CCCLXXXIV. — M. DE MARJIGNAC AU COMTE DE VILLÈLE
« Madrid, le 38 mai 1823.
Il Monsieur le comte, la Régence a été installée. J'ai eu l'honneur de la présenter hier k S. A. R. M- le comte de Caux a été accrédité auprès d'elle. Elle a commencé ses opérations par la nomination du ministère.
it II a été impossible d'obtenir M. Casa Irujo pour les Affaires Étrangères. On lui fait des reproches de plusieurs espèces, qui ne permettaient pas, dit-on, de l'appeler à celte haute fonction^ La Régence a nommé M. VargasLaguna, ancien ambassadeur à Rome, homme tout à fait honorable, et dont la conduite a été parfaite dans les dernières circonstances. M. Vargas est encore à Rome. II parait qu'en attendant son arrivée, le portefeuille sera confié à M. de Saez, ancien confesseur du roi. Ce choix parait assez ex.tr3ordinaire ; mais s'il a lieu réellement, comme je le crois, nous n'aurons pas à
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LETTRES DE H. DE HARTI6NAC. 516
nous en plaindre. M. de Saez est tout à fait attaché à la France, et je suis sûr de ses excellentes dispositions.
« M. Garcia de la Torre a le portefeuille de ta Justice. M. Salazar, celui de la Marine. M. Erro est nommé conseiller d'État et ministre des Finances. M. te maréchal de camp San Juan a le ministère de la Guerre.
« Ce n'est pas tout : la Régence s'est déterminée aussi à nommer un ministre de l'Intérieur, et son choix a porté sur M. Aznarës.
(t La question de l'Inquisition a été accidentellement traitée et décidée comme nous le désirions tous. Il s'agissait de rétablir les Conseils ou tribunaux. On parlait d'une mesure générale qui prononcerait leur rétablissement. Mais cette mesure comprenait l'Inquisition, ou il fallait l'excepter formellement : on a pris le parti de rétablir chaque Conseil séparément. On ne rétablit pas celui des Finances, qui est inutile et dispendieux, ni celui de l'Inquisition. C'est celte décision qui a amené à la création d'un miiiisLère de l'Intérieur. C'est un bon début, dont j'espère que vous serez contenl.
« La Régence a nommé te lieutenant général Egaia capitaine général d'armée, et Monseigneur lui a donné la commanderie de Saint-Louis. M. de Camposacrado est nommé capitaine général de Gàstille.
« Voilà les opérations de la Régence; elles ne sont pas encore connues officiellement, mais j'en suis informé par M. le duc de l'Infantado.
K Je vous ai parlé, monsieur le comte, d'uneadresse
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que les Grands d'Espagne qui se trouvent à Madrid, avaient le projet de présenter à S. A. R, Ce projet s'est réalisé. L'adresse est rédigée et signée : elle sera portée ce matin à Monseigneur par une députation. Je vous eu envoie la traduction que j'ai faite moi-même. Je suis convaincu que la publicité de cette pièce produira le meilleur effet. Il y règne un esprit de dévouement et de modération qui doit détruire les accusations de toute espèce dont les Grands d'Espagne sont l'objet. Je crois qu'il est impossible de donner un meilleur exemple que celui-là, et je compte beaucoup sur l'influence qu'il aura en Espagne.
' « La Régence va s'occuper de sa proclamation et de sa note aux puissances. J'ai insisté fortement pour que la proclamation ne contint pas de déclaration de principes; j'espère l'obtenir et je ne négligerai rien pour cela. M. le duc de l'Infantado est un homme excellent, mais c'est une erreur de le croire faible et facile. Je vais vous en donner une preuve qui m'a un peu inquiété.
V Lorsque les Grands se sont réunis, M. le duc de L'Infantado a reçu une lettre de convocation. Il a répondu qu'avant de se rendre, il voulait savoir quels seraient les Grands qui s'y trouveraient, parce qu'il ne voulait pas se rencontrer avec ceux qui avaient déshonoré leur titre. Vous jugez l'effet que produisit cette apostrophe; elle pensa dissoudre la réunion. Le duc San Fernando et le duc de Villa- Hermosa vinrent se plaindre avec amertume. J'ai tâché d'arranger l'affaire et j'y suis parvenu pour le moment, mais le levain es I resté. Il faudra inspirer
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LETTRE DE U. DE XltlthE. 517
de la confiance au duc de l'infanlado pour l'empêcher d'aller trop loin.
