‹ Mémoires et correspondancesChapitre 57 sur 97 · LEFÈVRE A SUARD · texte numérisé non relu

LEFÈVRE A SUARD

« Passy, ce C messidor an vm.

» Croiez, monsieur, que l'importunité n'a point brigué la lettre que vous ont écrite en ma faveur mesdames de Montesson et Buonaparte. Je me trouvois mêlé dans la foule des personnes qui assistoient aux adieux, que madame Buonaparte venoit faire à madame de Montesson, lorsque celle-ci me faisant passer dans son cabinet, m'a reparlé du désir qu'elle auroit de me voir élu dès les premières nominations, et m'a dit que, conjointement avec elle, madame Buonaparte venoit de se prononcer à ce sujet. J'ai su d'elle encore, monsieur, que c'étoit à vous qu'elles avoient adressé leur vœu, et cette marque de considération si bien placée m'a paru le complément de leurs bontés.

» Madame de Montesson m'a chargé en outre de vous confier en particulier quelques autres rapports, sous lesquels mon élection lui deviendroit agréable. Elle veut aussi que je vous donne à l'oreille, l'explication de quelques barbouillages de plume qui se trouvent à deux endroits de sa lettre, qu'elle n'a point signée, selon sa coutume, et par l'incertitude du nom qu'elle doit prendre. Elle ajoute que madame Buonaparte a signé pour deux, et (je vous rapporte ses propos) que vous verrez suffisamment par la lecture de leurs lettres tout l'usage que vous en pouvez faire, et toute l'ostensibilité que vous pouvez leur donner.

» Je me suis présenté deux fois à votre porte dans l'intention de la satisfaire sur tous ces points. Vos occupations vous avoient éloigné de chez vous, et je ne me suis point fait écrire, parce c'étoit que vous-même que je voulois voir, et non marquer les visites que je vous faisois.

» Permettez-moi maintenant, monsieur, de me recommander particulièrement à vous. Oui, je désire avec ardeur une position qui me mettroit à même de voir et d'écouter souvent les hommes

de France les plus distingués, eux dont je me suis efforcé d'apprendre la langue, et à la considération desquels je ferai contribuer avant tout mes mœurs, ma conduite, mes appuis et peutêtre quelques travaux que jusqu'à des temps plus favorables, je condamnois volontairement à la plus entière obscurité.

» lefèvre. qncien secrétaire lecteur de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans. »

On examina la liste des membres proposés qu'on arrêta, puis, sur la proposition de Boufflers, Target et Ducis, on y ajouta les noms d'Arnault, l'auteur de Marins, de Garât, nonobstant le vilain rôle qu'il avait joué dans la révolution, et de Bernardin de Saint-Pierre, malgré ses épigrammes contre l'Académie. Cela fait, on envoya la liste au ministère.

Cependant Morellet rendit compte à Gaillard, empêché, du résultat de leurs délibérations. Gaillard lui répondit par la curieuse lettre qui suit :

« Mille remerciemens, mon cher confrère; me voilà, grâce à vous, bien au courant. Je vais vous ouvrir mon cœur autant qu'on peut le faire par lettres. Je crois que, vu le malheur des temps et le vuide énorme qu'il y avoit à remplir, on ne pouvoit guère choisir mieux.

» Quant aux puissances, cela étoit de droit, et puis, nous leur devons notre rétablissement; et puis, ce ne sont assurément pas des hommes vulgaires.

» Les gens de. lettres me paroissent ce qu'il y avoit de mieux à prendre, et (entre nous) je m'applaudis de n'y pas voir des gens de la faciende d'Àuteuil dont on nous menaçait fort.

» Garât lui-même étoit aux portes de l'Académie, avant la révolution qui l'a déshonoré et qui en a déshonoré tant d'autres.

