‹ Mémoires et correspondancesChapitre 70 sur 97 · SUARD AU COMTE REGNAULT S AINT- J E AN-D' ANG É LY · texte numérisé non relu

SUARD AU COMTE REGNAULT S AINT- J E AN-D' ANG É LY

« J'ai reçu, monsieur le comte, la copie de l'opinion que vous avez rédigée sur le Génie du Christianisme ; je l'insérerai textuellement dans le procès-verbal. Me permettrez-vous, sous le simple rapport d'un intérêt de confraternité, de vous dire que la proportion de la censure politique m'a paru, dans votre morceau, bien prépondérante sur la censure littéraire ? Deux remarques successives sur le silence de M. de Chateaubriand, à l'égard de l'empereur, m'ont paru surtout d'une nature bien grave. Mais je n'ai pas le droit d'insister sur ce point, et vous êtes seul juge de vos convenances à cet égard.

» Recevez, monsieur le comte, etc. »

C'est en écrivant lui-même avec cette convenance et ce tact, que Suard obtint que les expressions seraient adoucies ; car il reçut incontinent la réponse qui suit :

LE COMTE REGNAULT DE S AINT-JEAN-d' AN GÉ LY A SUARD. (PRESSÉE.)

« Monsieur, je vous remercie des avis obligeants que vous avés bien voulu me donner.

» J'ai écrit à la hâte, à cinq heures du matin, ce que vous avés pris la peine de lire, et je n'ai pas pu relire avant de donner au copiste. Il n'est pas étonnant qu'il y ait force incorrections.

» Si vous voulez me renvoyer le manuscrit, je ferai disparoître celles dont vous avés eu la charité de m'avertir.

■>> Je reverrai aussi la partie que vous trouvés trop sévère. Mais j'avoue que j'ai jugé, en écrivant, que j'eusse pu l'être beaucoup plus. J'ai omis des vérités qui pouvaient être justifiées.

» Cependant, la considération que M. Chateaubriand est notre confrère me portera à adoucir tout ce qui me semblera pouvoir être mitigé et changé, sans affaiblir trop l'esprit de ce que j'ai avancé.

» Je vous remercie, monsieur et cher confrère, de votre obligeance, et vous renouvelle l'assurance de mon sincère attachement. » REGNAULT DE SAINT-JEAN-d'aNGÉLY. »

On sait comment finit cette négociation difficile; les prix décennaux ne furent jamais décernés; M. de Chateaubriand ne prononça pas son discours, et il ignora toujours le service que Suard lui avait rendu.

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