« J'ai l'honneur d'être, etc.
•< Dr Hartionac. .<
ccclxxxv. le comte de villèle a m. de martifinac.
« Paris, le 2B mai iMj.
- (■ Moa cher monsieur, nous venons de recevoir votre lettre du 22, et Monsieur celle de Monseig^Deur du 23. Nous sommessoulagéed'uugrandpoidsjvous avez le duc de l'infanlado. Il est décidé à accepter la présidence de la Régence, et vous êtes disposés à procéder à cette formation delà manière la plus conforme possible aux vues que nous avions présentées comme les plus propres à satisfaire les Espagnols, à décider les cabinets étrangers à envoyer leurs ministres à Madrid, enfin à vous maintenir dans la ligne que nous avons crue la meilleure à suivre pour le succès de l'entreprise déUcate dans laquelle nous nous trouvons lancés.
« Je vous avouerai que nous avons passé deux jours assez tristes, entre votre première lettre etcelleci, parce que nous étions dans l'incertitude sur le parti que prendrait le duc de l'Infantado, et que nous redoutions l'elfet sur l'Espagne et sur l'étranger, d'une nomination directe de la Bégence par Monseigneur.
<< Nous sentons bien, je vous assure, tous les obstacles et toutes les difficultés dont vous êtes entourés; nous en avons pas mal nous-mêmes; mais c'est à les surmonter que nous sommes appelés les
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uns elles autres. Soyez assurés de tous nos efforts pour y concourir et de notre justice pour distinguer le possible de ce qui ne l'est pas.
« Monseigneur recevra par l'estafette de ce jour le cordon rouge pour lo général Eguîa; le Roi vient de signer sa nomination; en même temps que nous apprécions l'incommodité et quelquefois l'exigence et l'injustice de ces auxiliaires, nous reconnaissons aussi les services rendus. Nous sentons les ménagements nécessaires, les concessions indispensables , et vous pouvez *^tre assuré que nous appuierons toujours auprès du Roi ce que Monseigneur fera ou demandera .pour payer cette dette.
K Les renseignements qui nous parviennent de toutes parts sur la situation de l'Espagne nous portent à vous engager plus que jamais à suivre la ligne de conduite dont nous vous avons donné les bases. ,:•>
« i" Dans le discours du roi : qtie Ferdinand soit libre, vous ne devez entendre àrien qu'à cela.
n â° Dans la proclamation de Monseigneur : Nous ne sommes pas venus vous dicter des lois.
(1 Vous éviterez ainsi de vous prononcer directement sur une seule des questions épineuses et difficiles; ce qui n'exclut pas l'aulorilé des conseils qui, dans notre position, ne peuvent manquer d'avoir un grand poids, et vous vous donnez le temps d'étudier le pays, l'opinion, et de voir les événements lever eux-mêmes une partie des obstacles et des inconvénients auxquels vous auriez été exposés, si vous aviez pris la difficile commission d'organiser
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vous-mêmes la restauration de cette malheureuse monarchie.
« Nous avons de meilleures nouvelles de Catalog;ne, où cependant nos affaires sont en moins Iwn étal que partout ailleurs.
« Nous espérons toujours pouvoir vous envoyer les ambassadeurs de l'Europe, aussitôt que l'établissement de votre Régence et sa proclamation à Madrid seront connus.
« Enfin, quoique l'Angleterre paraisse plus eu intimité que jamais avec Séville, nous continuerons à préparer avec elle le retour de Ferdinand dans sa capitale sans aucune intervention des Corlès, sans contracter aucune autre obligation que celles que l'honneur nous impose déjà, c'est-à-dire, de ne pas donner notre appui à des réactions ou à des prétentions subversives.
<( Au reste, les Anglais se tiennent fort en observation, nous n'avons d'eux rien de positif, et vous serez toujours informés de ce que nous saurons ici, afin que vous puissiez en faire voire profit pour votre conduite là-bas.
<i Recevez, mon cher monsieur, mes sincères compliments sur l'amétiorationdontle séjourdeMadrid m'est un gage pour votre situation physique; le moral doit être aussi bien soulagé par la conclusion de la grande affaire que vous devez avoir terminée maintenant.
« Comptez, etc.
■1 J" DE VlLLÈLE. «
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*/X.LXXiVi. — S. A. R. H°* LE DUC D ANGOOLÈHE AU COMTE DB VIIXÈLE.
