LETTRE DE
cerne, des frais relatifs à l'administration de l'armée. J 'ai dû être et j'ai été tout à fait étranger aux marchés et aux conventions qui s'y rattachent, et je n'ai su le traité fait avec M. Ouvrard que deux jours après qu'il a été souscrit. J'en ai assez vu cependant de la situation de l'armée au moment où ce traité a été passé, pour être convaincu qu'il a été commandé par la plus impérieuse nécessité, etque les ressources que M. Ouvrard a offertes, et a seul offertes, ont retiré le prince de la plus f&cheuse position du monde.
« Je laisse à ceux que ce soin regarde, la lâche de vous faire connaître tous les détails de cette position ; je me borne à vous exprimer la conviction d'un homme tout à fait étranger à l'affaire, mais qui a vu et qui parle avec connaissance de cause. Je ne vous en aurais même rien dit, si je n'avais vu, dans votre dernière lettre, que S. À. R. a daigné me communiquer, la manifestation tardive de votre éloignement pour un marché avec M. Ouvrard.
« Je passe au point qui me touche de plus près. L'exécution du traité fait avec M. Ouvrard et le paiement de la solde de l'armée française absorbent à peu près les sommes mensuelles mises à la disposition du prince.
» Dans une pareille situation, que deviendra le gouvernement provisoire et que deviendra surtout l'armée royaliste d'Espagne?
« Le pays n'offre aucune ressource pécuniaire. Le gouvernement des Cortès est obéré et dénué. La junte royaliste n'a et ne peut avoir aucun moyen de suffire à ses dépenses : V. Exe. le sait déjà.
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« On a promis aux chefs royalistes de traiter leurs corps comme les troupes françaises. Ces corps se grossissent chaque jour. Le ji^énéral Quesada avait six cents hommes; il annonce que des volontaires lui arrivent de toutes parts; le baron d'ÉroIes en aura quinze ou dix-huitcents. Le général d'Espagne, le général Longa se recrutent chaque jour.
H Quel parti faut-il prendre avec ces divers corps? Faut-il les laisser sans vivres, sans solde, sans ha^ bits ? C'est rendre inévitable le pillage des provinces où ils se trouvent, et compromettre les heureuses chances de succès qui s'ouvrent pour nous ; c'est, de plus, manquer à un engagement qu'on assure avoir été pris envers les chefs, quoique S. A. R. m'ait annoncé tout à l'heure encore qu'elle n'avait aucune connaissance officielle de cet engagement.
(' Faut-il solder, entretenir, habiller, nourrir cette seconde année ? Mais si les fonds mis à la disposition du prince suffisent à peine au paiement de l'armée française, avec quelles ressources satisfera-t-on aux besoins de l'armée espagnole?
i( Cependant elle demande, elle insiste ; elle commence à se plaindre, et si on répond à ses plaintes par des refus, ces refus amèneront un mécontentement dangereux.
« Voilà, monsieur le comte, un point bien important de notre position que je vous supplie de méditer et d'éclaircir. Que voulez-vous faire pour le gouvernement et pour l'armée espagnole, et jusques à quand voulez- vous étendre le sacrifice que vous déterminerez ?
«Dansles premiers mois, le gouvernementqui sera
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