‹ Mémoires et correspondancesChapitre 72 sur 97 · J. COUVREUR A CHARLES SPON · texte numérisé non relu

J. COUVREUR A CHARLES SPON

« Monsieur mon cousin,

» A la garde de Dieu et en conduite de Benay ruty, je vous envoyé, non pas Mademoiselle... mais une jeune pucelle de

quinze ans, que je vous prie de recevoir bien conditionnée, franche de port, et de vous en servir où vous jugerés bien estre, en tout bien et tout honneur. Dieu de mal vous guarde. » Je suis voslre très-humble serviteur, » j. couvreur.

» 1er mars 1GC9.

» A Monsieur J. Spon, docteur en médecine à Lyon. »

La suivante est du cardinal de Fleury. Elle est adressée à Févêque d'Auxerre, Lévis de Caylus, lequel avait pris possession de ce siège en 1704, qui le garda pendant cinquante ans, et mourut en 1754. Il avait fait un nouveau missel et l'avait envoyé au cardinal. Celui-ci lui expose ce qu'il pense de cette nouveauté dans une lettre fort belle, fort savante et fort judicieuse.

« A Fontainebleau, le 10 novembre 1752.

» Je réponds un peu tard, monsieur, à ce que vous attendiés de moi au sujet de votre nouveau missel, et je crois que vous m'excuses bien par le peu de temps libre que j'ai pour l'examiner sérieusement, et je viens vous communiquer mes réflexions avec une entière confiance.

» En général, il y a d'excellentes choses, et la partie surtout de l'Avent rassemble les idées les plus instructives sur le Messie, et présente à l'esprit tous les caractères qui sont répandus dans l'Écriture : mais vous permettrés de vous dire en même temps que cela produit des changemens bien notables dans l'office de

l'Avent, si respectable par son antiquité, et qui ne devroit être réformé que pour des raisons Lien fortes et bien essentielles. Les fidèles sont accoutumés depuis un temps infini à l'ancien office, et il n'est guère permis de changer les prières et surtout les collectes dont on s'est toujours servi dans l'Eglise, à moins que ces changemens n'ayent été approuvés dans un concile. Dans un différend qu'Agobard, archevêque de Lyon, eut avec Amalarius, ce prélat rapporte un canon du concile d'Affrique qui est exprès sur cette matière.

» Dans votre nouveau missel, vous faites aussi de grands changemens sur les Epîtres et sur les Evangiles qui sont, nonseulement dans le missel romain, mais aussi dans presque toutes les Eglises particulières. Il en est de même pour les jours des grandes festes, et le missel de Paris dans lequel il y a plusieurs collectes nouvelles, a pourtant respecté les anciennes, et vous savés mieux que moi que le commentaire de saint Grégoire a été de tout temps respecté dans tout le monde chrétien. Dans la feste de Noël qui est si solennelle, vous changés la première collecte, et les deux autres sont entièrement nouvelles, ainsi que dans la messe de l'Aurore, aussi bien que dans celles qui suivent la feste de Noël.

» Dans la messe de saint Thomas de Cantorbery , vous supprimés ces mots : pro cujus ecclesiâ gladiis impiorum occubuii, et vous substitués à leur place : impiorum gladiis occisum. Vous êtes le premier qui ayés fait ce changement, par lequel il semble que vous vouliés oster à ce saint l'avantage d'être mort pour la conservation des droits de l'Eglise. Vous faites le même changement dans les deux autres oraisons de la messe.

» Vous supprimés aussi la feste de saint Sylvestre, dont il n'est pas même fait commémoraison. VoSis savés qu'on prétend que c'est le premier saint dont on ait fait l'office, quoiqu'il ne fût pas martyr. Tous (sic) ces sortes de ehangemens semblent mar-

querun peu d'affectation de dire des choses nouvelles, comme si on méprisoit trop l'antiquité. Il est louable et permis de perfectionner les livres de l'Eglise, mais cette liberté doit être restreinte dans de certaines bornes , et doit s'écarter le moins qu'il est -possible de l'antiquité. Un évêque particulier est certainement maître, dans son diocèse, de changer quelques usages, quand il les croit mauvais, mais je douterois que son autorité pust être poussée jusqu'à changer des usages anciens et presque universellement reçus.

» C'est à la haste que je vous communique mes réflexions, et quand j'aurai veu le reste de l'ouvrage, je pourrai en parler plus affirmativement. Je vous supplie du reste, monsieur, d'être persuadé qu'on ne peut vous honorer plus parfaitement que je fais. » le card. de fleury.

» Monsieur l'éiêque d'Auxerre. »

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