» Madrid, ce 28 mai 1823.
« J'ai eu le plaisir de recevoir hier, moQ cher comte, votre lettre du 21. Voilà noire Régence installée, ses ministres nommés. C'est beaucoup en si pou de temps. Il a été impossible d'y faire admettre les ducs de San Fernando et de San Carlos, ni MM. Casa Irujo et Ânduaga : Martignac vous en dit les raisons. Le duc de l'Infantado, que vous m'aviez recommandé avant tout et qui le mérite bien, a les plus belles qualités; mais il est un peu exclusif. Au reste, il a un esprit sage et j'espère qu'avec la grAce de Dieu tout ira bien.
<( Tous les Grands d'Espagne réuais doivent me présenter aujourd'hui une adresse, qu'on dit très bien et faite pour faire bon effet partout. Martignac doit vous l'envoyer.
11 Je m'occupe de faire partir sous peu jours deux corps d'armée pour Séville et Badajoz sous BordesouUe et Buurmont. Je n'ai jusqu'à présent reçu aucune ouverture de Séville. Aussitôt que j'en aurai jo vous en donnerai connaissance. Je vous remercie toujours de l'argent que vous tenezàma disposition h huyotine. La discipline admirable de l'armée tient h l'exactitude de la solde et des rations.
11 Jo vous renouvelle, mon cher comte, les assurances de toute mou estime et affection.
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LETTRES DE H. DE VILtÈLE. 521
« Je viens d'apprendre dans le moment que le généralVallinaalteinthier le général Zayas à Talavera, l'a culbuté, lui a fait soixante prisonniers et pris quinze voitures chargées d'armes et d'argent. »
ccf-lxxxvn. — le comte dk villële a s. a. b.b('"'lk duc d'angoulëhe .
" Paris, le 28 mai 182a.
« Monseigneur,
M Nous sommes heureux aujourd'hui des nouvelles qne contenait votre lettre du 23 à Monsieur. C'est un point bien important que vous puissiez à votre arrivée à Madrid substituer une Régence présidée par le duc de rinTantado, à ime Junte trop faible pour vous seconder puissamment et administrer avec une autorité suffisante une aussi grande partie de l'Espagne. C'est aussi, je crois, un grand bonheur que vous preniez, pour former volro Régence, des moyens qui décèlent le moins possible, aux yeux de l'Espagne et de l'Europe, l'influence étrangère sur sa composiLion.
« Vous aurez atteint ce but par les moyens qui se sont trouvés praticables; peu importe que ce soit, ou ne soit pas. d'après le mode que nous avions cru devoir vous indiquer; l'essentiel était qu'une Régence composée d'hommes considérables, reposant sur une base espagnole, s'organisât à Madrid après votre arrivée. Vous ne pouvez faire d'acte politique plus propre à hâter la délivrance du roi, en dimijiuant l'intérêt des ennemis à la prolongation de sa captivité.
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c( Aussitôt que nous aurons ici les détails de l'organisation et do l'installation de cette Régence, nous ferons tous nos efforts pour faire envoyer auprès d'elle les ministres des autres grandes puissances. Vos succès nous seconderont beaucoup dans cette opération, et comme les cabinets cberctient assez ordinairement à combiner leurs démarches avec l'issue probable des événements, c'est en réussissant dans notre entreprise que nous appelons le plus puissamment leur concours à cette réussite.
