‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 136 sur 158 · U8 MAI · texte numérisé non relu

U8 MAI

Lniit. Un colonel au service d'Espagne, nommé Smilh, s'est présenté à Viltoria à M. le major général, porteur d'une recommandation du capitaine général O'Donnell. Il assura qu'il avait des liaisons particulières avec celui des O'Donnell qui commande à Saint-Sébastien, et qu'il était presque sûr d'obtenir de lui la capitulation de la place.

« Le major général crut pouvoir essayer de se servir de cet intermédiaire. 11 lui donna quelque argent dont il avait un pressant besoin, et un mot de recommandation pour le commandant du blocus. Le colonel Smitli est allé à bord du brick Y Isère, et de là il a établi avec le gouverneur de Saint-Sébastien la négociation la plus inconvenante et la plus absurde, faisant parler Monseigneur au nom des empereurs de Russie et d'Autriche et des rois de France et de Punisse, et allant enfin jusqu'à déclarer qu'il 'n'est nullement question de détruire la constitution,mais seulement d'y changer (quelques articles.

« La correspondance qui a eu lieu entre le gouverneur et lui a transpiré. Une copie en a été envoyée à la junte, qui me l'a remise et qui m'a témoigné les plus vives inquiétudes sur l'effet que produirait dans le public la connaissance de cet acte.

«J'ai eu un entretien à ce sujet avec Monseigneur etavec le major général, qui m'ont autorisé à démentir hautement l'imprudent négociateur,etje suis allé le soir déclarer à la junte que M. Smith n'avait nullement reçu la mission de tenir un pareil langage.

« Comme il est possible qu'on ait fait parvenir à Paris des copies pareilles à celle qui a été envoyée ici, j'en ai fait faire une que je vous transmets. Vous

LETTRE I>K M. DE MAHTKiXAc:. 449

jugerez sans doulc ('oiivonablo, si les journaux de ropposition publient ces actes, do donner une explication sur leur contenu.

« Au nombre des questions que vous voudriez soustraire aux délibérations de la Régence,je vois la dépossession des biens du clergé vendus depuis 18-20. Jusqu'ici cette question n'en a pas été une. Je crois que les acquéreurs se sont retirés et que le clergé a repris possession sans la moindre difficidté. Ce qu'd y a de certain, c'est que nous n'avons pas entendu une plainte ni une réclamation. Au reste, le fait ne juge pas le droit et je pense bien aussi qu'il serait sage d'attendre le retour du roi pour statuer sur le principe.

« J'ai vu avec bien du plaisir que vous engagiez .Monseigneur à faire quelque chose pour M. Eguia et pour M. Galderon. La place de capitaine général et un ordre français dans un rang un peu élevé satisferaient, j'espère, le premier. Le second acceptera avec plaisir les fonctions de conseiller d'État. Cela ne suffit pas. L'un et l'autre ont sacrifié leur fortune. Eguia a une nombreuse famille, et je le crois dans le besoin. J'ai la certitude qu'une somme de trente ou quarante mille francs, qui lui donnerait les moyens d'attendre son traitement de capitaine général, rendrait notre négociation plus facile et empêcherait son mécontentement. Cette somme serait bien employée. La moitié suffirait pour le bon M. Caldej-on. « Je dois recevoir aujourd'hui la déclaration de la junte que les sommes qu'elle a reçues lui ont été comptées à titre d'avance et de prêt. J'aurai soin de vous l'envoyer.

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