LETTRE DE S. A. R. M™ LE DUC DANGOULÈME. SOI
la délivrance du roî. J'ai assuré ces Messieurs que cette démarche ne pouvait avoir que de bons effets ; j'ai ajouté que, comme je connaissais les intentions et les dispositions du prince, je pourrais les avertir si l'adresse contenait quelque chose qui put le contrarier, et j'ai obtenu la promesse qu'ils me communiqueraient le projet avant de le présenter. J'ai l'honneur d'être, etc. .
. m"" le duc d angoulëhe au comte de villéle.
« J'ai reçu, mon cher comte, vos dernlëres lettres jusques et compris celle du 20, qui m'est parvenue ce matin. Martignac vous a rendu compte hier de mon entrée dans cette capitale, de la manière dont j'y ai été reçu, et de tout ce qui regardait la Régence; enfin, grâces à Dieu, c'est une all'aire finie, comme vous le verrez par la proclamation que nous vous envoyons aujourd'hui. La Régence va s'occuper de la nomination des ministres, et moi de tout ce qui regarde Séville. Le duc de l'Infantado est très modeste, et j'ai été obligé de le forcer d'accepter. C'est uu homme excellent, et avec qui il est agréable d'avoir à traiter. Notre affaire du gouvernement espagnol une fois terminée, je demande, quand votre ambassadeur sera arrivé, à n'avoir plus à me mêler de la politique que dans les cas extraordinaires où il aura besoin de mon appui.
« Je verrai avec plaisir que l'on envoie sur les
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lieux UD agent avec ta missioa spéciale de prendre connaissance des faits qui ont nécessité ^inter^~ention du niunitionnaire général et qui la rendent encore nécessaire. J'agrée la personne qui m'est proposée et je suis assuré que les examens de M. Joinville me fourniront de nouveaux moyens de démontrer l'inexactitude des assertions que le ministre de la Guerre ne cesse de répéter. Je viens de recevoir encore hier une lettre du ministre de la Guerre qui renouvelle avec tes mêmes inexactitudes ces mêmes assertions. Cette lettre est telle que je ne juge pas à propos d'y répondre moi-même, j'en laisse le soin à M. Joinville.
'( Pour ce qui est de l'emprunt que la Régence peut être dans le cas de faire, je ne m'en mêlerai d'aucune manière.
i< Le ministre de la Guerre m'a donné le crédit de cent mille francs par mois.
<( Je regrette que le ministre de la Marine veuille nous ôter le Colosse, car nous en avons bien besoin sur la côte septentrionale de l'Espagne.
I' J'ai reçu deux lettres du roi d'Espagne et une de l'infant don Carlos, qui m'ont été remises par le comte de la Puebla et par M. Ugarte. Elles ne disent rien autre chose, sinon que je dois mettre toute coofîiince dans ce que ces Messieurs me diront de sa part. J'ai vu hierpendant assez longtemps M. Ugarte ; il m'a dit que le roi lui avait fait connaître qu'il reconnaissait la junte présidée par M. Ëguia. Je lui ai répondu que cette junte était dissoute, que les membres qui la composaient savaient fort bien qu'elle ne devait durer que jusqu'à Madrid; que le
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roi, étant prisonnier, ne pouvait pas connaître l'état de son pays et les beiioins de sa nation; que l'armée française était entrée en Espagne pour préserver notre pays du danger d'une nouvelle révolution, pour rendre la liberté à S. M. C, et la mettre en état de donner à son peuple des institutions qui assurent la tranquillité de l'Espagne, et par conséquent celle des États voisins; que je prendrais telles mesures que je jugerais convenables d'après les instructions de mon gouvernement, et que si on voulait entraver la marche de la Régence, je me verrais oblif^é de sévir envers les personnes qui s'en rendraient coupables. Je verrai aujourd'hui le comte de la Puebla, mais j'ai tout lieu de croire qu'il ne me dira rien de plus.
« 11 est impossible d'être plus content que je ne l'ai été de Martignac; il m'a rendu les plus grands services et il mérite d'une manière particulière les bontés du Roi.
« Je vous renouvelle, mon cher comte, l'assurance de toute mon estime et aiïection.
« Louis-Antoine, a
ccclxxxn. — le comte de villèlë a s. a. r. m°' le dfc d'ancoi'lëhe.
« Paris, le 27 mai 1823.