« J'ai parlé à V.A.R.de toutes les intrigues, dont j'apercevais tes traces ici, de la part de plusieurs des bommos dont elle a à se servir à Madrid ; c'est un de mes devoirs afin qiie Monseigneur connaisse le mieux possible le terrain sur lequel il opfere; mais en même temps, je dois lui dire combien j'apeicois de faiblesse dans les moyens proposés ou employés pour contrarier ses opérations. Ainsi Matafloriila commence à être considéré comme ayant presque perdu la tête par amour-propre froissé, L'arcbevêquc de Tarragone est obligé de désapprouver lui-même dans son intimité la lettre d'Erro et sa tentative de fonder une existence à la junte, indépendante du gouvernement français; enfin ces pauvres gens se trouvent arrêtés tout court suivant mes rapports d'aujourd'bui, faute de l'argent que leur demande Jouffroy pour faire le voyage de Londres* V, A. R. surmontera facilement tous ces obstacles, mais je crois qu'il ne faut pas négliger les salutaires avertissements que ces mauvaises intentions nous donnent; ainsi, puisque c'est surtout dans l'inten' tian de conclure un emprunt et de se procurer de
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LETTRES DE M. DK VILLËLE. S23
l'argeot, que toutes ces juntes on Régences tentaient de trouver un appui hors de nous, il conviendra peut-être que V. A. R. se montre plus facile ot plus large envers la Régence qui va s'établir, et qu'au moyen des efforts à faire pour conquérir la liberté du roi, elle facilite à la Régence les moyens de lever, d'organiser et de payer une armée plus considérable ; ces dépenses ayant une analogie parfaite avec notre mission, peuvent sans obstacle ^tre rattachées aux dépenses de notre propre armée, et devenir économiques en abrégeant la durée de nos sacrifices. Quelques fonds prêtés à propos peuvent aussi nous servir puissamment au maintien de l'influence que V. A. R. doit toujours conserver sur ce gouvernement. C'est un moyen difficile à justifier, dont on ne doit user qu'avec une exlréme réserve, mais qu'il y aurait de la démence h ne pas laisser à la discrétion de Monseigneur, puisqu'il peut être un de ses plus puissants auxiliaires.
'<Enlin, Monseigneur, nous n'allons pasen Espagne pour y faire prévaloir telle ou telle théorie politique, mais pour y détruire un gouvernement révolutionnaire, notre ennemi; rétablir sur son trône un roi, votre parent et notre ami; y fonder, si nous pouvons, un ordre de choses qui, en donnant le repos à l'Espagne, assure notre propre tranquillité. Il faut donc y ménager nos amis sans faiblesse et sans seconder leurs folies, mais aussi sans nous exposer au danger de les mécontenter ou de leur inspirer de la méfiance par trop de bonté pour nos ennemis, qui ne nous en sauraient pas meilleur gré pour cela. Il faut surtout, ce me semble, nous abstenir de nous
prononcer sur les questions politiques qui peuvent diviser lus Espagnols royalistes, nous réservant d^influer sur leur décision après la délivrance du roi, par les conseils et les secours que nous serons alors en si favorable situation de donner à ce malheureux monarque.
a Monseigneur va dire que je suis un rabâcheur avec tous mes conseils, dont il n'a nul besoin. Je le reconnais avec lui, mais je réclame de sa part cette justice, c'est qu'ils partent d'un cœur tout dévoué à sa gloire et au service du Roi.
<i Wellesley est encore ici. J'ai dtné avec lui hier. Stuarl et lui avaient l'air de savoir quelque chose de Séville ; mais ils paraissaient ne vouloir en accoucher qu'après la nouvelle de l'établissement de la Régence. Je ne prévois pas que ces ouvertures, s'ils en out, puissent être bien différentes de celles faites par L'Abisbal. Nous les rejetterons comme l'a fait V, A. R. Nous n'avons rien à gagner désormais et beaucoup à perdre à écouter les Gortës, mats nous entendrons toujours ce qui aurait trait à la délivrance du roi ; nous dirons toujours franchement ce que nous soutiendrons, ce que nous conseillerons; ce que nous ne conseillerons pas, ce que nous ne soutiendrons pas après la délivrance du roi; mais on ne nous amènera pas hors de cette ligne de sagesse tracée par votre proclamation elle-même, nous ne vouions point imposer des lois à l'Espagne.
« La Prusse a nommé son ministre à Madrid; c'est un M. Grenam, qu'on dit avoir beaucoup de mérite.
Il L'action en baisse sur nos rentes n'a pu prévaloir
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aujourd'hui ; elles se sont relevée8jusqu'à'89fr, 20 c., quoique fermées seulement à 88 fr. 75 c.
« Nous avons aujourd'hui de meltleures nouvelles de la Catalogne ; on espëre avoir enfin poussé Mina dans Barcelone; maintenant, il faut rempécher d'en ressortir, car quand il court les champs, on ne peut l'atteindre, et sa liberté tient tout le pays en contrainte.
« Je finis en priant V. A. R. d'agréer, etc.
« J" DE VlLLÈLE. " CCCI.XXXVUl. — LE COMTE DE VILI^LE A S. A. B. m"" I.E DUC
d'angoulëue.
« Paris, le 29 mai tS23.
