CCCLIX. M. DE MARTICtNAC AU COMTE I»E VILLÈLE
« Burgos, le 11 mai 1823.
« Monsieur le comte, il y a plusieurs jours que je n'ai eu l'honneur d'écrire à V. Exe. Eloigné pendant quatre jours du grand quartier général, je n'ai pas pu profiter de l'estafette. Je n'avais d'ailleurs rien de bien important à vous dire.
« A son arrivée ici, Monseigneur m'a remis les
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loi Ires et les instructions qu'il avait rcriies do vous, sons les dates des l"'', 4 et o mai, afin de les examiner, de lui on présenter un résumé et de lui soumettre les observations que je croirais devoir faire sur la marche à suivre d'après ces instructions.
« J'ai gardé ces papiers pendant deux jours. Je les ai iuset médités avec toute l'attention dont je suis capable , j'ai pris sur les choses et sur les personnes des renseignements multipliés, que j'ai demandés aux hommes les plus graves et /es moins empressés de les do)i?ie)\
« J'ai ensuite rédigé un rapport à Monseigneur, dont je vous enverrai la copie.
n Les difficultés que j'ai indiquées pour l'exécution de la partie des instructions qui se rapporte à l'élection de la Régence, avaient frappé Monseigneur à la première lecture; les renseignements demandés autour de nous ont confirmé ses craintes.
(( Il a donc fallu, en proposant un plan de conduite et en mettant en première ligne l'exécution littérale des instructions, prévoir le cas oii cette exécution deviendrait impossible ou dangereuse, et substituer pour ce cas quelque chose d'approchant.
(( J'ai proposé à Monseigneur f/«Rs^ cette supposition, de se faire présenter,6^ï/^.s/;jo.'>676/e, parla junte, qui a déjà pris une véritable consistance, des fonctionnaires du premier ordre qui sont présumés revêtus de la plus haute confiance du souverain, comme:
(( Le président du Conseil de Castille : ducdel'Infantado ;
(( L'un des prélats les plus considérables : l'archevêque de Valence;
« Le président du Conseil suprême des Indes, duc de Monlemar ;
« L'un des plus anciens conseillers d'Etat : duc de San Carlos ;
« L'un des officiers généraux qui ont rendu les plus grands services : baron d'Eroles.
(( J'ai proposé en outre de convoquer les divers Conseils, le clergé et la municipalité de Madrid pour donner leur adhésion à ce choix, reconnaître la Régence et lui prêter serment d'obéissance. Cette mesure se rapproche autant que possible de celles que vous avez proposées, et elle offrira moins de difficultés et d'incertitude.
« Voilà ce que j'ai cru devoir proposer à S. A. R. uniquement pour le cas où vos instructions ne pourraient être littéralement suivies.
« Ce que je crains, c'est la résistance du président de la junte actuelle. M. Erro, homme de bon sens et de mérite, nous aidera de tous ses moyens. LebonM.Calderonm'adéclarécematinqu'il était tout prêt à faire tout ce qui serait agréable à Monseigneur et qui pourrait faciliter le succès de son entreprise. L'un etl'autre craignent une opposition violente et formelle du général Eguia. Sa vieillesse et ses infirmités ne lui ont rien fait perdre de la raideur de son caractère; il se dit l'homme de choix du roi et ne se prêtera à rien de contraire à son droit. Voilà ce que Ton redoute.
« Je tâcherai de l'amener à une concession et, s'il s'obstine, il faudra bien trouver un moyen d'agir sans son concours. 11 est toutefois nécessaire de le ménager. Il est certain^ que depuis que nous sommes
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entrés en Espagne, il a reçu en ma présence iréclulantes marques de rafreclion[)ubliqu(> et([u'il n'a rien fait dans Texercice (le ses lonclions qui ai Lpu la lui faire perdre. Je craindrais donc qu'un mécontentement prononcé de sa part ne produisît un mauvais eflet.
« Voici un moment bien important qui s'avance. Les difficultés militaires paraissent s'aplanir. Les Portugais n'embarrassent plus notre marclie. Les troupes constitutionnelles semblent peu décidées à faire résistance» Il est donc tout à fait vraisemblable que nous serons le 23 à trois lieues de Madrid et que nous entrerons le 24.
« Ce premier moment sera difficile et critique. Je suis loin d'espérer que notre Régence s'organise sans embarras et sans inquiétude. Mais, cet obstacle franchi, notre position sera claire et forte.
« Tous nos efforts devront alors se tourner du côté de Séville. 11 me semble que nous avons trop négligé ce point essentiel. Nous aurions pu préparer les moyens de délivrer le roi, et les dispositions de la population nous auraient été d'un grand secours. Je pense qu'il faudra aumoins profiter de la commotion que produira notre entrée à Madrid pour frapper les premiers coups. J'ai l'honneur, etc.
(( DeMartignac. ))