‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 99 sur 130 · CCCXXXVII. — M. DE MABTIGNAC AU COMTE DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

CCCXXXVII. — M. DE MABTIGNAC AU COMTE DE VILLÈLE

« ViUoria, le 28 ami 1823.

« Monsieur le comte, je vois par les discussions de la Chambre et par ce que V. Exe. écrit à S. A. R. que les actes de la junte vous donnent de l'embarras et de l'inquiétude. Je crois cette inquiétude peu fondée et il me semble que les explications les plus simples devraient suffire pour repousser, soit les atta. ques de l'opposition française, soit les plaintes du gouvernement anglais.

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« La junte provisoire n'arrête rien, ne règle rien pour l'avenir; aucun de ses actes n'a un caractère dé- Bnitif; elle administre transi toirement et voïlh tout. Les déclarations qu'elle a faites dans sa proclamation, ne sont qu'une explication de sa conduite et nullement des règles qu'elle a voulu imposer ou fixer.

« Le roi de France avait dit dans son discours d'ouverture de la session qu'au roi d'Espagne seul appartenait le droit de donner des institutions. La junte est partie de ce principe et elle a dit que, quant à eik et provisoirement, elle regardait comme n'exis tant pas ce qui a été fait sans le libre concours du roi. Cette déclaration ne préjuge rien sur ce qui sera régulièrement arrêté à Madrid, ou par le roi, ou par un gouvernement établi, et dés lors je ne vois pas quel sujet de plainte fondé elle peut fournir. Il me semble que cette explication donnée, ou à la Chambre ou dans les journaux, aurait 6té tout prétexte d'inquiétude.

H C'est un véritable malheur, je ne puis trop le répéter, que l'obligation de prolonger notre voyage et le provisoire, qui doit durer autant que lui. Nos opérations militaires y gagneront apparemment sous le rapport de la sécurité; nos opérations politiques ne peuvent qu'y perdre,

n Je sens très bien que la junte doit faire le moins d'actes possible, et je vous assure que je passe ma vie à le lui faire sentir. Cependant il faut bien qu'elle agisse ; il faut qu'elle fasse nommer les fonctionnaires, qu'elle prenne les mesures de police et de sûreté. Tout cela doit être fait, et ne peut être fait

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que par elle, puisque cela touche à l'admiaislration du pay3.

« Ces inconvénients inévitables vous feront regretter peut-être que la junte provisoire ait été substituée à un simple Conseil. £hbieD! soyez assuré querétablissementdece Conseil aurait eu des inconvénients plus graves; que le pays voit dans l'érection d'un gouvernement espagnol agissant par luimême, la véritable garantie de vos promesses, et qu'un Conseil présidé parle prince et n'agissant que sous son autorité directe, n'aurait paru qu'un jeu et un simulacre.

i< Pour Dieu ne croyez pas que tout soit simple et facile ; nous nous décidons par le plus petit nombre d'inconvénients, mais presque jamais par le plus grand nombre d'avantages. Nous allons, du reste, le plus sagement que nous pouvons, et malgré le retard, nos affaires intérieures ne se gâtent pas encore.

" Débarrassez-nous toujours des Anglais: nous nous chargeons du reste. Soyez sûr que nous ne leur fournirons de notre côté aucun prétexte d'attaque.

« Ceci me ramène au comte d'Amarante; de nouveaux avis nous ont appris qu'il était encore dans la province de Valladolidet qu'il annonçait vouloir opérer sa jonction avec le corps du général Quesada. Les mêmes avis nous apprennent qu'un corps de Portugais constitutionnels serait à sa poursuite. Mais d'autres renseignements nous font douter de cette partie de la nouvelle ; il paraîtrait, d'après ceuxlà, que Régo serait venu se montrer avec MoriUo, et serait ensuite rentré sur le territoire portugais. Je

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