‹ Mémoires et correspondance de la marquise de CourcellesChapitre 41 sur 81 · LETTRE XVI · texte numérisé non relu

LETTRE XVI

La marquise de Cmtrcdhs à Du Boutoy.

iitmhvct ce lundi i mars 1676.

e courrier qui vienl d'arriver m'apporte trois de vos lettres , Tune du 1 5, l'autre du ^^ ot l'autre du afi, Jfais quelles lettres ^ bon Dieu !

quel chemin m'ouvrez -vous pour sortir do rétal où je suis! et, de l'autre côté, quelle espérance d'y demeurer davantage 3 Ne songezvous point que si je voulais m'aller remettre en prison^ sans être de concert avec M. de Courcclîes, et me défendre par chicane contre lui, il ne me pourrait arriver pis que ce qu'il me propose? Ahî monsieur 1 ne me donnez point de ces conseils ëfw)uvautables. J'ai une ressource qui ne me saurait manquer^ et Je vois bien que je ne dois plus attendre que d'elle la fin de mes infortunes. Que me ditesvous (l'un sauf-conduit de mon mari? Que von-

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lez-vous que j'en fasse? Et pourquoi me rapprocher dans Tétat où sont mes affaires? Pour en parler, dites-vous? Et que pouvez -vous m'apprendre de plus positif que ce que vous m'écrivez ? Et si c'est pour me résoudre , je le suis dès aujourd'hui à ne rien faire de ce qu'on me propose. Il n'y à point de communauté ni d'abbesse qui ne me donne à vivre dans un couvent pour deux mille livres de pension , et sûrement je n'exécuterai pas un arrêt qui me déshonore. Puisque je suis réduite à cacher ma naissance, je le ferai pour me faire recevoir dans un cloître. Je recevrai avec plus de plaisir l'aumône d'une religieuse que d'un amant; enfin, monsieur, je ne demeurerai pas dans l'indigne état où je suis , mais j'irai encore moins servir au triomphe de mes ennemjs, et je ne me rapprocherai point du monde pour m'en attirer le mépris, et je ne passerai point avec vous des jours aussi infortunés que les miens. Je ne répondrai rien aux avis que vous me donnez touchant ma conduite. Sans le secours des sentiments que j'ai pour vous, et de la fidélité que je vous ai jurée, je les ai tous prévenus par une pure lassitude du monde; mais comme toutes les friponnes en savent dire plus que moi là-dessus, je laisse à la voix publique , qui , comme vous savez , n'est pas accoutumée à me faire grâce, à vous répondre

CORHESPONDAHCE.

d© moi là-dessus* Peut-être vous verrai-j© encore ici^ et vous connaîtrez par vos propres yeux la vérité de ce que je vouti proteste. Enfin ^ Boulay, il est constant que depuis votre départ je n'ai point fait de différence des hommes aux femmes quo j'ai vues ; que tout le monde le sait si bien, qu'il n'y en a pas un seul qui se soit avisé de me regarder en face, el que j© suis plus éloignée de ce quo vous craignez, que vous ne l'êtes de me livrer à mes ennemis. Adieu ; ne vous tourmentez plus pour ces cruels accommodemenlE^. Changez tous les soins que voug avez pris pour cela en celui de me choisir une retraite inconnue à toute la teri'e, où je puisse aller mourii", ou du moint* attendre seule dans un cloître, sans le secours de perstïnne, ce que vous appelez lo bénéfice du temps. Vous dites que si je m'étais nuse dans un couvent, au sortir do ma prison, j'aurais accommodé mes affaires. Ce remède est encore en mes mains j mais ce ne sera pas en France. Travaillez à me faire recevoir dans un couvent hors du royaume ; mille de vos amis vous peuvent faire ce plaisir. Obtetiez de mon oncle cent écus pour moi de pension ; sll me les refuse, je ferai tout pour émouvoir la charité des religieuses; enfin ^ procurez-moi Ven* trée d'un couvent, et je vous tiens quitte de ions les services que vous m'avez voués; mais

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point d'accomnuxlement de la nature de ceux qu'on m*a proposés, et point de commerce avec le monde dans l'état oà je suis. Que je vous voie encore une fois, s'il est possible.

BILLET

La marquise de Courcelles à Du Boulay.

uevoules^-vousdire, Boulay, et quelle . précaution prenez-vous pour m'em^ pécher de craindre des reiroictisse^ ments ? Je n'ai jamais moins pensé à ce malheur-là qu'aujourd'hui, et votre billet raisonné me fait bien plus de peur que toute la pluie qui nous menace. Je me remettais dans mon lit, bien résolue à passer tout le jour avec vous et à me consoler de tout ce que la dame de Bourgogne me fit perdre hier, et vous me donnez d'un galimatias qui vise fort à une mauvaise excuse ; je ne la reçois pas, au moins : je n*ai point froid du tout, et je ferai bien passer le v^tre s'il n'a que le changement d'air l^ur fondement. Venez tout à l'heure.

Correspondance.

BILLET

La marquise de Courceliea à Du Bon la y.

e ne sais que répondre à votre lettre.

Vous me dites des choses tendres, et ' je ne sens rien de pareil en ce moment. Je vois pourtant bien que je n*ai pas de raisons, et que vous avez des excuses qui ne doivent pas déplaire. Peut-être que demain je penserai pluséquitablemeiit. En attendant, soyez seidement assuré que de votre vie ^ vous n'aurez jamais le etiagrin d'entendre ce : « Boulay, va-t'en, a qui vous perce le cœur, et que j'attendrai de votre discrétion ce que vous avez atxx>utuïué de faire par complaisance pour moi.

BILLET

[La marqui4S€ de Courcelies à Du Boulay,

'm toujours un mal d'estomac alïreux, mais je n'ai plus mal à la tète, parce que j'ai dormi onze heures • Je vous ferai tantôt, sans procès ^ telle réparation qu'il vous plaira de ma méchanceté d'Hier au soir; et quand je ne ferais que vous

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dire toutes les jolies chosies que j'ai pensées de TOUS, ce matin même, auparavant que votre billet ne soit venu me confirmer que vous êtes adorable par vos redoublements de tendresses, j'aurais de quoi vous charmer tout aujourd'hui. Venez dans une heure, car je veux dhier avec vous. Je prendrai demain de votre vin d'absinthe, qui, je crois, me fera du bien. J'aurais commencé dès aujourd'hui , n'éteit que j'ai déjà pris de l'eau cordiale d'Angleterre, n'en pouvant plus.

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