‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 107 sur 130 · CCCLI. — S. A. R. M" LE DUC d'aNGOULAmE AU COMTE DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

CCCLI. — S. A. R. M" LE DUC d'aNGOULAmE AU COMTE DE VILLÈLE

« Hiraiida, ce :> mai 1833.

« J'ai reçu aujourd'hui, mon clier comte, votre lettre du i", avec les papiers qui y étaient joints, qui avaient rapport à la Régence à établir à Madrid à mon arrivée. Ils me seront, je crois, très utiles et je m'y conformerai le plus possible ; je serais heureux de n'avoir aucune responsabilité politique à prendre. Je joins ici la déclaration de guerre de l'Espagne et la copie d'une lettre de M. Regnault, mon nouvel intendant en chef, qui vous prouvera qu'il y a des améliorations de faites dansie marché Ouvrard, Aussitôt que j'aurai copie de la nouvelle pièco,je vous l'enverrai. Il est bon que vous sachiez que nous avons toute l'Intendance contre nous, parce que quand il y a un munîtionnairegénéral, les sous-intendants ne peu vent pas faire les profits qu'ils font ordinairement. J'ai reçu hier et aujourd'hui vos deux dépêches télégraphiques des i et 3. Je suis charmé de voir la hausse des fonds ; jo suis convaincu que ma marche sur Madrid continuera à les faire monter. Vous connaissez, mon cher comte, mon estime et affection pour vous.

H Louis-Antocke. m

CCCLII. — LE COMTE DE VILLËLE A S. A. R. M"" LE DIU: D'AnGOULÈHK.

« Paris, le 6 mai (823.

i< Monseigneur,

« Comme vous l'aura déjà dit une dépêche télégraphique, le Roi n'a pas cru qu'il convîntque vous

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fissiez écrire au général portugais. Cet incideut de l'invasion du territoire espagool, soit par les royalistes, soit par les constitutionnels portugais, ne nous parait devoir attirer votre attention que lorsque vos troupes pourront se trouver en contact avec ces corps portugais. Alors vous agirez, sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à de grandes explications, de la manière dont on agira à voire égard ou à l'égard des royalistes espagnols. Les Portugais qui seront avec vos ennemis seront traités en ennemis, ceux qui seront avec vos amis vous aideront, sans que vous ayez même à vous occuper de savoir s'ils sont Espagnols ou Portugais. Il ne résultera pas même de tout cela probablement la nécessité d'une déclaration de guerre au Portugal, et ce qui importe surtout et dont nous croyons pouvoir donner l'assurance à V. A. R., c'est que l'Angleterre n'interviendra point dans les affaires de la Péninsule.

« Faire ce que vous devez à la sùrelé de votre armée, d'après les notions que vous avez des mouvements du Portugal et n'avoir pas l'air de vous eu occuper spécialement, éviter surtout les communications écrites à ce sujet, est, selon nous, ce que V. A. R. a de mieux à faire.

K Nous ignorons encore d'où vient la perte éprouvée par vos troupes sur la monnaie ; si j'en eusse été informé, j'aurais pu peut-être vous faire fournir de préférence celles qui en éprouvent le moins ; nous ne pouvons que nous en rapporter à ce que V. A. R. jugera nécessaire au maintien de la discipline ; je la prie seulement d'être persuadée que ces plaintes sur

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le tarif des monnaies en Espagne ont toujours existé et que le mal vient moins des monnaies que du renchérissement des denrées, suite inévitable de la réunion d'un grand nombre de troupes.

« Tout ce qui tendra à augmenter la dépeuse de notre expédition on Espagne sera un motif de plus pour faire des efforts afin d'en abréger la durée.

