MON INTENTION
Ce qui m'a fait rassembler ces lettres pour les faire lire plus commodément à mes amis, n'a point été l'indiscrétion ordinaire qu'on a pour ces sorte» de choses quand on croit être brouillé sans retour avec celle qui les a écrites. J'avais à me justifier d'avoir aimé tro^ fidèlement et trop fortement la plus charmante créature de Tunivers, à la vérité, mais la plus perfide et la plus légère, et que je reconnaissais pour telle. Je me défiais trop de mon éloquence pour m'en rapporter à elle seule de cette justi* fication , et les discours que je faisais tous les jours, pour bien représenter les charmes de son esprit (et c'était le fort de ma défense), me satisfaisaient si peu moi-même, que je voyais bien qu'ils ne persuaderaient personne. Dans cet embarras , dont jr ne savais par où sortir, je m'avisai un jour hmireusement que j'avais des moyens sûrs pour cette persuasion , et que ce
I. Cest une sorte de prëfiice mise par Duboolay en tête Aes lettres de madame de Courodles. On ne la trouve pas dans r^ition de 1808.
xoo Correspondance.
qu'elle m*ayait écrit était gi beau et si parfait qifil ne fallait que le montrer pour persuader mieux que ce que je pouvais dire là-dessus.
J'ai cru même que la personne que le procédé devait offenser, loin de cela, m'en serait obligée, puisqu'on faisant voir la grande beauté de son esprit, je pourrais lui ramener par cet endroit l'esUme des honnêtes gens , que les malheurs de sa conduite lui avaient entièrement ôtée.
Les personnes de Tun et l'autre sexe qui ont trouvé mauvais que je Taie tant aimée après ce que la renommée m'en avait appris, se trouveront un peu embarrassées elles-mêmes quand elles auront lu ses lettres, et que je leur aurai dit, en passant, que cet esprit était accompagné d'une figure très-aimable , avec toutes les proportions et toutes les grâces que la nature sait mettre dans un ouvrage, quand elle prend bien du plaisir à le faire.