LETTRES DU HARÉCMAL DUC DE BELLUNE
pas me reconnaître comme major général de l'armée et de maintenir en cette qualité M. le lieu tenant-général comte Guilleminot. Le prince, s'autorisant de la faculté que cette lettre lui donne, de faire h ce sujet les dispositions qu'il jugera convenables, me propose, si je veux rester à. Tarmée, une condition nouvelle, moins admissible encore que celle dont j'ai eu l'honneur d'entretenir V. Exe. par ma dernière dépêche. Ce n'est plus les fonctions de major général , réglées journellement par le prince et M . le général Guilleminot, qui me sont ofTerles ; le titre honorifique, mais nul et dérisoire, de commandant en second de l'armée, est le dédommagement qui m'est présenté. Je fais observer, mais en vaiu, que ce titre sans fonctions n'a aucun rapport avec I4 mission qui m'a été confiée ; qu'en l'acceptant, les intentions du - Roi et de son Conseil ne seraient pas remplies; qu'enlin je n'ai pas été envoyé à l'armée pour être le témoin passif de ses opérations, maïs bien pour y participer directement en ma qualité de major général. Ces réflexions simples et vraies ne sont pas écoutées, et la nécessité de me retirer est aujourd'hui dans toute son évidence. Agir autrement serait de ma part une imprudence et porterait peut-être te trouble dans l'armée, ce qu'il faut éviter. Mais pour atténuer autant qu'il peut dépendre de moi l'elfet de ma retraite, je me propose de voir les troupes, de prendre des notes sur leurs besoins et de les accompagner au passage de la Bidassoa. Je ne les quitterai que lorsqu'elles seront en pleine marche en Espagne et au delà d'Irun. Je parcourrai ensuite la ligne jusqu'à Perpignan, où je verrai également le
:,q,t,=cdbïGoogle
4* corps, ainsi que ses approvisionnements do toute espèce. Je ne vois que ce moyen de détourner l'attention de la malveillance sur ce qui se passe ici, et de l'empêcher d'en tirer parti à notre désavantage.
i< L'armée franchit décidément la Bidassoa le 7 du courant. Diverses circonstances se sont opposées à ce qu'elle la passât plus tôt. Celle armée est une des plus belles que la France ait eues depuis longtemps; elle est animée du meilleur esprit et tout fait espérer qu'elle remplira honorablement l'objet de sa destination. Agréez, etc.
« Le harécual de Bellune. »
ccxcvii. — s. a. b, monsmur au comte i)e viixèle. •• Veadredi matin i avril.
i< Je m'empresse à vous communiquer, mon cher Villèle, la lettre de mon fils. Vous me la renverrez après l'avoir lue, afin que je puisse ta montrer au Roi.
« Il faut attendre à présent les réponses de mon fils aux lettres que nous lui avons écrites le lundi 13 mars, et nousnepouvons les rer.evoir quedimanchc au plus tôt. Vous verrez que mon fils a cru nécessaire de maintenir Guilleminot dans ses fonctions et qu'en attendant il a empêché le duc de Bellune de repartir.
n Si vous venez tantôt chez le Roi avant les Chambres, vous passerez un moment chez moi.
« Bonjour, mon cher Villèle.
:,q,t,=cdbïGoOglc
LETTRE DE S. A, R. M"' LE ftUC DAXGOULÈHE. 309
CCXCvni. — 3. A. R, M°" LE DUC d'aNGOULÊMB Af COMTE DE VILLÈLE.
« Bafonne, « 4 avril 1823.
« Monsieur le comte de Villéle,
« J'ai reçu hier vos denx lettres du 31 , Je resterai avec l'armée et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour bien servir le Roi. J'ai offert an duc de Beltuae le commandement en second de l'armée sous moi, en gardant Guilleminot comme il est; il t'a refDsé, m'a témoigné être pénétré de mes bontés, et compte repartir incessamment pour Paris y reprendre ses fonctions, où il peut être utile au Roi, après avoir vu par lui-même combien il a été trompé sous le rapport des vivres et des transports. Vous m'autorisez à prendre beaucoup sur moi, cela est nécessaire et je le fais.
