CCCLXXIS. — LE COMTE DE VILLÈLE A M, DE MAHTIGNAC
« Paris, le 23 mai 1823.
H J'ai reçu hier soir, mon cher monsieur, votre lettre du 18, et le projet de proclamation que vous aviez préparé pour l'entrée de Monseigneur à Madrid. Nous en sommes ici tous fort affligés, car nous ne doutons pas qu'elle ne produise le plus mauvais «ftet, et sur notre situation pohlique, et sur les dispositions des cabinets étrangers.
<' La seule chose qui nous laisse encore quelque espoir, c'est ta lettre que j'ai adressée à Monseigneur , après le Conseil tenu le 46, lettre qui n'avait encore pu vous parvenir et qui, noua l'espérons, vous aura fait renoncer à la fatale idée de nommer la Régence vous-mêmes, et à celle qui nous parait encore plus dangereuse, d'avoir soumis à la sanction des Conseils cet acte de Monseigneur.
(1 II nous semble que la seule lecture de la proclamation que vous prépariez dans ce sens, devait vous avertir que !è parti que vous preniez n'était pas bon; comme cette proclamation, réduite à ses deux premiers et au dernier paragraphe, est excellente et digne! Comme tout le reste manque de ces deux caractères !
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(( Nous eo avons tous été frappés également, et il n'y a peut-être pas de meilleur moyen de bien juger un parti à. prendre, que d'essayer ainsi des moyens qu'il fournit pour l'exposer et le smitenir.
i< Nous espérons, je vous le répète, que Monseigneur en sera revenu à l'idée de donner à cette Régence une origine plus espagnole; qu'il se sera borné à convoquer les Conseils pour l'élire, et alors tout sera simplifié et pour lui et pour vous, chargé de rédiger un acte bien plus facile à représenter sous un jour convenable. Nous espérons aussi que l'avis de la prochaine arrivée et de l'acceptation du ducde San Carlos vous aura déterminé à le maintenir dans la Régence, et que vous aurez conservé M. Garcia de la Torre pour le ministère, oii il parait qu'il vous ■serait bien plus utile que dans la Régence. Dieu est pour nous! Il aura conseillé Monseigneur dans ce moment décisif, c'est notre désir et notre espoir,
<< La position est assez difficile pour que nous évitions les fautes avec le plus grand soin. Plus que d'autres, ceux qui, comme Monseigneur, Guilleminot et vous, êtes dans l'action, sont sous le joug des circonstances, sous le poids des difficullés; croyez que nous ne sommes pas injustes et que nous sentons bien les nécessités qui souvent vous dominent. Mais soyez persuadés aussi que nous ne sommes pas sur des roses, que nous avons, où nous sommes placés, mille avertissements, mille symptômes, qui nous mettent à même d'apprécier l'effet des dispositions et des mesures que nous indiquons; et dans cette occasion, c'était après avoir mûrement pesé les conséquences, que nous avions indiqué le mode
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LETTRE DE H. DE HARTIGNAC, StS
d'éleclîon de cette Régence et les principaux membres qu'il fallait y appeler.
« Nous allons attendre avec sollicitiide les nouvelles de la décision défmitive que doit avoir prise maintenant Monseigneur. Si elle est telle que nous la désirons, uous comptons sur de bons résultats : si elle est différente, nous penserons que les circonstances vous l'ont imposée et nous réunirons nos efforts pour la faire tourner au profit du servie^ auquel nous sommes dévoués.
« Dans l'un ou l'autre cas, soyez sûr que nous rendrons également justice aux motifs qui vous ont .dirigé, et comptez, etc.
M J" DE ViLLÈLE. 1 ■CCCLXXX. — M. DE MARTIGNAC AU COMTE DE VILLÈLE.
a Madrid, le So mai 1S33.
» Monsieur le comte, enfin notre grande affaire est finie. La Régence existe. Son élection ne s'est pas faite tout à fait comme vous le désiriez, mais elle s'est faite aussi bien qu'elle pouvait se faire. Les choix sont excellents et l'opinion publique les adopte entièrement.
<i En ce qui touche les cabinets étrangers, je crois que la relation exacte des faits suffira pour démontrer jusqu'à l'évidence la bonne foi qui a présidé à toute l'opération. J'ai rédigé dans cet objet un rapport officiel que je vous adresse, avec toutes les pièces à l'appui. Il me semble que la publicité de ces actes doit produire un bon effet. "Vous en jugerez. Je puis vous certifier aujourd'hui que laproclama-
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tion et la marche qu'elle indique, ont réuai ici des suffrages nombreux et opposés.
« Demain la déclaration de Monseigneur sera affichée. Le duc de l'Infantado m'a promis de réunir la Régence pour nommer les ministres dans la journée de demain.
« Les illuminations et la joie continuent; mais elles ne nous donnent plus d'inquiétude. Le calme est rétabli. Il est indispensable d'établii' ici une police régulière. Beaucoup d'hommes dangereux sont restés à Madrid. Toutes les précautions sont prises pour la sûreté du prince, qui, du reste, ne s'inquiète guère de ce qui nous inquiète beaucoup.
« Le duc de l'Infantado a écrit à S. A. R. pour la prier de ne pas le désigner pour la Régence. Vous jugez si Monseigneur a été tenté d'accepter laproposition. J'ai vu le duc, et j'ai sa parole qu'il acceptera, pourvu que S. A. R. le lui ordonne. Je lui écris en conséquence; n'ayez aucune inquiétude à cet égard. Ce serait uo grand malheur, car vous n'avez pas d'idée de la popularité dont il jouit. J'ai traversé deux fois la ville avec lui et j'ai été témoin de l'affection que le peuple a pour lui.
« Monseigneur a reçu aujourd'hui la visitedc tous les Grands d'Espagne restés & Madrid. C'est le plus grand nombre, car il parait qu'il n'y en a que huit ou dix d'absents. Deux d'entre eux sont venus chez moi me demander si je pensais qu'il serait agréable à Monseigneur et utile à la cause, qu'ils fissent une adresse à S. A. R. pour lui faire connaître les motifs qui les ont déterminés à ne pas suivre le roi à Séville, et le désir qu'ils ont de concourir avec elle à
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