» Présentement, tournons la médaille. Supposons que, par un miracle beaucoup moins impossible que ne le paroissoient, dix jours avant la révolution, tous les horribles prodiges que nous avons vus, le maître du logis rentrât chez lui, nous aurions donc à lui présenter : 1° celui1 qui a refusé de défendre son frère (celui-là y étoit et nous ne pouvions pas le chasser) ; mais 2° celui qu'on accuse d'avoir trahi le fils de l'homme par un baiser 2, par un conseil perfide concerté avec les brigands ; celui-là, je crois que vous l'aimez, vous ne le croyez donc pas coupable ! moi , je ne le connois pas même de vue ; j'ai vu de lui des écrits qui annoncent un homme d'esprit et un bon écrivain ; je sens qu'il peut toujours dire : « J'ai donné en conscience l'avis que j'ai cru seul salutaire dans le moment critique; pouvois-je imaginer la profonde malice de ces gens-là? » Il y a contre cela la place qu'il occupoit alors, et ces gens-là savoient bien à qui ils donnoient ou faisoient donner ces places de confiance. 3° Enfin, nous aurions à présenter au maître celui qui a signifié à son frère, à un juste, à un saint, à un martyr, l'infâme arrêt; et, quoiqu'en disent aujourd'hui les amis de Garât, il l'a fait avec plaisir, et toute sa conduite antérieure et postérieure répond à cela.

» Mais nous, notre vrai jeu n'étoit-il donc pas de rester intacts, irréprochables à tout événement, et en état de paroître devant quelque maître que ce fût, sans en avoir jamais offensé un? Ne devions-nous pas compte de notre choix aux honnêtes gens de tous les pays qui auront horreur de ce choix-ci? Nous voilà donc devenus complices du 10 août et du 21 janvier? Pourquoi, si ces messieurs désavouent, comme on le dit aujourd'hui, ces crimes, n'en avoir pas exigé, pour notre décharge, un désaveu public? Quand M. de Voltaire voulut être de l'Académie, il fallut qu'il écrivît au P. de la Tour, c'est-à-dire au public, une espèce

1 Target.

2 Rœdercr.

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de profession de foi, déguisée en critique de la Gazette ecclé- ' mastiqué: Je sais bien que tout cela n'est que de l'hypocrisie convenue, des argumens communiqués; mais enfin nous pourrions dire : « Ils se disent innocens; nous aimons à les croire tels; nous ne sommes pas leurs juges, ni chargés d'approfondir cette triste vérité. »

» Faute d'avoir pris cette précaution, on croira que nous avons la bassesse de vouloir insulter aux mânes du saint roi, du vénérable martyr.

» 0 M. de Lalli-Tollendal ! où êtes-vous? s'il est en France, c'est lui qu'à tous égards, j'aurois nommé le premier. Il est éloquent, bon écrivain et honnête homme.

» Que vous dirai-je, mon cher confrère? Me voilà frappé de glace sur tout ce qui concerne notre rétablissement. Et puis, vous n'avez ni La Harpe, ni l'abbé de Lille. Je sais presque gré à la goutte qui augmente et qui va me laisser du temps pour réfléchir. Je ne sens nul empressement à aller m'asseoir à côté de Garât Carra-Moral. Quand il n'y auroit que cette plaisanterie qui l'a chassé de l'assemblée primaire de 1797, elle prouve assez quels sont à son égard les sentimens du public en liberté.

» Tous pouvez cependant encore sauver un bon conseil à l'Académie. Tous ces bas valets de l'Institut dont nous avons à présent un nombre, vont vouloir introduire à l'Académie comme à l'Institut leurs marques de servitude, leur vile imitation de l'Assemblée nationale, leurs formules moutonnières, leurstupide eitoyénisme, leurs demandes de la parole, toutes ces belles singeries. Apprenez-leur que l'Académie n'imite personne et est faite pour donner l'exemple, que nous avons toujours été des gens de lettres gens du monde, conversant comme les honnêtes gens font dans le monde, sans jamais nous asservira aucune de ces formules pédantesques et puritaines.

^> Adieu, montrés cher et très aimable confrère, in te omnis domus inclinata recunibit.

