LETTRE XXIV
La marquise de Courcellesà Du JBoulay.
011S êtes bien fou de me gronder pour le retardement d'une lettre, et de prendre si mal votre temps, que vos reproches, au lieu de me fâcher, me font mille plaisirs. Pauvre ami I tu plains ma légèreté naturelle, tu crains mes amusements, tu m'écris enfin comme si tu ne me connaissais que d'hier et comme si tu ne méritais pas tout meu cœur ; que je t'aime dans cette folie-là l Oublie bien , je te prie , tout ce que je te dois, et le mérite infini que ta (induite adorable te doane auprès de moi ; laissemoi penser, depuis le matin jusqu'au soir, à notre amour^ à tes sacrifices, à tes larmes, à tes pas, i tes soins, é ton abandon de toute nature, enfin, laisse-moi bien tous ces souve» nirs-là, ils me conviennent bien mieux qu'à toi. Adieu, mon pauvre ami, je suis charmée de ta lettre folle et chagrine. Je crok que j'irai demain ou jeudi au couvent ; j'attends à midi la réponse. Quand tout périrait.
lin C0BRESP0KDA.NCE.
il m'est impossible d'écrire à notre L , que
vous n'ayez eu avec lui cette cou versa tion que vous attendez* Le ballot n'est pas encore arrivé, j'ai seulement reçu^ par le courrier d'hier^ l'avis do M. do Marigny; je le recevrai peutêtre tantôt» Je T attends cependant avec les impatiences que vous me connaissez pour pareilles ctiosea. Envoyez-moi ou m* apportez des gants gras du Berceau, coupés aux doigts; j'ai les mains effroyables ^ et vous savez quel dommage cV.st.
BILLET
La marffuise de Cour ce lies à Du Boulay.
e n'est point contre vous que j'étais fâchée hier au soir, mon pauvre Boulay, je vous le jure ; ce n*étajt qu'un pur chagrin de tempérdment que vous savez qu'il me faut toujours laisser passer seule , et dont votre billet vient de dissiper les restes. Je vous jure aussi, mon pauvre ami, que je n'ai pas senti un seul moment de chagrin contre vous depuis que vous me de* mandates pardon , avec de« circonstances si agréables pour moi , que je ne pense pas, de ma vie, en avoir de 8emblal)les; mais pardonnez-moi ces inégalités.
COBRESPONDANCE. l59
BILLET
La marquise de Cour celles à Dm Boulay,
Genève, ce samedi à mintiit.
e suis outrée de douleur et de colère, et l'incartade que vous m'avez faite ce soir m*a bouleversée d'une si étrange façon que je ne suis point en état de vous faire des reproches ni de me justifier. Je peux seulement, en vous disant un étemel adieu et en m'enfermant dans un couvent pour toute ma vie, vous faire connaître que je ne vous ai point trompé quand je vous ai dit qu'en rompant avec vous je ne songeais qu'à me perdre. Je vous tiendrai parole demain à quatre heures du matin. Je souhaite que le repentir de votre injustice, la pitié de mes malheurs et le souvenir de Tétat où vous me laissez, ne troublent pas le repos de votre vie.