CCXIII. LETTRE DE M. DIODATY
^ M, Duplessis.
MoirsisuR, vos lettres du a4 juillet m'ont este ren-
deues trois mois après leur date, et ai bien peur que les miennes ne se hastent pas gueres dadvantage. Je vous remercie de l'affection que me demonstrés de nouveau , et au conseil et en la bénédiction que me donnas sur mon voyage de Nismes. La troisiesme depu- ^tion de ceste Eglise là a esté frustrée sur la craîncte
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qu'ont prise nos seigneurs de leurs esmoltons, et des interests que la court y pourra prendre, avec laquelle
cest estai ici n est^ plus en liberté de s entrelenir hors de mésintelligence et ombrage; tant est grande nostrc» nécessité I et la volonté envers nous encline et fiiyo* rable jusqua présent. Ça esté à mon grand regret', quapr^s avoir franchi toutes les puissantes difficultés domestiques avec infinies peines , mon entière intention et affection, et le mouvement ferme que j'avois pris de me laisser conduire à l'instance de Tappel et à la nécessité de Tenvoi, se soit rompeu au plus fort de son cours ou voje. Toutesfois on ne leur a baillé qu'ung délai,, jusques à plus grande tranquillité et pacification de leurs brouilleries, lequel terme, à ce que j*apprends, se rend plus long, les partis et divisions multipliant dans ceste Eglise là, et esclatans en effects et excès énormes, où je loue Dieu que mon in<« firmité ne soit mise à Tespreuve , ni en lumière. Quoi qu'il en soit, si la volonté du seigneur m'y pousse et porte, j'y irai à yeulx clos, bien préparé à ce que j y doilis soufFrir, et au danger que j'y doibs courir, me remettant aulx lieux à juger de ce. que j'y debvrai et pourrai faire. J'ai bien compris le salutaire conseil que Tne donnés en peu de paroles. Quant à nostre estât , nous venons fort coiement et paisiblement, sans appatence de nouveaulté et de trouble. Le pays de nostre voisin estant hors de pouvoir de porter aulcune guerre ou entreprise , il est après à nouer ses liabitudes avec l'Espaignol, par le mariage d'une sienne fille avec l'oncle maternel. La fréquence et grandeur de ses crimes nous consolent par leur atrocité, et nous, font préjuger quelque horrible jugement de Dieu sur tant d'incêotei. Je loue Dieu de tout mou cœur cjiiQ vos
bons offices ejt sainctes intentions soyent enfin en évidence hors les ténèbres de la calomnie et de Tesprit partial et remuant. Dieu véuille que vous voyës en vos jours le rétablissement île ceste saincte union ; fondée en lui seul et au zele de son service que vous avés veu anticiper, et que soyés le Daniel de nostre siècle qui ait veu les trois temps , heureux autant par leur fin que par leur commencement.
Nostre eschole fleurit, et suis fort joyeux de voir ici plusieurs bons nourrissons de la vostre. Il prend envie a ces jeunes gentilshommes Bernois, accompagnés du sieur Sartena , regent en nostre collège, d'aller jouir de Pair de la vostre ^ et m'ont requis d'avoir quelque adresse et entrée à vous par mon moyen. Je sçais que vous en serës pryé de plus hault, estant des j>rincipales maisons de -ceste republique là; mais je vous supplie d'y adjouster ceste raison : que M. Steigher, baron de Stiole, pere de Tung d'eulx , est ung des bons amis qti*ait cest estât à Berne , feut honoré parmi nous pour sa vertu et notables qualités, etc.
Du 2Ô octobre 161 S.
^ M, de Rouvraj.