H Monseigneur,
« Je n'ai que le temps de remercier et de féliciter V. A. H. Nous recevons le rapport do M. de Martignac du 23 et la dépêche. télégraphique que Monseigneur a bien voulu m'adresser le 2S.
i< Tout s'est arrangé à merveille, V. A. R. n'aura qu'à se féliciter, je crois, de n'avoir pas nommé ellemême la Régence ; cette conduite est bien plus dans le noble rôle de libérateur qu'a si bien rempli Monseigneur jusqu'à présent. La Régence, avec une origine plus espagnole, n'en réussira que mieux à l'intérieur, et au dehors l'elfet de cette mesure inspirera moins de défiance et encouragera mieux ce concours moral, qu'il importe tant que nos opérations obtiennent des cabinets de l'Europe.
« Je pense que V. A. R. a merveilleusement fait aussi de borner la convocation aux deux Conseils
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priDcipaux.puisqueaiDsielleaévitéclese prononcer inuUlement sur une des questions qui paraissent le plus controversées en Espagne.
« Maintenant.MonseigneurdetTa, ce me sembla*, duaner tous ses soins à ce que cette Régence ne commette point d'imprudence dans ses proclamations et dans ses actes; qu'elle s'occupe le plus promptement possible à organiser son gouvernement et son administration; qu^elle nomme son ministère, ses capitaines généraux de provinces ; qu'elle organise ensuite les autorités locales, ses petites forces publiques locales, les plus propres à y maintenir l'ordre et à nous 6ter la nécessité d'y laisser des troupes françaises. Enfin, Monseigneur, it me semble que la Régence doit surtout et constamment se montrer dominée de la vue d'obtenir la délivrance du roi ; ce but, qui est aussi le ndtre, maintiendra l'union entre nous, distraira les esprits des questions propres à les diviser, enfin placera la Régence dans une position désintéressée et conséquemmcut forte et populaire pour les membres qui ta composent.
« Si la question de l'argent et d'un emprunt ai^ rivait avant le temps et que la majorité vous réduisit à tolérer qu'on lut donnât quelque suite ; il convient que V. A. K. nous tasse consulter sur les conditions, afin que nous aidions à obtenir les meilleures possibles, et surtout, il faut restreindre autant qu'on le pourra une mesure aussi ruineuse.
« Je fmis. Monseigneur, en vous remerciant de nouveau des bien bonnes nouvelles que vous nous avez transmises aujourd'hui ; je vais les donner tou-
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LETTKE L>E It. DE HARTICNAC. 537
tes fraîches a Wellesley et au corps diplomatique qui dino chez moi aujourd'hui.
« La rente s'est fermée à la Bourse de ce jour à 89 fr. 20 ; on y ignorait cependant tout ce que nous venons de recevoir.
" Votre, etc.
CCCIAXXIX. -^ U. DE MARTICXAC AU COMTE DK VILLÉLK
« Monsieur le comte, j'ai reçu l'avis officiel de la nomination du ministère. Elle est parfaitement conforme à la note que j'ai eu l'honneur de transmettre hier à V. Exe, M, don Antonio de Vargas y Laguna est nommé ministre des Affaires Ëlrangëi'es. M. Victor Damien Saez, chanoine de Tolède, ancien confesseur du roi, est chargé du portefeuille par intérim. Ce choix est tout à fait bon pour nous. M. Saez est plein de reconnaissance pour le gouvernement français, et il a en moi une confiance que j'entretiendrai de mon mieux. Nous avons ensuite : M. Garcia de la Torre à la Justice ; M. doii Louis deSalazaràlaMarine;M. Erro aux Finances;. M. José de San Juan à la Guerre ; M. José Aznar^s à l'Intérieur.
« Je me suis plaint vivement de ce qu'on n'avait rien fait pour le duc de San Carlos, M. Casa Irujo et M. d'Anduaga. On est dans l'intention de vous envoyer le premier comme ambassadeur, et on voulait prendre ce parti sur-le-champ. J'ai demandé le temps nécessaire pour avoir votre réponse. On ne
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fera rieo jusque-là. Dites-moi le plus tôt possible si le duc de San Carlos vous convient comme ambassadeur. M. Casa Irujo ira, je crois, à Vienne ou à Pétersbourg. M. d'Anduaga sera aussi placé.