« Il nous semble, d'après les événements déjà connus, que l'Espagne peut être comparée à un corps gangrené sur tous les points. La pierre infernale doit être appliquée sur tous les points; c'est la seule difficulté, car il suffit de son contact pour faire cesser l'infection. Il est difficile, avec vos cent mille hommes, d'atteindre partout. Mais comme vous n'avez de résistance réelle à redouter nulle part, maintenant que vous serez tranquille sur le nord de l'Ébre, peut-être pourriez-vous, de moitié avec vos auxiliaires, vous lancer un peu plus et procéder successivement à la délivrance d'une plus vaste étendue de pays autour de vous. Peut-être pourriez-vuus, plus tard et selon les événements, tenter une espéditioa décisive sur Séville et Cadix ; mais voyons Madrid avant de songer à tout cela.

« On conseille à V. A. R,, quand elle occupera cette capitale, de ne pas fixer sa résidence, comme fit Bonaparte, à la campagne du duc de l'Infantado; de ne pas s'établir non plus au palais du roi. On regarderait le Reùro comme un séjour convenable pour Monseigneur et ayant l'avantage d'être plus à portée des principales casernes de Madrid.

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LETTRE DE 8, A, B. M'* LE DCC d'aSGOI'LÉME. iît

« Je linis pour me rendre à la Chambre des pairs pour le budget.

■ " Je prie V. A. R. d'agréer, elc.

" i" DE ViLLÈLB.

« P. S. — Sir Charles Sluarl nous proposait de mener le roi à Gibraltar ou à Badajoz pour de là traiter. iVous lui proposons de le faire embarquer sur le Centaure à Cadix, pour être ramené à Paris, où, d'accord avec les ambassadeurs de toutes les puissances, tout serait calculé, pesé et arrangé Vaines paroles, ce n'est pas ainsi que les choses finiront. Nous vous enverrons bientôt M. de Tatani comme ambassadeur français auprès de la Régence.»

tlCCLlII, — 3. A. R. H"" LE DUC d'aNGOLLËHE AU COMTE DE VILLËLE.

» J'ai eu le plaisir de recevoir hier, mou cher comte, votre lettre du 3, Je commence par vous remercier de tout ce que vous faites pour me seconder. J'y suis extrêmement sensible.

« Si, comme je le crois, je ne puis rien détacher de mon armée de Madrid sur Sévîlle, je ferai ce que je pourrai pour y envoyer des Espagnols.

« Pour ce qui est de vos transports, je joins ici la copie d'une ordonnance qui est tout ce que j'ai pu faire sur cela.

(1 D'après ce que vous me mandez, j'espère recevoir à Burgos vos dernières instructions sur la conduite politique que j'ai à tenir à Madrid.

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« Une infinité de dépenses se présentent chaque jour pour lesquelles il n'y a ni crédits ni Fonds. Ces dépenses, d'une importance majeure et d'une nécessité absolue, ne sont pas de nature à être justifiées selon les formes de la comptabilité; ce sont pour la plus grande partie des frais de missions secrètes pour des intelligences qu'il est nécessaire d'entretenir avec le plus grand soin; plus on avance en Espagne, plus ces dépenses acquièrent un haut degré d'intérêt et procurent des résultats plus avantageux. Cette dépense si essentielle dans une guerre de la nature de celle-ci, n'a point été prévue, et jusqu'à présent il a fallu, pour y subvenir, recourir à des moyens extraordinaires. Il devient donc très urgent, au moment où l'armée se dirige sur Madrid, que le ministre de la Guerre ou que le président du Conseil mette chaque mois à ma disposition une somme de cenl mille francs, à partir du 1" avril, au moyen d'une ordonnance régulière. Cette somme ne comprendrait pas les frais extraordinaires pour reddition de places fortes. Elle serait employée en vertu de mes ordonnances spéciales, et sur la quittance de la personne que je désignerais.

i< Je vous préviens que je demande au ministre de la Guerre un crédit de deux millions par mois, à partir du i" avril, pour toutes nos dépenses des Espagnols. Je compte bien que cela n'ira pas si haut. J'envoie au ministre de la Guerre copie de l'ordonnance que j'ai rendue pour régler cet objet.

X Vous connaissez toute mon estime et affection.

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