» A Saint-Firmin, i juillet, près Chantilly. »

Il est impossible de ne pas admirer cette lettre toute remplie des sentiments les plus nobles et les plus chers au cœur de l'honnête homme. Les candidats de la révolution à l'Académie restaurée y sont jugés sévèrement. Mais c'est pousser loin la charité chrétienne que de leur demander le désaveu de leurs crimes, pro forma, avec promesse qu'on n'en approfondirait pas la sincérité. Gaillard le sent bien; c'est, dit-il, de l'hypocrisie convenue. Il se consolait sans doute par cette réflexion, que l'hypocrisie est un hommage rendu par le vice à la vertu. C'est la honte de se trouver en face de pareils hommes qui tient Gaillard en suspens, et qui lui arrache cette touchante prosopopée : « 0 M. de Lally, où êtes-vous? » Parlerai-je de sa répugnance, si naturelle de la part d'un académicien français, à traiter des affaires de la littérature avec des citoyens esclaves des formules et de l'étiquette révolutionnaires? Parlerai-je de sa crainte de voir les usages des assemblées politiques s'introduire dans l'Académie française et y dominer? Cette crainte n'était pas chimérique : d'autres, aussi sages, aussi autorisés que Gaillard, l'ont exprimée depuis et avec aussi peu de succès. Il est des vices non moins scrupuleusement respectés que les traditions, et non moins opiniâtres qu'elles, encore qu'ils ne soient que des nouveautés. L'esprit de corps confond les uns avec les autres, et les dispute aux réformes nécessaires avec un égal acharnement.

La conclusion de cette lettre est que Gaillard ne pouvant approuver la candidature de Garât et de Rcederer, refuse, pour parler comme lui, de s'asseoir à côté d'eux.

Dans le même temps, Suard faisait auprès de Delille des tentatives analogues pour le déterminer à se réunir à

scs anciens collègues. Delillc lui ayant répondu qu'il était dégoûté de gloire, Suard lui répliqua par ce billet aimable et flatteur, niais qui ne persuada pas Delille.

« Si vous êtes assez dégoûté de gloire pour ne plus vous en soucier, n'en privez pas ceux qui en .ont faim et soif et qui meurent d'inanition.

» Votre gloire n'est pas à vous seul ; les rayons s'en réfléchissent sur la compagnie dont vous êtes membre, et la compagnie n'en a pas encore trop de la portion, qui lui en reviendra.

» Ce n'est pas pour vous seul que votre apparition au milieu de nous sera un beau jour, c'en sera un pour tous vos amis. Ne nous privez pas d'un beau jour.

» Je ne sais pourquoi Pline a dit que c'étoit un bien incommunicable. Est-ce qu'elle ne se communique pas du père aux enfans, du membre d'un corps à tout le corps? N'est-ce pas de la gloire de Corneille, de Racine, de Boileau, de Bossuet, de Fénélon que se composoit la gloire de l'Académie. Un seul rival de ces grands hommes communique de sa gloire à la 2e classe de l'Institut. Ne l'en privez pas. »

Cependant l'affaire allait mal. Le premier et le second consul avaient refusé, et l'on n'était pas sûr de l'acceptation de Laplace. Morellet, d'autant plus découragé que, se considérant comme la cheville ouvrière du complot, il se voyait traversé par quelques-uns de 'ses collègues qui prenaient ailleurs le mot d'ordre, s'en plaignit à Suard en ces termes :

« 13 messidor.

» Gaillard m'écrit encore, et m'écrit une fort bonne chose

dont nous pouvons faire notre profit et que vous pouvés dire aux faiseurs qui me laissent là. après avoir bien voulu m'appeller quelquefois à leurs conseils, et qui me paraissent prendre désormais leurs instructions de M. de B. Gaillard me dit donc que pour adoucir à l'Académie ce que le refus du premier consul peut avoir de désobligeant, ces messieurs n'ont qu'à dire qu'il seroit mal que les deux frères fussent dans le même corps, vu la prépondérance qu'ils auroient dans les élections; que c'est pour cette raison que Tbomas Corneille qui avoit sept à huit pièces de théâtre d'un succès éclatant, n'avoit été reçu qu'à la mort et à la place de son frère ; qu'ils auront ainsi l'air de savoir les usages et les principes de l'Académie mieux que nous, et de nous y rappeller. Vous ferés de sa remarque l'usage que vous voudrés.