« l' Le crédit de deux millions quatre cent mille francs, ouvert par le ministre de la Guerre à rintendanten chef pour le service d'avril, a été reconnu insuffisant. Les rapports des divers chefs de service que je viens de rassembler, et les demandes de l'intendant en chef pour ce même mois, ont porté l'évaluation des besoins à six millions ; il est nécessaire que celte somme soit assurée aux caisses de l'année avant son départ et je viens de donner des ordres en conséquence.
t( i° Je viens d'ordonner que les fonds sans emploi dans les caisses des régiments soient déposés dans les caisses de la Trésorerie de l'armée, et qu'il soit
:,q,t,=cdbïGoogle
310 AVRIL i823.
remis aux régiments, en remplacement de ces fonds, des traites du caissier central payables à Paris, avec faculté de les faire payer, selon les besoins des régiments, aux caisses de la Trésorerie de l'armée.
« 3° Nous avons fait avec Martignac quelques changements à la proclamation : je la joins ici ainsi que mon ordre du jour.
K 4° Nous n'avons encore rien fini par rapport à la régence, ou gouvernement provisoire d'Espagne. Martignac y travaille du matin au soir ; mais il faut qu'il ait assez de pouvoir pour ouvri» un emprunt, car de payer les Espagnols sur leurs demandes est impraticable, et coûterait plus cher que notre armée.
i< Je vous renouvelle l'assurance de mon estime particuhère.
ccxcix. le comte de villéle a s. a. r. m" lk duc
d'ancoulème,
« Pat'is, le '6 avril à 5 h. du soir.
« Monseigneur,
i( J'arrive de la Chambre des pairs, je n'ai qu'un moment avant le départ de l'estafette pour accuser réception à V. A. R. de sa lettre du 31 mars.
« Nous nous réunissons en Conseil ce soir par ordre du Roi, afin de délibérer de nouveau sur la destination ultérieure de M. le maréchal duc de Bellune.
« Je ne puis encore que donner à V. A, R. mon opinion personnelle, je pense que vous devez être autorisé par le Roi à garder Guilleminot pour le
:,q,t,=cdbïGoOglc
LtiTTRES DE H. D£ VILLÈLE. 311
major général de l'armée avec laquelle vous allez passer la Bidassoa ; que M. le maréchal peut dans la même qualité, mais plus générale, rester en France, d'abord pour y diriger toutes les troupes que vous laisserez en arrière de vous du côté de Bayonne, puis de celles qui doivent agir en Catalogue, et qu'après avoir ainsi vu s'elTectuer le départ de toutes nos troupes, M. le maréchal reviendrait à Paris reprendre son ministère ; ce qui concilierait les égards dus à un acte du gouvernement, à M. le maréchal, et la justice due à M. Guilleminot, comme la condescendance aux désirs de V. A. R.
« J'aurai l'honneur d'en écrire plus positivement demain à V. A. li. que je prie d'agréer l'hommage, etc.
ccc. le comtk de villèle a s, a. r. m»" le duc
d'angouléme.
« Paris, le 3 avril ISâ3.
(( Monseigneur,
« J'ai mis sous les yeux du Roi «ne lettre de M. le maréchal duc de Bellune du 2 de ce mois, par laquelle il rend compte de la disposition que V. A. R. lui aurait ofTerle de prendre à son égard ; lui donnant les fonctions de major général et faisant exercer par M. Guilleminot celles de chef d'élat-major. Le Roi approuverait avec satisfaction cette disposition, qui ménagerait tout, dans une situation où les difficultés portaient particulièrement sur ce point.
:,q,t,=cdbïGoOgk'
« J'ai également soumis au Roi l'ordre du jour que V. A, R. a fait publier à l'armée lors de son arrivée; S. M. m'a chargé de vous en témoigner toute sa satisFactiou.
« Permettez, Monseigneur, etc.
.< J" DE ViLLÈLE. >.
ceci. — LE GÉNÉRAL COMTE GLILLEMIXOT AU COUTE DE VILLÈLE.
« Bajonne, le 5 avril 1823.
