‹ Mémoires et correspondancesChapitre 68 sur 97 · A MES CONFRÈRES, MEMBRES DE LA DEUXIÈME CLASSE DE L'INSTITUT · texte numérisé non relu

A MES CONFRÈRES, MEMBRES DE LA DEUXIÈME CLASSE DE L'INSTITUT

« Messieurs et chers confrères,

» Dans notre dernière séance, à l'occasion de l'état fâcheux où se trouve notre confrère, M. Domergue, on a remis sous vos yeux un article du règlement du 7 floréal an xi, relatif aux pensions attribuées aux huit membres les plus âgés, lesquels, estil dit, ne peuvent la refuser qu'en déclarant qu'ils jouissent de plus de 6,000 fr. de retenu fixe, indépendamment du traitementqu'ils tiennentde l'Institut. Devenu, il y a plus d'un an, membre du Corps-Législatif, le traitement que je reçois en celte qualité a pu être regardé comme me donnant le droit de refuser la pension, et j'en aurois jugé ainsi si je n'avois été détourné de cette idée en pensant que la durée de cette fonction étant limitée à cinq années, dont la première est sans'-traitement, ne pouvoit être regardée comme un traitement fixe. De nouvelles réflexions que j'ai faites à l'occasion de la discussion élevée dans

notre dernière séance me persuadent que le règlement peut s'entendre d'un revenu même temporaire, et qu'il laisse à celui qui est dans ce cas le droit de refuser et de remettre la pension à laquelle son âge l'appelleroit ou l'auroit appelé. D'après cette explication, qui me semble ne pouvoir être désapprouvée par la classe, je remets la pension dont j'ai joui depuis l'époque du règlement du 11 {sic) floréal an xi, et qui passera à celui de nos confrères qui est dans les circonstances que le règlement a déterminées. J'aurois fait cette demande à la classe dans la séance dernière, si je n'avois craint d'apporter quelque obstacle au mouvement d'intérêt que la classe a montré à un confrère souffrant et malheureux. » morellet.

» 14 mars 1810. »

Plus était grande la responsabilité attachée aux fonctions de Morellet, plus on usait du droit qu'on avait de lui demander des comptes. Son humeur chatouilleuse, brutale même, s'accommodait médiocrement de cette curiosité, et pour peu qu'il eût affaire à des gens dont il n'estimât point le caractère ou dont il contestât la capacité, il ne se gênait pas pour le leur faire sentir, et il ne se laissait pas même imposer, à cet égard, par la présence de ses confrères. Il avait, par exemple, peu de goût pour Garât, et cependant Garât le poursuivait toujours sur le terrain du Dictionnaire. Un jour on se fâcha, et les choses en vinrent au point que, tout meurtri des coups de boutoir de Morellet, Garât s'en plaignit au secrétaire perpétuel.

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