‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 118 sur 130 · CCCLXXIV. — M. DE MARTIGNAC AU COMTE DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

CCCLXXIV. — M. DE MARTIGNAC AU COMTE DE VILLÈLE

« Alcoveudas, le S3 mai 1823.

H Monsieur le comte, quoique je n'aie encore rien de positif à vous apprendre, je dois cependant vous tenir au courant de ce qui se passe et vous entretenir de nos projets, de nos craintes et de nos espérances.

« Je suis resté hier à Buitrago, malgré le vif désir que j'avais de ne pas m'éloigner du quartier général. La junte devait y arriver et il était indispensable que je la visse pour arrêter définitivement ce qui la concernait. J'ai à peu près la certitude que les choses se passeront convenablement. Je dis à peu près, parce qu'avec le vieux général, la conversation du matin est souvent oubliée le soir. Il a été

:,q,t,=cdbïGoOglc

LETTRES DE M. DE HABTIGNAC. Wi

conveaii qu'aussitôt que l'autre Régence serait nommée, je leur enverrais un exprès pour les en instruire et que, dès ce moment, ils se sépareraient. Dans aucun cas ils n'entreront à Madrid en corps. Si cette convention s'exécute fidèlement, comme je l'espère, ce sera unheureux succès, Une chose m'inquièle : on m'assure que le fameux Ugarte est passé ce matin, se rendant auprès du général Eguia pour lui apporter les instrnctions du roi. C'est là ce que j'ai toujours craint, et ce qui rendrait notre position plus difficile.

<( Voilà de l'inquiétude : voici maintenani des espérances. J'ai enfin des nouvelles du duc de l'Infantado. Étonné de n'avoir pas reçu de réponse à ma première lettre, j'ai pris le parti de lui envoyer un de mes secrétaires, fort adroit et parlant fort bien la langue. Quoiqu'il fût caché et qu'il eût fait courir le bruit de son départ, mon envoyé .l'a trouvé, lui a remis ma lettre et m'a fait avoir une réponse. Cette réponse est toute satisfaisante ; le duc de l'Infantado s'excuse sur son retard; il serait venu au-devant de S. A. R. si sa santé n'avait pas été compromise; il est à sa disposition; il m'attend demain matin à Madrid, et se rendra immédiatement auprès du prince, si cela est nécessaire. La lettre est aussi bonne que nous pouvions l'espérer. C'est là le fondement de toute notre opération.

<' Je me rendrai demain matin à Madrid ; j'y verrai M. le duc de l'Infantado; je lui ferai conntûtre les choix que vous nous avez indiqués. S'ils lui conviennent, ils seront tous maintenus; il sera consulté sur les mutations à faire, s'il y en a.

« Une fois Hxés à cet égard, je lui proposerai le

:,q,t,=cdbïGoogle

moyen que vous avez tracé pour la nomination. S'il croit possible de réu nir les Conseils et de les charger du soin d'élire, la convocation sera faite et ta proclamation sera modifiée sur-le-champ dans le même sens. Je voudrais beaucoup que cela fût possible, car il est certain que ce mode donnerait à la nomination un caractère d'indépendance tout à fait utile. Je vous promets en conséquence de ne proposer à S. A. R. de renoncer à cette voie que dans le cas d'une nécessité absolue.

'> Si cette nécessité existe, je consulterai M. le duc de ri nfantado sur la meilleure voie à prendre pour remplacer celle-là. Je l'engagerai à réunir chez lui quelques-uns des hommes les plus influents, tels que le duc de Montemar (qui est arrivé ici tout à l'heure), le comte de la Puebla, M. Garcia de la Torre, M. de Saez, etc., afin de combiner avec eux le mode le plus convenable pour atteindre votre but. J'aurai avec moi des officiers qui rendront compte à Monseigneur de tout ce qui se passera, afin d'avoir ses résolutions définitives, sans lesquelles il ne m'arrive jamais de rien faire.

« Si notre travail se fait dans la journée, la proclamation sera imprimée dans la nuit et affichée le lendemain au point du jour.

« Voilà le travail qui m'attend demain. C'est une grande journée qui se prépare : puisse-t-elle tourneràbien! Si nous réussissons, je me consolerai aisément desplaintes et des reproches de MM. d'Urgel. Leur manifeste du Drapeau blanc est assurément la plus inexcusable de toutes les fautes dans les circonstances actuelles.

:,q,t,=cdbïGoOglc

Page 1