‹ Mémoires et correspondance de la marquise de CourcellesChapitre 35 sur 81 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

La marquise de Courcelles à Du Boulay.

OenWe, lo Janvier.

e n*ai point eu de vos nouvelles par les deux derniers ordinaires; je n*ai pu, après tout ce que je vous ai vu faire, vous soupçonner de négliger à m'écrire. Il faut donc que vous soyez malade ou qu'il vous soit arrivé quelque chose de bien fâcheux, et cette imagination est bien plus terrible pour moi que tout ce que vous me pourriez apprendre ; mandezHoaoi donc sincèrement ce que vous faites. Souvenez-vous que je serai de vos amies quoi que vous puissiez devenir pour moi , et ne vous accoutumez point à me laisser dans ces sortes d'inquiétudes, surtout dans un lieu où je n'attends de douceur et de consolation que de votre part. Il y a près de trois semaines que les ténèbres sont sur la terre dans ce pays ici , mais constamment on n'y a pas vu le jour ; on y a dtné à la chandelle, et on y est enseveli dans un

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brouillard dont la seule méchante odeur est capable de tuer les gens nés dans un autre air. Il y a tout autant que je suis dans mon lit de pur ennui , et sans autre incommodité que ce mal d*estomac qui me durera, à ce que je croi^ jusqu'à ce que je vous revoie, que j'avais déjà quand vous arrivâtes, et qui me passa le lendemain Je crois que vous vous souvenez

bien de ce que je veux dire.

J'ai reçu des nouvelles de Ligron *, qui me fait toujours cent amitiés : il va, je crois, à Nimègue avec M. de Vitry ; si vous le voyez à Paris, donnez-lui, je vous prie, ce billet de ma part, et dites-lui bien que je l'aime , comme il est vrai. Grillon m'a écrit aussi et me mande qu'on dit que je suis allée avec la Mazarin, qu'il en serait au désespoir; qu'il faudrait que je fusse folle, et qu'il ne peut le croire ; que je ne dois songer au monde qu'à m'établir un repos, et qu'il voudrait bien m'y servir; il connaît le malheureux Gourcelles, et je vous enverrai une lettre pour lui par un autre ordinaire : je ne puis écrire aujourd'hui. Son régiment est à Villeneuve-le-Roi ; vous y ferez bien tenir une lettre. Je n'ai point de nouvelles de Villars, et c'est là mon plus pressant chagrin à l'heure qu'il est. Enfin, figurez-vous

. I. Ou Lignon, suivant d'autres mannserit».

ce que c'esl que d'être an boni d'un mondi^, parmi des barbares, abandonnée du ciel et de la terre : en vérité, il y a de quoi se précipiter. Monsieur, je vous en piie , faites parler k Vilbrs et instmiâez tout le monde de 1 état où je suis, des cruautés qu'où me fiait. Adieu; écrivez-moi, je vous eu juie, et m'aiiuea toujours coouue que ce soit.

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