‹ Mémoires et correspondancesChapitre 7 sur 97 · A MONSEIGNEUR LE DUC DE CHOISEUL, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE DUC DE CHOISEUL, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

« C'est en l'an 1635 et 1636 que les Russes prétendent que Louis XIII envoya le prince de Chalais, comte de Talleyrand, marquis d'Excideuil, ambassadeur à Moscou et à la Porte, conjointement avec un nommé Roussel. Ils prétendent que le czar relégua l'ambassadeur de France, prince de Chalais, en Sibérie.

» 11 est aisé de vérifier l'absurdité de cette impertinence au dépôt des affaires étrangères. »

Cette note (car ce n'est qu'une note) fut envoyée, selon toute apparence, à d'Argental, pour qu'il la communiquât au duc de Choiseul :

« J'ai besoin et intérêt de tirer cette fable au clair, écrivait Voltaire à d'Argental, le 12 décembre 1761 ; vous avez un dépôt des affaires étrangères depuis 1601 : M. le comte de Choiseul daignera-t-il m' écrire*?»

Et il joignit sans doute à cette lettre la note à mettresous les yeux du ministre. Il fut content de la réponse qui fut prompte et qu'il reçut, sous forme de mémoire, par l'intermédiaire de d'Argental; car il l'en remercie, le M du même mois, en ces termes :

« Le petit mémoire touchant l'ambassadeur prétendu de France à la Porte russe, est précisément ce qu'il me fallait: je n'en demande pas davantage, et j'en remercie mes anges bien tendrement. »

1 Remarquez que Voltaire dit tantôt M. le comte, tantôt M. le duc de Choiseul. Même quand il s'adresse, comme il le fait ici, à M. du Choiseul (Praslin), il se sert de l'un ou de l'autre titre.

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Inutile de dire que les éclaircissements qu'il demandait devaient être employés dans son Histoire de Russie, et servir à réfuter Oléarius, inventeur de ce conte.

« 11 y eut, dit-il en effet (préface de ['Histoire de Russie), un homme de la maison de TalleyranJ qui, ayant la passion des voyages, alla jusqu'en Turquie, sans en parler à sa famille et sans demander de lettres de recommandation. Il rencontra un marchand hollandais nommé Roussel, député d'une compagnie de négoce, et qui n'était pas sans liaison avec le ministère de France. Le marquis de Talleyrand se joignit à lui pour aller voir le roi de Perse ; et, s'étant brouillé en chemin avec son compagnon de voyage, Roussel le calomnia auprès du patriarche de Moscou. On l'envoya en effet en Sibérie ; il trouva le moyen d'avertir sa famille, et, au bout de trois ans, le secrétaire d'État, M. Desnoyers, obtint sa liberté de la cour de Moscou. »

Ici finissent les documents historiques relatifs à Voltaire. Ils sont de beaucoup les moins nombreux, et peutêtre m'accusera-t-on d'en avoir exagéré la valeur. Mais outre que ma conscience ne me reproche rien à cet égard, il demeure toujours vrai que toute pièce inédite, qui regarde Voltaire ou qui émane de lui, est assurée, dans tous les temps, et de la part de toute personne lettrée, d'un accueil, honorable sinon empressé.

A la suite de ces documents, j'en placerai d'autres d'une nature plus politique qu'historique, et postérieurs à ceux-là d'environ un demi-siècle. J'aime à penser qu'ils ne seront pas inutiles à l'histoire de la publicité en France, depuis notre première révolution jusqu'à ce jour.

En 1792, Suard avait fondé un journal intitulé : Non-

miles politiques, nationales et étrangères. Interrompu au IS fructidor, ce journal reparut successivement sous les titres de : \e Nouvelliste, le Narrateur universel, le Narrateur politique, et enfin le Publieiste. Il conserva ce dernier titre du 7 nivôse an vi jusqu'au 1er novembre 1810, époque à laquelle il cessa de paraître. Rédigé par Suard, Dupont de Nemours, Lacretelle jeune, l'abbé Morellet, puis par MM. de Barrante et Guizot, tous écrivains connus par la vivacité de leur antipathie contre le Directoire, il eut le tort de laisser percer, quoique avec plus de mesure, des sentiments analogues à l'égard du Consulat. Le moment était bien choisi! Sauvée par des mains puissantes de l'anarchie et de la dissolution, la société respirait à peine que déjà la presse essayait de la surmener. Le premier consul n'était pas de cet avis. Il se plaignit à Suard qui se justifia par la lettre suivante dont je n'ai pu trouver le commencement.

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