‹ Mémoires et correspondance de la marquise de CourcellesChapitre 27 sur 81 · LETTRE I · texte numérisé non relu

LETTRE I

La marquise de Courcelles à Du Boulay^.

Athée 3, le 12 octobre 1675.

e recevrai-je point ici de vos nouvelles par le courrier qui arrive aujourd'hui? Je meurs d'impatience de savoir si mon éloignement aura eu le succès que vous m'en avez fait espérer; et, quelque bonne opinion que vous m'ayez donnée de vous et de moi, je ne laisse pas de craindre tout ce que je craignais ce soir que je perdis la petite lunette, et je ne vous ai pas pour me rassurer comme ce jour-là. Quelle différence , bon Dieu ! de ceux que je passe ici à

I. Nous noas sommes étendus longuement sur ce personnage dans la deuxième partie de notre notice, pages 40 et 4 1 .

a. Athée, Tillage du canton d'Auxonne , arrondissement de Dijon.

^ceux que j*ai perdus, et que je vous suis peu I obligée de m^avoir remise dans le goût des bonnes choses, si vous ne faites tout ce qu*il faut faire pour me tenir lieu de ce qu'il me faut perdre! c^r, enfin, les senti m eu ts du coeur à part, je ne puis plus souffrir personne^ et je suis l^si gâtée pour la province depuis que je vous ai vu, que c'est à vous que je dois me prendre de tout reiinui que j'y souffrirai pendant les trois ^semaine!? que je suis résolue d'y demeurer, parce que ce temps est à peu près celui qu'il faut pour avoir les réponses de Savoie. Pressezïes , je vous prie , Monsieur^ le plus que vous pourrez; mais, telles qu'elles soient ^ comptez . que je quitterai ce pays-ci en ce temps-là , et ^ quand iî y irait, de mon salut éternel, je n'y demeurerais pas un jour davantage. Tout ce qui m'en faisait horreur n'est rien auprès de la frayeur mortelle d'être prise, qui a commencé à , me tourmenter en descendant de carrosse dans ^ cette maison , et qui augmente à tous les moments parla pensée du lac d'Athée qu^on m'a [ déjà faite deux cents foi:*. Je n'en dors point la ^nuit et j'en ai perdu cet appétit que vous connaissez, et j'en perdrais la raison si j'y croyais être encore un mois. Je verrai demain le pré- ^ aident Du Gué ; je lui ferai sûrement vouloir ' tout ce que je voudrai là-dessus y et quand je n'aurais rien à lui représenter que mes terreurs,

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paniques ai vous voulez, il ne peut pas me retenir dans un lieu où je cours risque , ou , du moins, je n'ai pas un moment de repos. Mandez-moi bien comment vous vous trouvez de notre séparation, et où vous êtes. Adressez vos lettres à madame la comtesse de Lusigny, à Auxonne. Adieu, Monsieur; je vous en dirai davantage quand notre commerce sera un peu mieux établi. Cependant souvenez-vous bien, je vous prie, de tout ce qui peut me conserver votre amitié, et attendez de la mienne plus que je ne vous ai promis.

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