‹ Mémoires et correspondancesChapitre 84 sur 97 · LE MARÉCHAL DE BRISSAC A L'ABBÉ ALARY · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE BRISSAC A L'ABBÉ ALARY

« A Paris, ce 20 septembre 1768.

» Je suis obstrué, mon cher abbé; les plaisirs loing de vous

s'égarent en leurs charmes ; je reviens de la campagne où j'ay vu gens mutilés des reproches qu'ils ont à se faire. Le bouquet des grandeurs aréopagiennes vient d'estre décidé pour un rival qui l'est devenu par le manque de penser derrière soy. C'est se condamner à la solitude qui n'apartient qu'aux esprits forts. Le beau temps ne me paroitra de retour que quand j'embraseray mon cher abbé, qui seul instrumente ma joye et mon plaisir, car il ne vous manque que des cornettes pour estre ma maîtresse chérie. Mais je ne vous nourirois que de meringues, car je ne veux pas blesser un régime que nos âges exigent. Cher abbé, je ne trouve plus ces gaytées d'âme qui couronent les ébas charmants; je ne puis plus déchirer les adolescences si délicieuses aux franches virilités. 11 me faut parer mon mausolé d'un respect pour le sexe, que je voudrois violer. Je voudrois du canon pour fixer sur les gracieuses lascevités féminines ; ma teste en est toujours occupée. Je veux cependant aller me tenter de la jolie brune, escortée de la bonne grâce d'esprit et de mémoire de sa maman. Je veux voir mon cher abbé pour me dégarnir de soucis. J'ay tant à vous dire que j'en ay indigestion considérable. Ménagés vostre santé, car elle fait la mienne. Je vous embrasse mil fois de tout mon cœur, mon cher abbé, pour lequel j'auray toujours l'honneur d'estre le très humble et très obéissant serviteur, » LE MARÉCHAL DUC DE BRISSAC.

» Mes respects et mes compliments à vos dames qui soignent vertueusement tout mon bien en votre personne.

» A Monsieur l'abbé Alary , de l'Académie française, prieur de Gournay, en son prieuré à Goumay. »

Le maréchal de CosséBrissac, qui mourut en 1 784, avait entrepris de faire revivre dans son siècle les mœurs de

l'ancienne chevalerie, dont il- conservait, comme on le voit ici, et dont il outrait jusqu'au style. Mais il en outrait aussi les sentiments, de telle façon, que s'il eût voulu les parodier, il n'eût pas mieux réussi. Son amitié pour l'abbé Alary est une tendresse tyrannique et violente qui pâtit cruellement d'être comprimée. Sa galanterie est si pétulante que, son âge ne lui permettant plus de plaire aux délicieuses adolescences, ni de fixer les gracieuses lascivete's féminines, il les attaquera à coups de canon, et les tuera, à moins qu'elles ne se dépêchent de capituler. Arlequin fait quelque part des déclarations d'amour de ce genre à Colombine. Je rends grâce à la fortune qui m'a mis en possession d'un si rare monument de style épistolaire; mais ce n'est pas assez pour le lecteur, et je demande la permission d'y joindre une autre lettre du même personnage, qui a été publiée en 1765 *. Ce sont là, je pense, tous les titres par lesquels le maréchal de Brissac se recommande aux amis de la littérature.

LETTRE DE M. LE DUC DE BRISSAC A MADAME LA COMTESSE DE GISORS, QUI LE SOLLICITAIT DALLER CHEZ LES JUGES DE M. LE CURÉ DE SAINT-SULPICE (M. DUREAU D'aLLEMARD), AU SUJET DE SA DÉMISSION DONNÉE CONTRE LAQUELLE IL VEUT REVENIR.

« Ma seule, unique et essentielle déité veut donc que j'aille donquichotter pour les paroissiaux, intérêts de sa conscience

1 C'est, autant qu'il m'en souvienne, dans les Mémoires de Eachaumonl.

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couleur de rose ; elle m'ordonne le rôle de valet de la tragédie d'un schisme au faux-bourg Saint-Germain, moi qui galoppe une place dans Calai* assiégé1. L'équitable mai-gui Hier d'un temple commencé2 doit porter par écrit les sollicitations fondées sur l'amour des héroïnes de nos bandiéres processionnales. Je n'ai vécu qu'avec nos drapeaux et nos étendards, nourri de détails unis avec l'honneur; j'ai vu démissions valoir, d'autres refusées, selon la volonté du chef; j'ai vu qu'autrefois faire et dire était un terminé inviolable. Sur quoi tabler dans ces climats nouveaux où les formes sont en continuelle bataille avec le fond? Que la volonté de Dieu soit satisfaite au profit de nos âmes en leur direction ! Je ne balaierai jamais la mienne, ma chère sœur, de l'amour que vous m'avez inspiré. »

Si les lettres du maréchal de Brissac sont une image très-chargée du style de l'ancienne chevalerie, en voici une qui nous offre une idée assez exacte des mœurs de la noblesse d'Angleterre au temps du roi Charles IL

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