LETTRES
« Je sors de chez le Roi; il est fort bien aujourd'hui, quoique avec le g;ant à la main gauche. J'ai yu, avant d'aller au château, un négociant arrivant de Madrid, où il avait diné le S octobre avec M. de La Garde ; ce dernier l'a chargé de me dire que la désorganisation était au comble dans ce malheureux pays, que l'ignorance, la paresse et l'amour du brigandage y organisaieul partout des bandes de voleurs plutôt que des guérillas, que les Cortès allaient proscrire, confisquer et se livrer k toutes les violences imaginables; qu'on y serait fort peu conteou par la crainte de notre cordon, pas même du Congrès, vu l'ignorance et l'orgueil générai; qu'on n'avait rien à redouter de ce pays comme force oi^anisée, mais tout k attendre d'attaques constantes et inévitables de tous les partis armés en guérillas pour inquiéter, piller et assassiner, si on entrait dans leur pays. C'est au reste ce dontnous nous doutions déjà. Notre consul à Bilbao nous dit qu'il a passé par cette ville depuis quelques jours cinq à six mille hommes bien équipés, allant combattre l'année de la Foi. Nantil et autres condamnés cherchent à organiser un régiment d'étrangers dans cette même ville.
« Nous recevons de New-York la nouvelle du départ d'un nommé Jeannet , avec trois ou quatre bâtiments et quelques aventuriers, allant tenter, croit-on, l'invasion révolutionnaire de Porto-Rico. Il est véritablement instant que le Congrès s'occupe de cette situation des colonies espagnoles. Je ne dis pas positivement qu'il y ait telle ou telle chose à faire, c'est
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lis OCTOBRE tS22.
aux souverains à le calculer et à le concerter dans l'intérêt de l'ordre etdel'humanité,maismon opinion est que cette question est mûre et doit être décidée. (1 M. Charles Stuart sort d'ici et m'aanonce que Wellington part de "Vienne le 5 pour aller à Vérone ; j'en suis charmé parce que je crois urgent qu'on s'entende et qu'il sorte quelque acte de sagesse de ce Congrès; l'ahsence du représentant de l'Angleterre eût seule beaucoup nui. Donnez-y de bons conseils en notre nom, faites-y de bonne besogne pour nous et pour la civilisation de notre pauvre espèce humaine, et comptez que nos vœux et notre intérêt le plus vif sont pour vous. »