PREMIERS EHBARBAS DU MINISTÈRE
donner une majorilé et en promettait l'accroîssemeat à chaque élection partielle, déterminërent la résolution du Roi, déjà mal disposé envers le duc de Richelieu. L'influence russe se faisait trop sentir avec lui pour que Sa Majesté ne s'en trouvât pas
Cependant le Roi avait été profondémeut ofTensé de l'adresse votée par les amis de son nouveau ministère. Aucun des députés de la droite qui avaient trempé dans ce vote, n'eût été accepté par lui dans SOT conseil. Nous fûmes donc, M. de Corbière et moi, les seuls ministres députés pouvant y représenter le côté droit. M. Peyronnet appartenait au centre droit et était encore à peine connu dans la Chambre. Tous les autres furent pris parmi les pairs. MiM. de Montmorency et de Bellune étaient franchement de la droite. M. de Clermont-Tonaeire appartenait aux cardinalistes ou pairs du centre droit.
Aux inconvénients de cette composition se joignaient des difficultés personnelles. J'avais, dès les premier jours de la Restauration, protesté contre la charte dans un écrit très connu. M. de Montmorency avait, à l'Assemblée constituante, voté avec les démagogues l'abolition des titres et des distinctions nobiliaires; ses opinions actuelles, très franchement royalistes, étaient trop en contraste avec ce premier acte, pour ne pas lui attirer la rancune des libéraux. Chacun de nous, bientôt attaqué directement, à c ■■ sujet par des députés de l'opposition, sut repousser ces reproches avec assez de netteté pour qu'on ne fût plus tenté de les reproduire. M. de
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Monlmorency rejeta loyalement sur son extrême jeunesse une erreur qu'il déplorait et s'efforçait de réparer. Je déclarai que ma protestation étaut antérieure à l'octroi de la Charte avait été faite dans la limite de mes droits, mais qu'il n'y avait plus aucune conséquence à en déduire depuis que cette charte avait été promulguée par le Roi.
Deux genres d'obstacles, plus difficiles à surmonter, venaient hérisser de périls la marche de la nouvelle administration. L'un tenait à la composition révolutionnaire ethoslile à ta légitimité de laChambre des pairs, telle que l'avaient faite Talteyrand et Decazes, et qu'avait par surcroît dotée d'une plus grande liberté de nuire le privilège de transmission héréditaire. L'autre venait de l'extension à tous les journaux et écrits périodiques de l'article de la Charte sur la libre publication des opinions par la presse ; elle avait été admise par voie d'interprétation, dès 1814, dans la discussion des Chambres, qui achetèrent, par la concession temporaire de la censure, l'admission d'un principe dont l'effet devait être mortel pour un gouvernement aussi mal constitué que l'avait été celui de la Restauration.
Le nouveau ministère avait trop constamment protesté contre l'abus fait par M. Decazes de l'arme de la censure, pour qu'il lui fût possible de la conserver. Aussi son premier acte fut-il de retirer la demande faite par ses prédécesseurs pour en prolonger l'existence de cinq années. Son projet rendait au contraire la liberté aux journaux, mais avec des précautions plus efficaces, une pénalité plus sévère, unejuridiction plus forte et plus rationnelle;
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PREMIERS EMBARRAS Dl) HIMSTËRE. 11
enfin en réservaat la faculté de revenir à la censure par ordonnance dans l'intervalle des sessions, si les circonstances paraissaient le rendre nécessaire. S'il était besoin de justifier cette mesure aux yeux des hommes qui regardent l'action des journaux comme un dissolvant auquel aucun gouvernement ne saurait résister, on pourrait dire qu'il n'y avait pas alors la liberté du choix. La majorité des députés, peu confiante dans les déterminations duRoi, et redoutant de le voir rappeler M. Decazes après la session, n'eût jamais consenti à accorder la censure pour un seul jour au delà de ce terme. On pourrait ajouter que si la liberté des journaux est anti-gouvernementale et an ti -monarchique, la nécessité pour le gouvernement de solliciter l'octroi de la censure auprès des Chambres, qui ont soin d'en limiter la concession au délai le plus court, est également pénible, asservissanle et dangereuse. Tout considéré, on reconnaîtra que la mesure adoptée devait, malgré ses inconvénients, paraître plus digne et plus loyale qu'une autre, lors même que la nouvelle administration n'eût pas été pour ainsi dire contrainte à prendre cette décision.
Les débats sur ce projet de loi s'ouvrirent le ï février. Je dois avouer que dans la discussion générale j'ai soutenu deux graves erreurs : l'une, qu'il serait facile au pouvoir d'empêcher les cours royales d'abuser du droit nouveau que le projet leur conférait; l'autre, qu'on pourrait sans danger faire cesser lacensure dans le cas de dissolution des Chambres. J'exprimais loyalement ma pensée, mais je ne montrais pas la prévoyance d'un homme d'État. J'en ai
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éié sévèrement et personneLlemeat puni : c'est le résultat inévitable des fautes en matière de gouvernement. Le général Grandjean me le prédit, en citant les propres termes d'un discours que j'avais prononcé à ce sujet le 12 décembre 1817.
Il faut dire aussi que la situation faite au Roi et au pays par ce qui avait eu lieu précédemment, était telle que tout ce qui, par sa nature, est institué et établi pour la défense des intérêts publics, se trouvait alors combiné et organisé dans des vues de faction et d'opposition à la dynastie, dans un sens contraire à la force et à la stabilité du gouvernement. Ainsi, ce qui aurait été vrai dans un état de choses régulier et normal, devenait erroné à l'application, faute de trouver des hommes disposés à remplir leur devoir, au lieu de se livrer sans retenue et sans pudeur à toutes les passions qu'inspire l'esprit de parti.
Les choix hostiles et perfides faits dans la magistrature au lendemain de l'épreuve des Cent jours, rendus irrévocables avec tant de précipitation par M. Barbé de Marbois, devaient rendre illusoire la juridiction des cours royales. Après l'acquittement scandaleux des perturbateurs, on vit la cour de Paris aller jusqu'à la tentative de rendre les troupes chargées du maintien de l'ordre, responsables des troubles des rues Saint-Denis et Saint-Martin en 1827. Mais où s'adresser pourtrouver mieux? On ne pouvait espérer une plus sûre justice des jurés, quand il s'agissait d'atteintes au bien public portées par l'arme qui captive le plus la sympathie du public en général. Avec la Cour des pairs, plus mal composée encore, sous ce rapport, que les cours royales elles-mêmes,
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