‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 134 sur 158 · CCCLX. s. A, U. M''' LE DUC d'aX(;OULÊME AU COMTE · texte numérisé non relu

CCCLX. s. A, U. M''' LE DUC d'aX(;OULÊME AU COMTE

« Biirgos, ce 12 mai 1823.

« M. de Martignac vous envoie, mon cher comte, le rapport que je l'ai chargé de me faire sur tous

4i() MAI 1823.

les papiers que vous m'avez envoyés. Je me conformerai le plus possible à vos instructions, mais si je devais attendre pour établir la Régence que j'eusse le choix de tous les Conseils, nous n'en finirions pas.

<( Je vous préviens quo les réclamations que j'ai reçues, les dilFérends qui s'élèvent journellement entre le soldat et l'habitant par rapport au change des monnaies et les représentations des généraux des corps d'armée, m'ont déterminé à accorder une indemnité, tant aux officiers qu'aux soldats. Cela fera une dépense de 220 à 230,000 fr. qui était indispensable pour le maintien de la discipline admirable que nous avons eue jusqu'à présent. Je compte sur vous pour mappuyer en cas de besoin auprès du ministre de la Guerre. S'il parle de sa responsabilité, il se moque de moi, parce que ceci est autrement nécessaire et important que ce qu'il avait fait accorder par ordonnance du Roi aux officiers du cordon sanitaire, et dont sa responsabilité n'avait pas été effrayée. Au reste, je ne me suis déterminé à cette mesure qu'après y avoir mûrement réfléchi, et avoir assemblé un conseil, auquel j'ai appelé ce (ju'il y a de plus marquant à l'armée, dont plusieurs députés.

« Adieu, mon cher comte, comptez sur toute mon estime et mon affection pour vous.

« LûL'IS-Â MOI NE.

« Je n'ai que le temps de vous dire que je viens de recevoir votre lettre du 8. »

LliTTKE DE M. 1>E VIl.l.KLIi, 441

ccc. lxi. — le comte de villèle a s. a. r. m''"^ le duc d'angouuvme.

(( Paris, le 12 mai 182:}.

<( Monseigneur,

« Je remercie V. A. 11. des dispositions qu'elle a bien vouln prendre pour faciliter le transport supplémentaire de nos fonds; à mesure que l'armée s'éloignera de nos caisses de réserve, les difficultés de ce service augmenteront. C'est au payeur général à ne pas manquer de prévoyance dans les dispositions qu'il prendra pour le transport. Je ne puis mettre la mienne qu'à tenir toujours nos caisses de réserve fournies. C'est à quoi je ne man([uerai point.

« Le 8 de ce mois, 7 337 000 fr. sont partis de la caisse de Bayonne pour l'armée, et il restait encore 4 700000 fr. ; il va y être versé d'ici peu de jours 9000000 fr. qui porteront la réserve de ce côté à près de 14000000 fr. A Perpignan, j'ai aussi de ([uoi faire face aux dépenses du mois courant et à celles du mois qui va suivre. Je me maintiendrai toujours dans cette position; reste aux ordonnateurs et au payeur général à organiser leur service pour que de la caisse de réserve les fonds soient dirigés à temps sur tous les points, pour ne laisser aucun service en souffrance.

« La demande que fait V. A. R. d'un crédit spécial de cent mille francs par mois pour dépenses secrètes est de toute nécessité et ne peut rencontrer aucun obstacle. Je vais, dès demain, m'en entendre avec AL le ministre de la Guerre, ordonnateur habi-

tuel de ce genre de dépense dans les armées. Si, contre mon attente, cet ordonnancement souffrait de sa part la moindre difficulté, je ne balancerais pas à rordonnancer moi-même. Ainsi V. A. II. peut être sûre que ce qu'elle a dépensé en avis et ce qu'elle dépensera à l'avenir pour cet objet, va être et sera promptement régularisé par l'ouverture de crédits correspondants à sa demande.

« Il sera sans doute difficile à V. A. R, de borner à deux millions par mois la dépense relative à ses auxiliaires. Ils ont reçu des habillements, des armes, des équipements. Ils reçoivent probablement les subsistances et la solde comme nos troupes. Comment V. A. R. pourrait-elle connaître le montant de ces diverses fournitures faites sur des points si éloignés et pour un nombre d'hommes si difficile à constater, même à prévoir? C'est sur les lieux que Monseigneur peut chercher à connaître ces difficultés, que nous apprécions avecle grand intérêt de contenir ces dépenses dans les limites fixées, et de les soumettre à toutes les garanties de justifications et comptabilité dont elles sont susceptibles.

« Y. A. R. aura été informée que notre marine a déjà arrêté et conduit au Passage un bâtiment espagnol chargé de 3 800 fusils qu'il portait à la Corogne. J'ai déjà dit au ministre de la Marine de faire ainsi conduire à Rayonne toutes les prises qui porteraient des armes ou de l'argent. Je compte réunir un conseil demain pour régler le mode d'après lequel ces armes ou cet argent appartenant au gouvernement espagnol, pourraient être remis à la disposition de la junte ou de la Régence ; aussi-

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lût que nous aurons pris un ])arli sur ce point, je m'empresserai d'en rendre compte à V. A. R. J'espère que nos forces navales, que nous savons être maintenant rendues à leur poste dans le golfe de Biscaye, pourront seconder utilement les opéralions de vos troupes sur le littoral.

« Je fais prendre au contre-amiral llamelin, qui va serendre avec le Co/o55edevant Cadix, 1 300 000 fr. en or d'Espagne et une lettre de change à vue de pareille somme sur la meilleure maison de banque de Cadix. Ce serait un beau prix à faire ollrir à ceux qui voudraient tenter de conduire à son bord le roi et la famille royale; de votre côlé, Monseigneur, vous feriez une très bonne opération financière si, au prix même de deux millions, vous pouviez acheter le retour direct du roi et de sa famille à Madrid. Tout ce qui peut abréger cette guerre est désirable, politique et économique.

« Le Roi est en ce moment à la promenade. Sa santé va chaque jour en s'améliorant. Dieu nous conserve aussi celle de Y. A. R.

« J'ai l'honneur, etc.

« J" DE ViLLÈLE.

« Le ministre des Affaires Etrangères m'apporte une lettre de Marcellus qui nous donne la certitude que le gouvernement anglais ne prendrait nul ombrage des échauffourées auxquelles pourra donner lieu l'entrée des Portugais sur le territoire espagnol. Ainsi vous pouvez ne pas vous gêner à l'égard de Rego. Le ministre de la Guerre me communique la lettre que lui écrit M. Guilleminot au sujet de ces

Portugais, du départ d'Abisbal de Madrid et de la translation probable du roi à Badajoz; on pense ici qu'il serait moins fâcheux de voir Ferdimmd à Badajoz qu'à Cadix. V. A. R. jugera de ce qu'il conviendra de faire d'après le parti qui sera pris. »

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