I.KTTRE DK M. DK VII.I.ÈLE
devoir que j'ai à remplir comme ministre du Roi, m'ont porté à vous écrire sur cette malheureuse alTaire, et je me reproche presque de vous avoir fatigué au milieu de tant d'autres soins dont vous devez être accablé, par des observations inopportunes et rendues inutiles par la plus dure des nécessités.
« Tout ce que je puis dire à Y. A. R. et sur ce point et sur tout autre, c'est que je lui confierai toujours tout ce qui me paraîtra dans l'intérêt du service du Roi, tout ce qui me paraîtra le plus propre à assurer le succès de la noble entreprise qui lui est confiée, mais que jamais Monseigneur ne doit regarder comme dispositions positives et gênantes pour lui, ce que nous pourrions lui indiquer.
(( De trop grands devoirs sont imposés à Y. A. R. pour qu'elle ne reste pas en définitive arbitre de ce qui convient le mieux pour la réussite de la mission qui lui est confiée; nous nous appliquerons, quelque parti que vous preniez, à vous seconder et à faire réussir ce que vous aurez arrêté.
« Je marquais hier à Y. A. que nous autorisions en faveur des auxiliaires espagnols, jusqu'à l'arrivée à Madrid, une subvention mensuelle de deux millions par mois ; je crois fort inutile que cette latitude soit connue de ces messieurs, il suffit que V. A. R. le sache et il convient qu'elle ménage ce moyen de les contenir dans le devoir, ainsi que sa sagesse le lui suggérera.
(( Si, comme la note que Monseigneur a jointe à sa lettre le contient, les besoins mensuels de la totalité des services des deux armées sous ses ordres sont
de 2 100 000 fr. pour la solde et, pour vivres, fourrages et transports, de 7 780 000 fr.
En tout, par mois environ 10 000 000 fr.
Plus, subventions aux Espagnols 2 000 000 —
Total 1 2 000 000 fr.
je me chargerai de faire que vos caisses reçoivent bien exactement et toujours un mois à Favance les fonds nécessaires à ce service; j'ai déjà pour avril, en outre de sept millions payés pour l'armée en deçà des Pyrénées, mis à la disposition du payeur général :
Le 22 mars 2 700 000 fr.
Le 1" avril -4314000 —
Le 12 ^ oOOOOU —
Le 19 — 2.000 000 —
En toul, pour le service d'avril. . . 10014000 fr.
« J'ai huit millions à Perpignan pour le 4" corps; j'en ai huit à Bayonne pour vos premiers besoins et j'en ai d'autres en route pour que la réserve permette toujours de satisfaire aux demandes que vous pourriez lui faire.
(( Je ferai tous mes efforts pour que les autres services sur les détails desquels je ne puis avoir qu'une influence moins directe soient également faits à la satisfaction de V. A. R. : c'est l'assurance que je ne cesserai de donner à Monseigneur, c'est la promesse que tout ce que Dieu m'a donné de santé et de moyens sera employé à remplir ; Y. A. R. peut y compter, comme sur les sentiments
LETTRE DE M. 1>K MARTIG.NAC. .'547
respectueux et dévoués de son tr»'S humble et très obéissant serviteur.
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« Je joins ici l'état des forces navales que le ministre de la Marine me dit être aux ordres de Monseigneur dans le golfe de Biscaye. »
CCCXVn. M. DE MAUTIGNAC AU COMTE DE VILLÈLE.
<( Vittoria, 18 avril 1823.
« Monsieur le comte, j'ai reçu hier matin la lettre que Y. Exe. m'a fait l'honneur de m'écrire le 13.
« Vous avez bien raison de nous plaindre d'avoir affaire à des auxiliaires si peu d'accord entre eux et si peu disposés à des concessions et à des sacrifices. Les détails que contient la longue lettre que je viens d'écrire à M. le ministre de l'Intérieur, vous confirmeront dans cette juste commisération. Je vous prie de lire cette lettre qui renferme des choses dignes d'être vues.
« Yous avez vu par ma dernière lettre que je reconnais comme vous la nécessité de renforcer notre junte de quelques hommes inlluents. Je n'ai point encore reçu de réponse de l'évêque d'Urgel, qui est à Orthez, d'après ce que m'écrit M. le sous-préfet de Bayonne. Si en avançant dans le pays, nous trouvons quelques personnages importants, qui puissent augmenter de leur considération personnelle la considération du corps, nous ne manquerons pas de les appeler.
« L'idée d'établir une seconde junte en Catalogne
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et d'y appeler les membres de Tancienne Régence, n'est pas d'une exécution possible. D'abord M. Mataflorida est dans des dispositions plus inquiétantes que favorables; ensuite notre junte d'ici nous quitterait le jour où l'autre serait créée. Il faut aller jusqu'à Madrid avec celle-ci, et s'il plaît à Dieu, nous irons. Sans Mina et la Catalogne, nous y serions bientôt.
« J'attends avec impatience la réponse à la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire et qui touche à la question de finances. Depuis que S. A. R. est arrivée à Rayonne, c'est-à-dire depuis vingt jours, il n'a été compté à l'armée de la Foi que 98 000 fr. La junte a reçu une première fois 10 000 fr., et aujourd'hui même oO 000 fr. Voilà avec quelles ressources il a fallu entretenir une armée et un gouvernement. Jusqu'ici j'ai obtenu de la patience, à force de la prêcher. Je ne sais plus que dire et il me tarde bien d'avoir quelque chose de positif, que je ne puis apprendre que de vous.
