamation de la bonU et clémence de vostre ' majesté, et une ardente dévotion es cœur d'ung chacung , de pryer Dieu pour la prospérité de vostre règne et régence. C'est , madame , ce que j'ose escrire à vostre majesté sur ce subject j mais par vostre comman-

44^ LETTRE UE M. DllPLESSlS, etc.

deinent, las des peines qui travaillent Fesprit de vosu e 0uijesté » et recfadercbant au mien tout ce que je pense de plus certain pour lui donner quelque soulagement, etc*

Du ao octobre 16 1 3.

CCXIL — -V- LETTiiE DE M. DE ROUVRAY

j4 m. DuplessLs,

MojysjEUB , j'ai receu les vostrcs des 8 et 11 de ce mois, 1;|int sur le faict de M. Dumoulin que sur aultres choses. Depuis ce temps là , et par Tarrivee de M. Ma^• bault, et par les letties de mon frere de Yillarnould, TOUS aurës esté amplement informé de plusieurs choses, et aurés veu la forme que j*ai teneue à faire sentir ici les pkmctes , non seulement de la Guyenne , mais de toutes les aultres provinces, et à faire recognoistre si elles en ont subject ou non, et ce par le mémoire que je leur ai donné, dont yous avés copie. Depuis Taccep* tation duquel , voyant que Ton ne me disoit rien , j*en ai aujourd iiui recomiuence la batterie, où je me resoulsde leur rien déguiser. J\ii escrit à M. Desdiguieres, le remerciant an nom des Eglises des bonnes lettres qu'il a escHtes pour jXismes, et l'asseurant que le sentiment en sera universel, loi donne au surplus advis du susdict mémoire , que j'ai mis es mains des ministres, et le supplie d'y frapper coup par ses exhortations; que s'il la. faict, cela ne sera pas de petit poids. M. de Bouillon, avant son départ, les a pressés. Hier reveint ici, de Paris, M. Âniiet, qui m'asseura qui! alioit à Sedan pour y faire fort peu de séjour, et m'exhortait à presser ce que dessus. Xe ne sçaîs si tout ensemble sera assés puissant pour induire ces messieiu^s à nous

LETTRE DE M. DE ROUVRAT, etc. 44 ' faire voir des effects et non plus des -paroles^ mais certes, monsieur, entre vous et moi, je ne sçais plus qu'en dire. Il ne se fault poinct ncantmoms décourager, ni envers les ungs ni envers les aultres, parmi nous représentant comme les procédures déréglées donnent à nos adversaires prise sur nous, parmi eulx leur faisant voir les illusions de leur procédé en nos affaires^ et de là le juste subject de nos clameurs , qui enfin à la longue produiront ung esciat; et en cela ne flatter ni les ungs ni les aultres; et sur ce modèle je me conduis. J'ai escrit en response de la lettre du synode de Guyenne au conseil de ladicte province, où je leur mande qu'après avoir Tadvis de toutes les auUres provinces sur la presse d'une assemblée , que sur la pluralité d'iceuU nous ferons ce à quoi elle nous portera, voulant en cela ne poinct tomber an blasme des unes , pour agréer aulx auUres, et y ayant pour gai'ant nos regiemens, Dieu et nos consciences contre les médisances. Je leur iais aussi sentir. comme la procédure trop ouverle de leur synode, contre la pei mission que nous y avons, nous donne beaucoup de peine à ra* battre le crime que l'on leur en impute; et de faict je vous (lirai que, sur ce subject, plusieurs ont mis en avant de réduire nosdicts synodes à. leur ancienne forme. J'ai escrit en mesme substance à messieurs de La Rochelle, aulxquels de plus je presse l'exemple de ceulx de Nismes pour penser à éuk. Aujourd'hui, sur ce mesme subject, j'écris au synode du Hault^>anguedoQ et au Daulphiné, et les presse tous de nous resouldresur ladicte assemblée; comme je vous supplie que de la part de vostre province nous ayons son advis; requerrant de plus le vostre particulier, si vous estimerés que je doibve continuer en ceste fori^e d'at-

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