» Je ne puis m'empêcher de vous dire un mot de l'idée que nous avons eue chacun de notre côté relativement à Garât. Je n'ai point d'éloignement personnel pour Garât, de qui je n'ai jamais approuvé le procédé désobligeant et qui a même, je pense, quelque estime pour moi. J'avoue que je ne conçois pas les raisons sur lesquelles il peut justifier sa conduite politique ; mais il n'est pas question des opinions et de la conduite politique dans un choix académique, et il seroit possible d'en faire abstraction. Mais cette abstraction possible à votre métaphysique et à la mienne, ne l'est pas à plusieurs de nos confrères, qu'ils aient tort ou raison. C'est un fait que l'abbé Delille, l'archevêque d'Aix. l'évêque de Senlis, Choiseul Gouffier, tous gens qui peuvent revenir d'un moment à l'autre, et peut-être Gaillard, ne voudront pas s'asseoir à côté de lui; que ce seul obstacle arrêtera La Harpe à jamais; et que nous ne pouvons pas espérer de le ramener. Or, cela posé, ce ne sera plus l'Académie française qui se rétablira; car si La Harpe, Delille, Gaillard, Boisgelin (qui a du talent), Choiseul, etc., n'en sont pas, voyez, je vous prie, la petitesse et la maigreur du noyau autour duquel

on prétend rassembler les nouveaux: éléments. La besogne est donc înanquée par là même ; ce qui est un mal, sans être en aucune sorte un bien pour Garât qui se trouvera seulement avoir empêché le bien sans profit pour lui. Et en supposant que, malgré son admission, le corps se forme, quelle pomme de discorde apportera-t-il dans celte société ! Ne vaudroit-il pas mieux pour lui-même, mais certainement pour le bien de l'entreprise, qu'il refusât, comme Le Brun, et peut-être comme Laplace? J'ajoute une idée qui me frappe, c'est que si je me trompe dans l'idée que j'ai du mauvais effet de son admission dans ce moment-cy, c'est donc que la majorité de la compagnie pourroit le voir avec plaisir. Eh bien ! si cela est, quelqu'un de ses amis n'aura qu'à le mettre sur les rangs. La compagnie une fois formée, et l'idée qu'on a de ses talents littéraires qui sont bien hors de dispute, le ramènera naturellement et l'emportera sur l'éloignement actuel qu'on a pour lui et que je regarde comme le véritable obstacle à notre résurrection véritable, à une bonne organisation, etc. Dixi. Je vous embrasse. »

La lettre suivante, aussi de Morellet à Suard, écrite peu de jours après, constate une aggravation du mal :

« J'envoie savoir si vous êtes chés vous, parce que je voudrois vous rendre ce que Rœderer vient de me faire di're sur notre affaire, qui va mal, dit-il, parce qu'on s'y est mal pris et qu'on est allé trop vite : ce que nous savons mieux que personne, vous et moi. Joseph, dit-il encore, pense que jamais le projet ne réussira par cette voie. Le premier consul n'en avoit pas eu vent; on l'a obsédé depuis son arrivée. On lui a persuadé que le rétablissement de l'Académie en améneroit de plus importans, etc. Mais, et cecy est important, il dit (Rœderer) qu'il faut tenir bon, qu'il faut s'assembler, etc., et que les ob-

stacles s'aplaniront. 11 me fait prier de l'aller voir le 26. Je veux me concerter avec vous pour convenir de ce que je lui dirai, parce que cela peut avoir des suites. Je ne sors pas avant six heures, si ce n'est pour aller vous voir, si vous-même ne sortes pas. »

D'autre part, les intrigues, les dénonciations, les épigrammes, agissaient de concert, et contre l'Académie, et contre les académiciens. On lisait dans un des libelles publiés à celle occasion :

« Les immortels, aussitôt que leur organisation sera achevée, doivent proposer le sujet suivant pour le prix qui sera distribué en l'an 1801, le 6 janvier, jour de la fête des rois :

» Quelles sont les meilleures écrivisses?

» Les généraux autrichiens pourront concourir. Les discours ne seront pas reçus passé le 8 décembre, jour de la Conception de la Sainte- Vierge. »

Cette plaisanterie renfermait une triple accusation contre les membres de la compagnie que tout le monde s'attendait à voir restaurer : premièrement, celle de royalisme, dont le gouvernement avait le droit, et dont il était de son devoir de se préoccuper; secondement, celle de religion qui, pour n'être plus, aux yeux du pouvoir, un motif de suspicion légitime, n'en attirait pas moins encore, à celle époque, sur ceux qui en étaient l'objet, assez de ridicule pour les dépopulariser ; troisièmement enfin, celle de trahison ou du moins de sympathie pour les ennemis de la France, qui tendait à rendre odieux au peuple les malheureux académiciens accusés.

