‹ Mémoires et correspondance de la marquise de CourcellesChapitre 37 sur 81 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

La marquise de Courcelles à Du Boulay.

Oeoèye, le 17 janvier.

quoi pensez-vous donc, de me faire des reproches? Avez-vous oublié les cruautés que vous m'avez écrites?

Croyez-vous que je n*y sois point sensible? Et pourquoi venez-vous avec des tendresses troubler le chagrin que j'ai contre vous et la résolution que j'avais prise? Elle est bien mieux fondée que la querelle que vous m'avez faite ; et je ne mériterais pas la bonne opinion que je vous avais laissée de moi si je pouvais m'accommoder d'une incartade comme celle que vous venez de me faire. Laissez*moi, Monsieur, rompre avec vous dans un temps où vous êtes si nécessaire à mes intérêts, que je n'attends que de vous au monde de secours dans mes

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affaires. Cette manière de finir notre commerce n'a rien qui blesse votre gloire, ni la mienne. Elle m'adoucit le malheur de votre perte, et si elle me laisse toute l'estime que j'ai eue pour vous, je crois qu'elle ne vous fera rien perdre de celle que vous avez eue pour moi. Je ne saurais prendre la peine de me justifier sur la négligence ou le refroidissement que vous me reprochez, et encore moins vous rassurer sur les craintes que vous avez de mon infidélité. Je n'ai point vu une figure d'homme depuis que vous êtes parti ; je n'ai songé au monde qu'à vous, et je vous ai aimé jusqu'à vendredi dernier avec toute l'application et la tendresse de cœur que vous m'avez vue dans le temps que vous avez été le plus content de moi. Depuis ce malheureux jour, je n'ai fait que relire votre lettre et en tirer tout le fiel que j'ai pu. J'ai passé les trois premières nuits qui l'ont suivie dans des transports de douleur que je ne puis vous exprimer. Je ne pense point présentement à mes affaires ; je n'y vois plus de fin. J'attends des nouvelles de Yillars, qui ne me fait aucune réponse. Je lui ai offert d'aller où il voudrait me faire subsister. S'il ne me répond pas, je me mettrai à la merci de mes ennemis, ou en prison, ou dans un couveni, à leur choix, ne voyant pas d'autre parti à prendre pour moi que ceux-là. Avouez que le procédé

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de mon oncle «at bien infâme, de m'avoir fait venir 4)ù je suis pour me fiedre rendre à mon mari par famine. Cependant, voiià où j'en auis, et Yoiîà li» détail que vous m'avez demandé des smiiimente de mon oœur et de Tétat de mes afiEalres. J'oubliais de ifous dire que je me démis le pied la semaine passée en coiiraiit à la premenade. U est bien remis, mais encore fort enflé, el si faible que je ne saurais me soutenir dessus. Je vous avais écrit encore une autre incommodité que j'avais, qui vous aura peut-être donné de l'inquiétude, anssr bien qu'à moi. Mais cela est passé ; soyez en repos là-dessus. Je reçois vos lettres fort juste à cette heure; je ne sais pourquoi les miennes se retardent, car assurément je vous ai écrit très-souvent. J'ai reçu par deux ordinaires consécutifs les cornettes, le rouge, les mouches et les coiffes ; ^es sont les plus jolies du monde et me siéent le mieux. Je vous en rends grâce.

BILLET

La. marquise de CoureeUes à Du Boulay,

'est pour votre honneur et non pas pour le mien que vous n'osez cÛre le sujet de vos picoteries de ce soir, et vous êtes déjà si accoutumé à

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avoir le tort dans nos brouilleries, que vont tremblez de peur des éciaircissemenis. Boalay, vous me désespérez en ceRt manières; je meurs de peur de perdre patience, et que le plaisir d*étre toujours innocente ne me puisse pcn éternellement soutenir contre le chagrin de me voir si souvent offensée.

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