« Monseigneur,
« Nous avons reçu ce matin par le télégraphe de bonnes nouvelles de l'entrée de V. A, R, à Madrid. Monsieur a eu la bonté de me communiquer la lettre que vous lui écriviez d'Alcovendas le 22. Enfin,
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nous avons de meilleures nouvelles de la Catalogne. Curial a occupé Mataro. Les corps de Llobera et de Milans sont rejetés dans Barcelone, où les approches de noire armée causent déjà beaucoup de fermentation ; mais la disposition du pays sera mauvaise pour nous, et nos troupes n'auront aucun repos jusqu'à ce que Mina ait été poussé lui-même dans Barcelone. Il vient encore d'échapper à Donnadieu et à d'Eroles à Collent; il a fait une peur terrible à Vich et s'est détinitivement porté sur Moya, ce qui nous fait espérer qu'on parviendra à le forcer à se jeter dans Barcelone ; nous n'aurons de repos de ce côté que quand cette opération sera consommée.
" Mais ce n'est pas de ces nouvelles, que Monseigneur saitmieus que moi, que je veux l'entretenir. Je veux tenir V. A. R. au courant des faits qui viennent à ma connaissance et qui peuvent aider à sa gouverne dans les affaires qu'elle doit diriger.
« On m'a porté hier matin une lettre de M. Erro, membre de votre junte, adressée ici à M. Joulïroy, le même qui /lonnait de si bons conseils à Matbieu à Vérone, le même qui vient dans le Drapeau blanc de faire de si mauvais articles en faveur de la régence d'Urgel; cette lettre, qui annonce une assez grande intimité entre M. JoulTroy et M. Erro, s'exprime de la manière la plus malveillante sur les vues du gouvernement français, attribue h la junte les succès de V. A. R., menace de les faire suivre des plus grands revers si on cessait de suivre sa direction, enfin conclut à charger celui à qui elle est adressée de faire un emprunt pour le compte de la junte, que le gouvernement français trouve cela
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bou OU mauvais. J'aurais bien voulu avoir copie de celte lettre, mais it a fallu se contenter de la lire; je ne puis donc en donner à V. A. R. que le résumé, te] que ma mémoire me ie fournit.
« Ce matin est venu un homme qui se dit être dans l'intimité de ce Joulîroy. II m'a assuré que cet homme était parvenu à réunir Ërro et les membres de la régence d'Urgel dans les mêmes vues, qu'il allait partir pour Londres, où il offrirait au gouvernement anglais de faire révolter les populations sur nos derrières et chercherait à obtenir quelque argent pour seconder celte opération. Cette révélation, si fort d'accord avec la lettre d'Erro que j'ai tenue et lue moi-même, m'a décidé à charger la police de veiller M, Jouffroy et de s'assurer s'il se préparait en effet à partir pour Londres.
« D'un autre côté, de fortes opérations à la baisse avaient été montées pour l'époque où on apprendrait l'entrée de V. A, R. à Madrid; j'en avais été averti et, en effet, les fonds, qui étaient hier à 89 fr. 20, viennent de se fermer aujourd'hui à 88 fr. SO. On m'assure que M. Ouvrard est intéressé dans tous ses chipols. J'avertis V. A. R. sans donner pour positives les choses que je ne sais qu'indirectement, et par des voies que je ne puis garantir ; mais elle doit tout savoir pour juger et se tenir en garde.
« Il s'opère en Russie un mouvement ministériel en opposition, dit-on, avec les goûts de M. Pozzo di Borgo. On assure que le ministre nommé par ce cabinet, pour aller à Madrid, est assez mal avec cet ambassadeur. Ce serait à désirer, car M. Pozzo me parait dans d'assez mauvaises dispositions. Nous
espérons toujours néanmoins que dans les premiers jours du mois, lorsque les détails de l'installation de voire Régence seront connus, nous pourrons décider le départ des ministres étrangers pour Ma» drid et, dans tous les cas, nous vous enverrons le nôtre.
(1 Je dîne aujourd'hui avec Wellesley, l'ambassadeur de Londres k Vienne; il cherche ici avec Charles Stuarl à nouer quelque négociation avec Séville. Nous ferons comme V, A. R. et n'entendrons qu'à la délivrance du roi, avec la garantie que nous ne soutiendrons en Espagne ni réactions ni rétablissement de l'absolu : c'est-à-dire, des choses qui compromettraient le repos del'Espagne. Mais les intrigues dont j'ai entretenu Monseigneur doivent beaucoup nuire à la décision des puissances du continent et aux facilités qu'auraient pu donner les Anglais pour le retour du roi à Madrid, Il faut hitler avec tous ces obstacles et les vaincre, c'est ce que V. A, R. de son côté, et nous du nôtre, ferons de notre mieux.
" J'ai l'honneur, etc.
Il i" DE ViLLÈLE, »
CCCLXXXni. — M. DE MARTIG^AC AU COMTE DE VILLÈLK.
" Madrid, le 2* mai 1823.
« Monsieur le comte, je croyais pouvoir vous annoncer aujourd'hui la formation du ministère, mais rien n'est fait encore à ce sujet. Je pense que danslajournée cette importante opération sera terminée. La déclaration de Monseigneur pour la Régence a été affichée hier matin. Il m'est revenu de tous les
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