. Monsieur, j'ai receu les vostres du 25, et commencerai par où vous achevés, louant Dieu du bon arrest que vous avés eu, parce que cest affaire me tenoit en peme pour vostre maison. Vous aurés depuis receu plusieurs des miennes, et avec icelles copie de l'advis que j'ai envoyé à M. deRohan, touchant rassemblée générale, auquel je persiste; sauf à vous à. la
presser plus ou moins, plus tost ou plus tard, selon que vous verres qu'on se portera bien ou mal en la satisfaction de vostre^memoire. Je tiendrai la main aussi que vous ayes Tadvis de nostre province , et trouve que le moyen que vous tenés de vous décharger envers les plus hastés est très bon, les remettant à la pluralité
des advis. J'approuve fort vostre de^pe5che à M. DesdiguiereS) à ce qu'il contribue ses exhortations en court, pour accélérer l'exécution des choses par vous repre* sentees. Mais j'eusse bien vouleu que M. de Bouillon ne feust pas parti sur ce coup , auquel je faisois tenir par M. Dubellay , allant trouver madame de La Tremouille, divers propos qui le pouvoient exciter à y desployer tous ses nerfs. Pour moi , vous aùrés veu copie de ma response à celle qu'il avoit pieu à la royne de m'en escrire. Je ne sçais comment elle aura esté prise; mais bien sçais je que s'ils ne prennent ces expediens, ou les equivalens, il sera mal aisé que nous ne voyons du desordre. J'ai considéré le mémoire de M* de Bouillon y sur les cinq affaires, lequel est fort bien raisonné; mais je double qu'il ne s'en trouve d'aussi fins que lui , et qu'on ne lasse pas marther de mesmes pas les mariages et les secours des alliés, mesme qu'on trouve le moyen par le pape d'amorrir 1 ung pourung ^mps, pour donner lieu ài'aultre; et de mesmes fera on du mariage d'Angleterre et de la liaison avec les princes unis; car vous sçavés que cela, pour la pluspart, despend de celui qui a la plume à la main. Cependant je ne puis croiré que le roy d'Ëspaigne n'ait nog desseing sur nous , ni me persuader que Itf. d'Espernon se soit allé promener; et quant à ce que m'escrivés de la déclaration du nonce , je desirerois fort en sçavoir les propres termes pour en juger. Si M. le prince se
desfache, il affoiblîra fort la partie, et l'aultre rein<-
portera ; car quant à ce mai iage de la fille du marquis d'Ancre, j'ai tousjours creu qu'il allieroit plustost les personnes et les maisons que les conseils publics. Je demeure tousjours là, qu'autant que nous pourrons, la majorité du roy nous doibt trouver en meilleure assiette, tant entre nous que vers Testât; ce que plus commodément vous pourrës mesnager de bouche avec les députés attendeus du Bas Languedoc, pourvu qu'on leur dorme contentement; et pour le hauît, il s'y, trouvera assés porté de soi mesmes, comme j'apprends de Montauban depuis peu. Il semble que M. de Rolian ira aulx estats de Brctaigne, noiioljstant les semonces de Basse Guyenne; mais vous en sçaurés dadvantage, ayant veu madame deRohan. Je ne scais si vousauréssceu que trente charretées de poudre sont parties de Paris, ont embarqué à Orléans, descendeues à Âmboise et tiré le chemin d'Angoulesme. L'année passée on y envoya quantité d'armes. Ce magasin mettra en allarme la province. Je vous ai mandé la response^ que j'ai eue sur le faict de Pousauges, que j*ai aussi faict entendre à l'Eglise du lieu. Depuis, le chevalier Miron m'est veneu voir de la part de Tevesque d'Angers, pour entendre de moi ce que j'en pensois; auquel j'ai faict response que j'avois envoyé leurs raisons à ladicte Eglise, et n'en avois encores response; et quant à la proximité qu'ils pressoient, qu'il estoit à désirer, pour éviter les mconveniens, que les exercices ne s'entrechoquassent pas ; mais que là où il y auroit droict de bastir ung ten^ple, l'edict ne mesuroit poinct ceste proximité, laquelle debvoit plustost despendre de la bonne correspondance des parties. Cependant i'ai appris ici de M. Lé Coq, qu'en ung cas semblable
44^ L£XTA£ D£ M. DUPLËSSIS, etc.
pour le temple de FEglise de Ghasteau du Loir, la chambre de l'edict ordonna qu'on y feroit descente, et expérience si le chant des ungs nuisoit auix auUres; et sur le rapport qui en feut faict , le procès fcut parti. Vous pouvës vous enquérir de l'issue , là où vous estes; mais si de part et d'aultre on s'obstine 9 j'en prévois des inconveniens. M. Marbault n'est encores ici de retour de Ghastellerault. Je lattends aujourd'hui , et ne le retiendrai\gueres , etc.
Du 2 novembre i6i3.