‹ Mémoires et correspondancesChapitre 5 sur 97 · LE MARQUIS DARGE.NSON A MONSIEUR DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DARGE.NSON A MONSIEUR DE VOLTAIRE

Ce samedy (1746).

« Je vous remercie de votre travail, monsieur: je sçays bien que c'est vous bouillit du lait . cependant n'allez pas croire que ce soit affaire preste. Hélas! nous ne bastissons peut-être que des châteaux en Espagne sur un dessein de bastiment fait par un bastisseur sans moyens sûrs. Vous avez mis le plan au

net; vous avez rectifié les proportions et les pilastres; vous l'avez notté en marge comme une pièce de musique, dignement, gravement, gracieusement.

» Après ce qui vient de manquer en Italie, il faut regarder la paix comme le carnaval et la folie, ou comme le chien de Jean de Nivelle, qui s'en va quand on l'appelle.

» J'iray à Paris dimanche au soir jusqu'à lundy matin. Pendant ce tems-là, je seray un jour à Choisy; j'iray mardy à l'Opéra et peut-être vendredy ; je ne me trouveray que les matins chez moy. J'iray voir madame du Chàtelet. Je sçays combien votre jettonnerie est sûre; voulez-vous que je vous fasse votre harangue par représailles de vos travaux diplomatiques? »

Selon Clogenson, le comte de Maillebois, fils du maréchal de ce nom et gendre du marquis d'Argenson, venait d'être associé à Lévêque de Champeaux, alors résidant de France à Genève, mais envoyé secret à la cour de Turin. Ce fut le 17 février 1746 que le comte de Maillebois signa chez son beau-père le traité d'armistice entre la France et la Sardaigne. Mais il arriva trop tard au lieu de sa destination, et l'ambition extravagante de la reine d'Espagne acheva de contrecarrer les vues du ministère français, dont une partie, y compris Maurepas, était vouée alors à la cour de Madrid. C'est à cet échec de sa politique personnelle que d'Argenson fait allusion dans le paragraphe de sa lettre relatif à l'Italie. Et parla jettonnerie de Voltaire, il entend l'élection de ce dernier à l'Académie française, élection qui eut lieu, en effet, le 3 mai de la même année. Quant à la harangue, d'Argenson eût été bien fâché que Voltaire s'en déchargeât sur lui.

Les trois pièces qui suivent sont de Voltaire, et écrites de sa main. La première est un compliment de condoléance adressé au comte de Choiseul , depuis duc de Praslin, alors ambassadeur de France à Vienne, au sujet des succès remportés par le roi de Prusse sur les armées française et autrichienne ; la seconde, adressée au même personnage devenu ministre des affaires étrangères1, est une allusion au pacte de famille, ou alliance conclue entre les maisons royales de France et d'Espagne ; la troisième enfin est une simple note encore adressée à M. de Choiseul, qui venait d'être créé duc et pair, et relative à la fausse ambassade d'un comte de Taleyrand à Moscou et à la Porte, sous Louis XIII.

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