Sans doule, les honnêtes gens q étaient pas dupes de ces calomnies; peut-être même que ceux qui les répandaient sous cetle forme plaisante n'en comprenaient pas eux-mêmes toute la gravilfe; mais elles étaient prises au sérieux parle plus grand nombre, et de ce nombre étaient certains révolutionnaires qui approchaient familièrement le pouvoir, qui même y participaient, et qui, au besoin, l'espionnaient, l'Institut, les Jacobins purs et les petits littérateurs. Ils harcelaient Bonaparte, revenu d'Italie, après la victoire de Marengo; ils lui rappelaient son attachement à l'Institut; ils lui disaient que la restauration de l'Académie française semblerait annoncer celle d'autres institutions monarchiques. Le consul Lebrun avouait hautement qu'il ne prenait aucun intérêt à cette affaire, et le ministre de l'intérieur, voyant son projet attaqué de tous côtés, après avoir hésité et différé environ sept ou huit jours encore, écrivit à ceux qui attendaient l'effet de sa parole, la lettre suivante :

LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR AUX CITOYENS RÉUNIS EN SOCIÉTÉ LIBRE DE LITTÉRATURE.

« Paris, le 28 messidor an vin de la République, etc.

» J'ai reçu, citoyens, la lettre que vous avésbien voulu m'écrire le 12 de ce mois. Je suis sensible aux témoignages d'estime qu'elle renferme; je les mérite par mon amour pour les lettres et par mon attachement pour ceux qui les cultivent.

» Je vous répète ce que je vous mandois le 21 prairial ; le gouvernement verra avec plaisir se former une société littéraire

dont les travaux: seront dirigés uniquement vers la conservation du goût et la pureté du langage. Vous avés choisi pour associés plusieurs des hommes les plus recommandables par leurs talents et leur patriotisme. Tous réunis, vous donnerés à vos travaux une direction utile. Vous conserverés le goût; vous fixerés l'emploi des mots nouveaux introduits dans notre langue, et en donnant des éditions de nos meilleurs auteurs classiques, vous faciliterés l'instruction de la jeunesse.

» Tel est le but que vous vous êtes proposé ; il est honorable, il est utile. Mais pour l'atteindre, il faut n'être pas arrêté dans la route. Il vous faut des collaborateurs qui, libres de leur temps et de leurs actions, puissent s'occuper avec vous de vos travaux. Les consuls sont chargés de si grands devoirs qu'ils ne pourront vous donner aucun instant, et moi, je suis tellement enchaîné par des obligations de tout genre que j'éprouverois du regret d'occuper une place que je ne pourrois pas remplir.

» Que votre premier soin soit donc, citoyens, de rédiger votre règlement et de le publier. Les ennemis des lettres ont répandu avec affectation que vous preniés le titre d'académiciens francois, que vous vouliez rétablir l'ancienne Académie françoise. Vous connoissés trop bien les lois de votre pays pour prendre un titre qu'elles ont supprimé. Mais la publication de vos statuts répondra à tout. Vos travaux achèveront d'imposer silence à vos détracteurs.

» Le local que je vous ai destiné est prêt. J'apprendrai avec intérêt que vous êtes réunis, et je vous prie de m'instruire exactement de vos progrès.

» Je vous salue. » l. Bonaparte. »

Celte lettre acheva de détruire le peu d'illusions qu'on avait gardées sur le rétablissement de l'Académie Iran-

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çaise. « Elle me soulagea d'une grande peine, dit Morellet, en me fournissant des motifs vraisemblables et puissants de tirer mon épingle du jeu, el en me faisant voir comme tout à fait avorté un plan mal conçu et dont l'exécution avait été mal conduite. » Suard pensa de même, et chacun de son côté écrivit au ministre une réponse concertée, mais qui était définitive. Morellet donne le texte de la sienne seulement; voici celle de Suard, telle que je l'ai trouvée dans ses papiers :

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