PREMIERS EMBARRAS DU MINISTÈRE
avec les Débais, prendre le premier rang parmi les plus ardent» démolisseurs du gouvernement des Bourbons. On a vu, un peu plus tard, ceux qui s'étaient associés à leur politique, s'unir aux ennemis du trône dans les élections de 1827, voter avec eux, se porter garants de la fidélité au Roi des hommes qui l'ont proscrit et recevoir d'eux en échange des certificats de civisme etde constitutionnalité. Comment ne pas conclure que loin de mériter le blâme pour n'avoir pas suivi les conseils de M. de Chateaubriand, le ministère fit preuve de sagesse et de pénétration, qu'il servit fidèlement tes intérêts du Roi comme ceux du pays?
Le ministère royaliste, appelé au pouvoir après six années passées dans l'opposition, avait à remplir une tftche difficile, pour ne pas dire impossible. La plus grande habileté, la fermeté la plus imperturbable, la constance et la tenue la plus inébranlable, lui étaient commandées. La Restauration, venue à la suite de l'invasion et de l'occupation du territoire par les armées étrangères, était entourée d'institutions nouvelles, dictées par des révolutionnaires habiles, imposées par des cabinets étrangers imprévoyants ou perfides, sans cesse interprétées depuis six ans dans le sens le plus contraire aux intérêts monarchiques, le plus hostile aux partisans de la légitimité. Le Roi régnant avait montré, avec l'esprit le plus brillant, la dignité la plus noble, le caractère le plus élevé, une incurie, un abandon, une faiblesse envers ceux qui l'approchaient, une indifférence sur le fond des affaires les plus importantes, qui faisaient retomber sur les ministres tout le poids du gouver-
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s FÉVRIER 1622.
nement. Le pouvoir d'emprunt qu'ils tenaient du Roi, si récemment confié à une direction complfetement opposée à la leur, était un instrument bien faible contre de tels obstacles.
Ce ministère se trouvait formé presque au début d'une session commencée sous de fâcheux auspices, par un acte du caractère le moins royaliste, une adresse insolente votée par le concours de la gauche et de la droite dans la Chambre des députés. Le précédent cabinet avait demandé la dissolution de cette Chambre an Roi, qui en toute autre circonstance n'eût pas manqué de s'y prêter, comme il le fit avec bien moins de raison par l'ordonnance du 5 septembre 1816. Deux motifs restés inaperçus en décidèrent autrement. lis se rattachaient à un ordre d'idées et à des sentiments qui n'étaient pas d'une nature très rassurante. Le favoritisme, cette faiblesse particulière à un monarque d'ailleurs si spi* rituel et si plein de dignité, avait changé d'objet. M. Decazes était oublié. M~° du Cayla, femme distinguée qui joignait à ime remarquable intelligence les sentiments les plus royalistes, l'avait remplacé. Puis le ministère sans portefeuille, que M. de Corbière et moi avions occupé durant la précédente session, avait familiarisé le Roi avec notre priîsence au Conseil. 11 avait ce faible de redouter les hommes qu'il ne connaissait pas ; il conservait les ministres auxquels il était accoutumé, ne fûL-ce que pour éviter de voir dans son Conseil des visages nouveaux.
Ces motifs, avec les résultats de la loi d'élection, favorables aux royalistes auxquels elle venait de
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