« Monseigneur,
« La lettre que V. Exe. m'a fait l'honneur de m'adresser le 31 mars dernier, celles de MM. de Chateaubriand et de Clcrmont-Tonnerre, vos coUfegues, ne me laissent plus d'autre soin que celui de prouver par mes actions au Conseil de S. M. que mon dévouement au service du Roi est entier et inaltérable. S'il avait pu s'accroître, c'eût été dans cette circonstance si fatale d'abord, et qui m'a procuré si tôt tant de témoignages de confiance et de bonté. Celle de S. A. R. M"' le duc d'Angoulème, sa bautc et énergique protection, m'ont profondément touché, et je n'éprouve plus d'autre sentiment sur cette aiïaire que celui de la plus vive reconnaissance. Je pars, Monseigneur, avec l'espoir que mes services en fourniront la preuve et que je remplirai à la satisfaction du Conseil de S. M. les fonctions difficiles qui me sont confiées. S. Exe. le duc de Bellune a pu se convaincre par lui-même que je n'avais rien avancé que d'exact sur l'état des choses à mon arrivée ici. Depuis, nous sommes parvenus à réu~
:,q,t,=cdbïGoOglc
LETTRES DE M. DE VILl.ÈLE. 3(3
nir de quoi suffire aux premiers besoins et nous commeoçoDS avec tout espoir de succès. Je suis, etc.
" Le major général, « Comte Giilleuinot. »
cccil. — ■ le comte de villèi.e a s. i. r. m»» le duc d'akgoiji.éme.
tt Paris, le C avril 1823, à 3 beures du soir.
Monseigneur,
« J'ai écrit bien à la hâte hier à V. A. R. au sortir de la Chambre, où, grâce à Dieu, on ne nous laisse pas un jour de repos, mais où la majorité ne se fixe que davantage à seconder les vues du gouvernement.
u Nous avons reçu une lettre du 2, de M. le maréchal, qui nous disait que Y. A. R. était disposée à lui laisser remplir les fonctions de major général, en conservant M. Guillerainot comme chef d'élat-major; c'est l'arrangement que je soutins être le plus convenable dans le Conseil où fut décidé le départ du maréchal; c'est ce que je lui recommandai de faire par la lettre que je lui écrivis par son fils le lendemain de son départ; enfin, c'est ce que le Roi et le Conseil ont reconnu hier comme la chose la plus raisonnable à faire; nous apprendrions tous avec la plus vive satisfaction que c'est ainsi que tout s'est terminé.
« Nous n'avons aujourd'hui que l'exemplaire envoyé au ministère de l'Intérieur de votre proclama-
:,q,t,=cdbïGoogle
3U AVBll, 182Ï.
tîon aux Espagnols, et la lettre du 3 de M. Guilleminot au ministre de la Marine.
V Nous ne pouvons hâter autant qu'il le désire l'alîaire de M. de Lostende: il y va de la justification de cet officier lui-même ; il ne suffit pas que l'on ne trouve encore rien dans sa coaduite qui ail autorisé cette fatale adresse, il faut encore, s'il se peut, que l'instruction permette d'expliquer d'une autre manière cet inexplicable envoi.
« Je vous assure que rien n'est épargné pour parvenir àconnaitre la vérité sur ce point et qu'aussitôt que la marche de la procédure permettra, comme nous le désirons tous, de reconnùtre et proclamer l'innocence de M. de Lostende, il n'y aura pas un instant de perdu. Le télégraphe a déjà joué ce matin de Bordeaux jusqu'ici. Nous nous trouvons heureux d'avoir ce nouveau moyen de communication avec V. A. R.
« Monseigneur n'oubliera pas que le Roi s'en remet entièrement à lui des moyens k prendre à l'égard des Espagnols, soit pour la junte do gouvernement, soit pour les mesures relatives à l'intérieur de l'Espagne; vous seul pouvez juger ce qui peut être utile à laYéussite de l'opération qui vous est conliée.
'< Permettez-moi, Monseigneur, etc.
