AOUT
' rerait assez d'elle-même l'atleDltoD des membres du Congrès. Il importait essentiellement à l'honneur de la France de rester seule jwge de la part qu'elle prendrait à sa solution, de décider l'époque oîi elle agirait, si elle le trouvait opportun, enfin d'adopter suivant ses intérêts ou sa convenance, les moyens de mettre un terme à une situation aussi grave. Pour parvenir à ce but, pour obtenir en même temps des puissances continentales un traité éventuel que nous désirions leur faire conclure avec nous afin de paralyser le mauvais vouloir de l'Angleterre, nos plénipotentiaires seraient sur un terrain d'autant meilleur qu'ils auraient moins provoqué euxmêmes les puissances à prendre des mesures à l'égard de l'Espagne. La Russie, qui paraissait devoir montrer le plus d'empressement à comprimer par les armes la révolution espagnole, dans le but d'avoir une excuse aux yeux de la nation et de l'armée russes pour son inaction en face de la Turquie égorgeant ses coreligionnaires, ne pouvait atteindre l'Espagne qu'en faisant traverser à ses armées le territoire français. C'était ce que le gouvernement du Roi ne pourrait admettre sans se déconsidérer, se couvrir de honte, se jeter daus un danger évident. L'Autriche, ayant pour premier intérêt d'empècher la guerre en Orient, devait être disposée à faire bon marché de nos répugnances. La Prussie, mettant plus de politique que de franchise dans ses allures, ne s'opposerait pas aux vœux de la Russie, dont elle affectait de se faire le satellite. Quant à l'Angleterre, elle suivait des voies tellement contraires, qu'elle ferait opposition ouverte à une
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PRÉJ.UDES UV CONGRÈS DE VÉRONE. 3^
pareille entreprise, ou du moins, en préleodant s'abstenir, elle userait de tous les moyens pour la contrarier en secret. Telles devaient être les conséquences presque inévitables de l'examen parle Gon* grèsd'une question dont tous les embarras devaient natureUement retomber sur nous. Du moins ne fallait-il pas provoquer nous-mêmes cette discussion. C'est ce que nous décidâmes dans le Conseil après les délibérations les plus mûrement approfondies. Nos plénipotentiaires, lorsqu'ils seraient interpellés sur l'état révolutionnaire de l'Espagne, devaient répondre : « C'est une affaire dunt nous nous chargeons. Notre cordon sanitaire est renforcé et changé en armée d'observation : c'est vous dire que nous nousmettons en mesure. Nous avons accru nos forces d'une cinquantaine de mille hommes depuis notre entrée au ministère. Nos troupes, aidées par les auxiliaires que la guerre civile nous prépare dans ce pays, suffiront à tout ce qui sera exigé par les circonstances pour nous garantir du danger qui vous préoccupe et pour vous en préserver vousmêmes. Nous nous félicitons de vous voir aussi éclairés que nous sur les périls de la situation ; ce serait les aggraverque de vouloir nous donner l'aide effective de vos armées , leur passage sur le territoire français soulèverait d'indignation la France entière ; nous ne le souffrirons pas. Mais nous accepterons de vous l'appui moral d'un traité où, en pronnettant de venir à notre secours, si nous le réclamions, vous préserveriez l'Angleterre de la tentation de prendre parti contre nous dans la Péninsule en faveur des révolutionnaires. >< Ce langage
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38 SEPTEMBRE iSSS.
était clair, net et fraac; ii était tout à fait coaforme au caractère de dignité si remarquable dans le Roi. S. M., comme son Conseil, se résolut à l'adopter et à charger M. de Montmorency d'en préparer les résultats à Vienne, tandis que trois autres plénipotentiaires auraient la mission de les convertir en acte diplomatique à Vérone.
Mais le Roi, en souscrivant au choix fait par son Couseil, s'était réservé dé prendre une mesure destinée dans son esprit à servir de garantie contre les inconvénients qu'il en redoutait. Quand M. de Montmorency reçut son audience de congé, le 29 août, S. M. lui annonça son intention de donner un président au Conseil des ministres et de me choisir pour ces fonctions, en me chargeant de l'intérim des Affaires Étrangères. Cette nomination fut réalisée par une ordonnance signée le 4 septembre.
Le but que se proposait le Roî n'était pas seulement de se mettre en garde contre les tendances de M. de Montmorency, soit à faire la guerre à l'Espagne par la voie souterraine d'une alliance secrète et de secours cachés fournis aux royalistes espagnols, soit à opposer trop peu de résistance aux vues de la Sainte Alliance, et surtout de l'empereur de Russie, qui aurait voulu nous faire marcher h la suite des armées étrangères pour aller soumettre l'Espagne, comme si nous avions besoin d'un pareil secours. Le Roi cherchait encore à donner satisfaction à un désir personnel qu'il éprouvait depuis longtemps. Il se faisait un besoin d'avoir dans son Conseil des ministres un directeur des affaires en titre et responsable, avec lequel il pût s'entretenir tous les jours à heure fixe.
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