« Je me réfère pour tout ce que j'aurais à vous dire à ma lettre à M. le ministre de l'Intérieur.
« C'est une triste et pénible chose à faire que la politique ambulante. Je n'y trouve de dédommagement que dans les marques de bienveillance dont mQ comble S. A. R. et dans l'espérance oij je suis de rendre un véritable service au Roi, au pays et au gouvernement qui m'a donné sa confiance.
« Je suis avec un respectueux dévouem.ent, etc.
« De Marttgnac. »
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« Vittoria, ce 18 avril 1823.
(( Monsieur le comte de Villële, j'ai reçu ce matin votre lettre du 13. D'ici à quelques jours je vous enverrai des réponses aux notes que vous m'avez envoyées, soit de vous, soit faites dans vos bureaux. L'intendant de l'armée étant toujours à Rayonne, ayant fait les marchés avec M. Ouvrard, et n'en ayant aucune copie, je ne suis pas en état de vous répondre aujourd'hui. Qu'on m'envoie ici un homme fort dans ces matières, probe et ayant la confiance du gouvernement : c'est tout ce que je demande. J'ai donné des ordres pour les bulletins et pour le télégraphe. Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez; j'espère que l'exécution des ordres que j'ai donnés au général Molitor et au maréchal Moncey ôteront toute espèce d'inquiétude pour nos frontières. J'espère pouvoir me remettre en marche vers le 5 mai et être à Madrid vers le 25 . Rien de nouveau ici, sinon que l'avant-garde a occupé hier le fort de Pancorbo, 011 nous avons trouvé trente pièces de canon. L'idée de former une seconde junte pour la Catalogne et d'y employer M. de Mataflorida est impraticable. C'est toujours avec plaisir que je vous renouvelle l'assurance de toute mon estime et affection.
« LOUIS-A.NTOINE. »
■■m AVRIL 182 3.
ccrxix. — Li: comte de vili.èee a m. de .martignac.
« Paris, 18 avril 1823.
« J'ai reçu, mon cher monsieur, votre letlre du 12, et ne pouvant vous écrire dans le moment, j'ai inséré dans ma lettre à Monseigneur nos réponses aux questions que vous faites.
« Nous avons cru nécessaire, pour favoriser la formation d'une armée espagnole dévouée au roi et pour préserver le pays des déprédations de nos auxiliaires, de leur fournir, soit pour leur solde, soit pour leur nourriture, habillement et entretien, une somme déterminée et qui ne leur sera payée que d'après les ordres de M^' le duc d'Angoulème,
<( La justice et les formes de notre gouvernement, qui soumettent toutes les dépenses à la sanction des ^^hambres, nous forcent à donnera cette subvention la forme d'une avance faite par le gouvernement français au gouvernement espagnol. Il nous parait donc nécessaire qu'après avoir pris les ordres de Monseigneur, et vous être convaincu avec lui que notre idée n'a rien d'inapplicable à la situation, vous retiriez successivement, de la junte royale, des reconnaissances et obligations remboursables, ainsi qu'il sera postérieurement réglé entre les deux gouvernements, de toutes les sommes déjà payées pour l'armement des troupes espagnoles, et de toutes celles que Monseigneur leur fera fournir dans la suite. Vous pourriez voir avec M. de Caux, si ce ne serait pas le cas de conclure entre la junte au nom de Ferdinand, et M. de Caux au nom de la France,
LETTHKS DK M. !>]•: VILLÈLE. 351
uiu' sorte de stipulation qui pùl être produite aux Chambres, si c'était nécessaire, et qui entraînerait l'obligation des remboursements, résultant des fournitures ou versements qu(^ nous justifierions avoir été faits aux troupes espagnoles.
« Je pense, quant à la durée de ces fournitures, qu'elle doit être bornée à l'époque oii, maîtres de Madrid, et le gouvernement provisoire reconnu par une grande partie de l'Espagne, il aura par luimême les moyens de pourvoir par le produit des impôts au paiement de ses troupes.
« Ce ne sera que plus tard, pour consolider en Espagne l'ordre que nous y aurons rétabli, qu'on pourra y faire un emprunt avec quelque succès et un véritable intérêt pour le pays ; tout ce qui serait tenté prématurément sous ce rapport, ne produirait que des ressources passagères et trompeuses, détruirait même toutes celles qui existent encore pour préserver d'une ruine prochaine l'ordre que vous auriez établi.
« On a été fort content ici de la proclamation de la junte provisoire; nous sommes au reste très décidés à nous en rapporter, sur tout ce qui regarde l'opinion en Espagne, à ce que Monseigneur approuvera.
« M. de Lostende a été acquitté et élargi hier. Nous allons le renvoyer à son général et il ne dépendra pas de moi que l'on ne parvienne à la connaissance des motifs qui ont dirigé Fauteur de l'infernale combinaison de cette adresse.
« Avertissez, je vous prie, le général Guilleminot de dater du lieu, du jour et de l'heure, les dépêches