-c L'adresse des Grands d'Espagne a été remise aujourd'hui à S. Â. R. Elle porte neuf signatures de plus que la note que je vous ai adressée ; ce qui fait monter les signataires à trente-sept. Je vous envoie ci-jointe la liste exacte des noms qui se trouvent au bas. Je vais faire imprimer l'adresse avec les signatures. Je persiste à espérer beaucoup de la publicité de cette pièce.
« Jesors du palais, où j'ai passé trois heures avec la Régence pour tâcher d'expédier les affaires qui vont lentement.
'< Demain, on fera partir les courriers quîdoivent porter aux différents cabinets de l'Europe, l'Angleterre et le Portugal exceptés, l'avis officiel de l'installation de la Régence. Cet avis sera accompagné des documents suivants : la proclamation du 33, la déclaration de reconnaissance, le procès-verbal d'installation et la nomination du ministre d'État. Ces pièces seront adressées par le ministre d'État espagnol aux ministres des Aiïaires Etrangères des divers cabinets. La note adressée au ministre français contiendra l'avis formel que des notes pareilles sont expédiées à toutes les puissances. Cette marche ■ remplira vos vues.
H La Régence n'a point fait encore de proclamation ; elle va s'en occuper. J'ai sa promesse qu'elle se bornera k y faire connaître que le but principal de son institution est la délivrance du roi, et qu'elle
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s'abstiendra de prendre l'iniliative sur aucune des grandes questions politiques, qu'il faut laisser entières à l'autorité du roi. Je crois pouvoir compter sur cette convention. Dans tous les cas, j'y veillerai. Malgré l'établissement d'un ministère, j'ai cru important de me réserver les communications directes avec la Régence. Cela est incomparablement plus avantageux.
't Après la question de la proclamation est venue celle des subsides. La Régence m'a annoncé qu'elle était sans aucune l'essource. Les ennemis ont prélevé toutes les contributions jusqu'à la fin de juin. Ils ont emporté tout ce qui pouvait être de quelque valeur. Ils ont vendu à vil prix tout ce qu'ils ne pouvaient pas emporter, et ont ainsi privé le pays de tout moyen et de toute ressource. La Régence demande de l'argent et déclare qu'il lui est impossible d'administrer, si on ne vient pas à son secours d'une manière efficace. Je rendrai compte demain à Mon- . seigneur de ce qui s'est passé à ce sujet, mais je crois nécessaire de vous le dire aussi, monsieur le comte, parce que tout le succès de notre entreprise est attaché aux opérations qui vont être faites pour l'organisation de l'administration et de l'armée,
« J'ai fait part à la Régence de la reconnaissance consentie pur la junte, que les sommes qui lui ont été comptées l'ont été à titre de prêt ou d'avance. Elle confirmera et renouvellera cette reconnaissance.
« Je ne vous ai pas rendu compte d'une des dernières opérations de la junte, qu'il est peut-être utile que vous connaissiez. Je vous ai parlé, le 1"
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mai, des ordres qu'avait donnés la junte pour acheter du tabac afin de rétablir le monopole et de créer là une ressource pour l'avenir. Je vous fis part de sa demande d'un prêt de 750000 fr. pour payer les tabacs achetés. Vous répondîtes à Monseigneur que vous me donneriez bientôt une réponse. Le temps s'est écoulé ; les vendeurs ont réclamé et la junte, fort embarrassée, a cherché à emprunter un million pour le tabac et pour le sel, qu'elle avait également acheté. M, Ouvrard a consenti à lui prêter celte somme pour un an, à 5 p. 100 d'intérêt. Je m'y suis d'abord opposé et ma résistance s'est prolongée plusieurs jours; enfin, j'en parlai à S, A. R. à Aranda et elle n'y mit point d'empêchement.
i< Le traité n'était point onéreux, aiosi que vous le verrez par la copie que je vous envoie; l'opération était bonne par elle-même ; la jimte se plaignait amèrement qu'on lui refusât les secours dont elle avait besoin et qu'on l'empêchât d'en trouver. Je n'eus rien à dire et je laissai, sans consentir et , sans empêcher, terminer une affaire qui devenait urgente, parce que les vendeurs réclamaient. Au reste, la junte rend un compte fidèle de ce qu'elle a reçu, et les ressources qu'elle a procurées par cet emprunt, tourneront au profit delà Régence qui lui succède.
'< C'est demain Saint-Ferdinand. Il y aura revue le matin et spectacle le soir. J'ai l'honneur d'être, etc.
" De Mabticnac. »
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