PREMIERS EMBARRAS DU HIMSTÈBE
avions pu alors pénétrer dans le fond de sa pensée, et prendreassez de confiance dans ses principes royalistes pour lui avoir proposé, il n'y avait pas plus de quinze jours, de rester avec nous comme garde des Sceaux. Nous savions qu'il éprouvait déjà le plus grand regret de nous l'avoir refusé. Il était du reste atteint d'une fort grave maladie du larynx, qui l'a conduit au tombeau dix-huit mois plus tard. Les climats chauds lui étaient indiqués comme indispensables pour sa guérison. L'ambassade de Naples était une récompense déjà bien méritée ; elle pouvait en même temps contribuer à rétablir sa santé et lui permettre ainsi de rendre de nouveaux services. Sa femme et ses amis vinrent nous demander, à Corbière et à moi, de l'obtenir du Roi. Nous ne balançâmes pas à présenter à nos collègues, réunis en Conseil, ce choix comme le meilleur qu'onpûtfaire, et comme correspondant à nos justes désirs, autant qu'il était conforme aux vues d'une saine politique. Il fallait se trouver heureux de satisfaire un homme doué d'un talent si remarquable et guidé par une tète si vive, en l'éloignant de mauvais conseils qui, sous l'inlluence de quelque circonstance imprévue, pouvaient, malgré ses bons sentiments, le rendre encore dangereux à la cause dont il avait une fois déjà sacrifié les intérêts à son amour-propre bles'sé et à l'impétuosité de son caractère.
Nous en fîmes donc la proposition, Corbière ©t moi, le soir même, 30 décembre, au Conseil des ministres. Grande fut notre surprise en trouvant la plus vive résistance de la part de M. de Montmorency. 11 avait très naturellement pour candidat le
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duc de Laval-Montmorency, qui avait précédemment été ambassadeur à Madrid, d'où il avait été rappelé à la suite des bouleversements survenus en Espagne, Nous crûmes qu'en celte occasion un intérêt de famille devait céder le pas au bien du service, et le Roi, excellent juge en pareille matière, se prononça pour M. de Serre, quand le Conseil, après bien des débats, se fut décidé à le présenter, concurremment avec M, de Laval, pour l'ambassade de Naples. Cette nomination fut très amère à M. de Montmorency, que préoccupait à l'excès l'impression que pouvaient en éprouver ses parents et amis. Déjà très affecté d'avoir perdu la charge de chevalier d'honneur de Madame, que cette princesse avait déclarée incompatible avec les fonctions ministérielles, il parla de démission. Ainsi faillit se justifier, dès la première quinzaine qui suivit la formation du ministère, le pronostic du roi Louis XVIII, quand le choix de M. de Montmorency lui fut proposé par nous, au lieu de celui de M. de Blacas : n Vous ne le connaissez donc pas : c'est un homme de coterie ; il risque de vous donner bien des embarras. »
La nomination de M. de Chateaubriand devait nous porter avec elle d'autres enseignements.
A peine nommé, il se fait le représentant des royalistes exigeants, qui menacent de leur hostilité si l'on ne satisfait pas leurs prétentions; mieux encore, pour quelques-uns, pour M. de La Bourdonnaye par exemple, si on ne les place de manière à ce qu'ils puissent exercer leur mauvais vouloir avec plus de danger pour le ministère, avec plus de force et de sécurité pour eux-mêmes.
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PHEHIEHS EUBAftRAS DU MINISTÈRE. S
11 faut avoir vu jusqu'où allaient les préteutions qui se manifestèrent à celte époque, pour s'expliquer la violence de certains discours dont la tribune ne tarda pas à retentir, pour comprendre la situafion qu'auraient faite au Roi et au pays les nouveaux ministres, s'ils avaient eu la faiblesse de faire céder leur devoir au maintien à tout prix de l'union avec ces prétendus royalistes.
Le ministère adopta uuemarcbe plus sûre et plus honorable. 11 fit en faveur de ceux qui voulurent bien le suivre par conviction et sans exigence, tout ce qiie leui' mérite et l'étendue de leurs moyens lui permirent d'accorder sans nuire au service public ; il ne prononça aucune exclusion, ne permit aucune réaction intéressée, et conserva au Roi et au pays tous les serviteurs d'opinions diverses qui pouvaient leur être utiles. Aussi, malgré les inimitiés que lui valut cette ligne de conduite, obtint-il dans les deux Chambres l'assentiment et l'appui des plus fortes majorités qu'on niL vues depuis 1814.
Ëût-il été avantageux, eût-il été honorable de céder aux exigences qui se manifestaient par l'intermédiaire de M. de Chateaubriand? Était-ce dans l'intérêt du pays et du Roi, dans celui même de l'union des royalistes? Nous ne l'avons pas pensé. Quoique la division du parti royaliste ait certainement été pour beaucoup dans la perte de la monarchie, il sera sans doute facile à ceux dont lo jugement serait le plus influencé par l'issue des événements, de se convaincre que la loyauté, la dignité, la prudence, la politique, le devoir, la plus simple clairvoyance, ne nouspermettaientpas une autre marche