‹ Mémoires et correspondancesChapitre 53 sur 97 · JEAN F....RAXC0IS DE LA HARPE · texte numérisé non relu

JEAN F....RAXC0IS DE LA HARPE

4 Corresp. de Metra, t. IV, p. 339.

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La Harpe avait fait autrefois une épigramme sanglante contre Dorât qui lui avait rendu des services. A peine est- il de l'Académie qu'il renouvelle contre lui les hostilités, en attaquant le Malheureux imaginaire, mauvaise comédie de ce fade auteur. Dorât, indigné, fit insérer, dans l'Année littéraire une lettre où il reprochait à La Harpe sa vanité et son ingratitude : « Des personnes vives, disait-il, ne peuvent souffrir une vanité si insultante, sans être tentées d'appliquer une correction à l'avenant... Quand un nain se piète pour se grandir, une chiquenaude vous en débarrasse. » Une pareille bravade appelait du sang ; La Harpe épargna le sien et ne versa que de l'encre. Mais il en versa tant et de si noire, que l'Académie fut obligée d'y mettre une digue. Elle employa toute une séance à admonester La Harpe sur l'aigreur, la dureté et le mauvais ton qui régnaient trop souvent dans son journal, et qui l'exposaient à des affronts oùl'honneur de l'Académie était compromis. « Nous aimons tous infiniment M. de La Harpe, disait à ce propos le malin abbé de Boismont, mais on souffre, en vérité, de le voir toujours arriver à l'Académie l'oreille déchirée... »

Cette admonestation ne corrigea point La Harpe; au contraire, il en garda rancune à ses collègues, et, comme il en avait laissé percer quelque chose dans des lettres publiées par le Courrier de l'Europe, il se brouilla tout à fait avec eux. Mais le succès des Muses rivales, où il avait représenté l'apothéose de Voltaire, toucha l'Académie. Elle rouvrit ses bras au traître, et lui rendit son amitié. Le Journal de Paris paya les frais de ce raccommodement. La Harpe y était vivement attaqué. Il vint un jour, dans les bureaux de cette feuille, se plaindre, d'un ton pathétique,

qu'on l'eût choisi en quelque sorte pour servir de jouet au public. Les journalistes se moquèrent de lui. Alors, le secrétaire perpétuel de l'Académie, d'Alembert.en personne, alla, dans une de ses petites courses du matin, demander au Journal de Paris de vouloir bien suspendre ses hostilités contre un collègue qui était actuellement en possession de la faveur publique, et dont les amis étaient aussi nombreux qu'ils avaient le bras long. Le chef ne fut pas mieux accueilli que le soldat.

Au lieu de se rappeler en cette occasion ses propres principes, au lieu de respecter dans autrui cette liberté de la pensée dont il se montrait si jaloux pour soi et les siens, d'Alembertse plaignit au directeur de la librairie, qui força le journal à capituler. Tout ce que celui-ci obtint, c'est que lorsqu'il serait question d'une mauvaise pièce d'un académicien, il lui serait permis de dire qu'elle est mauvaise, mais en ayant l'air d'en avoir du regret, et interdit expressément de faire rire le lecteur à ce sujet.

Cette influence du parti philosophique sur l'autorité le mit en goût de persécutions, et il s'en passa la fantaisie toutes les fois que l'occasion s'en offrit. En 1781, il obtenait encore la suspension de ce même Journal de Paris, parce qu'on y avait parlé irrévérencieusement d'une oraison funèbre de l'impératrice-reine, composée par l'abbé de Boismont, ami modéré des philosophes, mais arrivé avec leur concours à l'Académie. En 1 782, ce même parti, blessé de la façon dont le Journal de Monsieur, rédigé par l'abbé Royou, avait rendu compte de la séance de la Saint-Louis, s'était adressé au prince par l'entremise de Ducis, secrétaire des commandements de Son Altesse Royale, pour faire châtier le journaliste. On peignit au

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prince l'abbé Royou comme un satirique effréné; on attaquait ses mœurs, et le prince indigné qu'on abusât de son nom pour répandre un libelle périodique, fit défense à Royou d'intituler sa feuille Journal de Monsieur. Heureusement que le prince reconnut bientôt qu'on avait calomnié l'abbé, et il lui permit de continuer son journal avec le titre primitif.

L'Académie avait besoin qu'on l'arrêtât dans ces entreprises peu honorables pour elle et pleines de périls, et, ce qui est à remarquer, c'est que ce fut l'autorité elle-même dont elle exploitait si audacieusement la complaisance qui lui rendit ce service. L'aventure est plaisante et vaut la peine d'être racontée.

Le 15 janvier 1784, le Journal de Paris publiait la lettre suivante :

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