‹ Mémoires et correspondancesChapitre 45 sur 97 · SAINT-LAMBERT A SUARD · texte numérisé non relu

SAINT-LAMBERT A SUARD

« Eaubonne, 26 mai (1772).

» Je reçois dans ce moment une lettre de M. de Beauvau, monsieur, qui m'apprend qu'à la suite d'une longue conversation qu'il a eue avec le roi, il ne doute plus que le roi ne vous déclare éligible à la première occasion, et que cette déclaration ne soit communiquée sur les registres. Cela ne fera sûrement aucune difficulté pour l'abbé De Lille, et j'espère que cela n'en fera pas pour vous, quoi qu'on travaille à la cour à vous nuire autant qu'on le peut. Voici une partie de la lettre de M. de Beauvau que je vous copie :

* Un homme de la cour m'a dit qu'il était sûr que détoit Le Tourneur et compagnie qui avoient fait la traduction de Charles V, et que cela occasionnait, un procès pendant à la librairie entre eux et lui, que c'étoit Marin qui l'acoit dit à lui qui me parlait.

» Nous pensons qu'il est indispensable que vous réfutiés cette calomnie et écriviés à ce sujet au prince une lettre qu'il puisse montrer. N'y manques pas aussitôt que vous aurés reçu la mienne.

» Il n'a pas tenu à moi qu'on ne demandât qu'aux deux premières élections, vous fussiés reçu sans élection nouvelle; on l'auroit aussi aisément obtenu qu'une déclaration que vous serés éligible, déclaration que le maréchal ne vouloit pas même qu'on demandât de si tôt, et M. de Paulmy vouloit qu'on ne la demandât qu'après tous avoir exhortés tous deux à vous rendre dignes par cotre conduite d'être de l'Académie.

» Adieu, je vais oublier toutes les vilainies de nos ennemis et de nos amis. Mille compliments à votre femme. Quand viendrésvous me voir?

» M. de Beauvau a dit au roi sur ma parole, qu'il y avoit eu un chancelier de France qui l'avoit été à 32 ans. Je suis trèssur de ce fait ; mais j'ai oublié le nom du chancelier. Si vous le trouvés, envoiés-le à M. de Beauvau. »

Je crois que Saint-Lambert s'abuse quand il dit qu'on aurait pu obtenir du roi plus qu'une simple déclaration de rééligibilité à la première occasion. On a vu par la conversation du prince de Beauvau avec le roi, combien cela était impossible. Mais lorsqu'il dit que le duc de Richelieu ne voulait même pas qu'on demandât cette déclaration, il fait assez voir que ce personnage, persistant dans sa rancune, se démasquait chaque jour davantage, et justifiait

de plus en plus la méchante opinion qu'on avait eue de son rôle dans cette ténébreuse affaire.

Conformément à l'avis de Saint-Lambert, Suard écrivit au prince de Beauveau cette lettre dont il garda le brouillon :

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