" J" DE VlLLÈlE. »
:,q,t,=cdbïGoOglt'
ccciii. i.e comtf, de villële a h. a. r. m" le duc
d'axgoulëhe.
« Paris, ie 7 avril 1823, à 5 beares du soir '. i< Monseigaeur, '< J'ai mis sous les yeux àa Roi la leUre que vous m'avez fait l'honneur dem'écrire le5 de ce mois. S. M. salisfaite de l'offre que vous avez faite à M. le maréchalduc de Belluneducommandemenl en second de l'aroiée, el approuvant que vous consenlez à M. le général Guilleminot la confiance qu'il justifie si bien, a vu avec satisfaction que M. le maréchal inspectât l'armée qui passe en ce moment la Bidassoa sous vos ordres, ensuite toutes les troupes qui bordent I lesPyrénéeSgenfinl'arméedeM.IemaréchalMoncey, et qu'ensuite il revint ici reprendre son ministère; I ainsise trouvera repUtrée une opération dont V. A. R. j nous anrapardonné les ennuis, en raison de l'importance que lui donnait la manière dont, bien sans notre participation, elle avait été engagée.
« Ne songeons plus qu'à réussir dans la grande entreprise confiée à V. A. R. Plus que tout autre vous pouvez la décider, Monseigneur; nous serons heureux de contribuer par notre zèle et par nos soins à vous fournir les moyens d'assurer vos succès.
i< 1" L'ordre est expédié depuis plusieurs jours
I I. Au sortir de la séance de la Chambre, où ont éié volés déjà
I les budgets de la Justice, dos Affaires étrangères ei la moitié de
celui de l'Inlérieur; celle Chambre aura probablement terminé se»
«•péralions le 13 de ce moia.
dbïGoogle
pour que le payeur général ait à sa disposition les sis millions demandés pour accompagner l'armée en Espagne.
u 2° V. A. R. a pris une excellente mesure eo faisant verser à la caisse centrale tous les fonds épars dans les caisses des divers corps ; les traites tirées sur le Trésor pour cet objet seront toujours exactement payées.
*( 3° Les changements faits à la proclamation ont l'approbation de S. M.
« 4° Il est impossible d'accorder à qui que ce soit l'autorisation de traiter d'emprunts pour les £spagnols; V. A. R. doit se tenir tout à fait en g^arde contre les propositions de cette espèce dont elle sera obsédée; il en résulterait la ruine du crédit de l'Espagne. Un certain intrigant, M. Ouvrard, est parti pour Rayonne et eberchera par tous les moyens à nouer là des opérations, soit de fournitures, soit d'emprunts, pour lesquelles il a été repoussé ici; je conjure Monseigneur de s'armer de méfiance et de sévérité contre lui et ses semblables, qui se mettent ainsi à la suite des armées et finissent par faire la bonté et le désbonneur de leur administration.
<i Je dirai aussi à Monseigneur que je suis déjà assez peu édifié de la conduite de son intendant général ; je reçois de la Guerre une communication qui m'annonce que cet administrateur ne prétend pas à moins qu'à un supplément de vingt millions pour la dépense de l'armée. SI la demande est sérieuse, cet bomme est fou, et où croit-il que nous puissions trouver de pareils suppléments et qu'en veut-il faire ?
:,q,t,=cdbïGoogle
LETTBE l*r MARÉCHAL DL'C DE BELLl~!(E. 317
Je ue saurais trop répéler à MoDseigneur qne s'il ne se méSe des hommes qoi lai conseilleront des dépenses exagérées et s'il ne nous renvoie, sans se gêner, cens qui ne porteront pas dans les dépenses de l'armée l'ordre et l'économie nécessaires, une ombre d'autant plus aperçue qne les formes de notre gouvernement la Feront mieux ressortir, affaiblira l'éclat de la gloire dont vont se couvrir, les troupes confiées à son commandement.
« La nouvelle du passage de la Bidassoa par l'armée de Monseigneur vient de faire monter nos rentes à 79 tr. 30.
« Les Français aiment à savoir où ils en sont.
« J*airhomieurd'étre,Monseigiieur,deV.A.R.,etc.
. J- liE ViLLÈLE. "