‹ Mémoires et correspondance de la marquise de CourcellesChapitre 42 sur 81 · LETTRE XVII · texte numérisé non relu

LETTRE XVII

La marquise de Courcelles à Du Boulay.

e reçus hier une de vos lettres par ^ la poste, et avant-hier, par le chasse- ^ marée, une autre enveloppée, je crois, par M. de Marigny, avec une tasse de rouge. C'est le retardement de cellelà qui m'a donné tant d'inquiétudes, m'a at^ tiré tous les injustes reproches que je vous ai faits. Pardonnez-les, mon cher ami, à la meilleure cause du monde dont ils partent, et connaissez, malgré la distance qui nous sépare, que je vous aime mieux présentement (}ue je n'ai jamais fait de ma vie; que j'ai moins que jamais ces dii^tractions auxquelles vous m'a-

CORAESPONDAKCË.

viez vue si sujette ^ et que le temps ^ qui a tuïijours détruit mes entôtemenls , a augmenté mon amitié pour vous. Tenez-moi compte encore d'une autre chose, c'est que^ malgré ma facilité à prendre les sentiments des gens avec qui je suiSi je résiste ie mieux du monde à r horreur qu'on veut me donner pour la galanterie chez madame DHona, que je vois depuis le matin jusqucs au soir; et toutes les imprécations que je lui entends faire contre l'amour et ges ef!et:i, ne m'ont point encore pu faire repentir un moment de vous en avoir donné et d'en avoir pris pour vous. Ne pensez pas vous moquer de moi et me dire que je suis encore plus roquette que complaisante ; vous seriez un I ingrat. J'ai bien été méchante pour madame de la Baume; j'ai bien été dévote pour madame du Guayî je pouvais bien, à moindres frais, devenir sévère pour madame Dllona, si la tendresse que j'ai pour vous n'était à Fépreuve I de tout. Vous m'écrivez de ternbles choses de mes alfaire^, quand vous parlez de me laisser I condamner, ,1e ferai bien assurément tout ce [que vous me conseillerez^ mais songez que le' est le pire qui me puisse arriver; que c'est donner mon bien pour me cou\Tir do boute, e1 qu'il vaudrait, ce me semble, bien mieux vivi^e ^ dans un couvent de cinq cents livres de pen- [ «ion, avec l'espérance de revenir un jour, que

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d'être tachée pour toujours d'un arrêt qui me déshonore et me laisse très-peu de bien. Ne vous figurez-vous pas que la prison me fosse peur purement comme un lieu fermé aus; plaisirs et à la société? Non, non, monsieur; je crains seulement de remonter encore une fois sur le théâtre du monde, et, marque de cela, c'est que j'aimerais mieux, s'il était possible, acheter ma séparation par une année du plus austère couvent que par quinze jours de Conciergerie, et encore pour m'y faire condamner, ce que tout le crédit de mes parties et la rage de mes juges prévenus n'aurait peut-être pas fait. En vérité, Boulay, je ne crois pas pouvoir m'y résoudre^ pensez bien à ce que c'est que cet horrible expédient, et quel besoin il y a de donner cent mille francs à un homme pour n'en tirer que de l'infamie et lui faire gagner un procès incertain. Songez que mon arrêt de contumace ne lui donne que cela, et que, quand je serais prise dans le plus étrange lieu du monde et conduite en prison par toute la maréchaussée, l'on ne peut faire mieux pour lui et pire pour moi, que ce qu'on veut que je fasse de moi-même. Cette proposition me fidt presque fuir, et vous fera trembler vous-même quand vous y aurez fait réflexion. Quel accommodement, bon Dieu !

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Correspondance.

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