‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 137 sur 158 · TOME III. an · texte numérisé non relu

TOME III. an

« Je m'arrête et il est bien temps. J'ai tant de choses à vous dire qu'il faut bien que je parle longtemps. Excusez-moi en faveur du motif. J'ai l'hoiineur d'être, etc.

« Dr. MAnTiGNAC. »

ccclxiii. le comte de villèle a s. a. k. m"'' le duc

d'angoulème.

« Paris, le lo mai 1823.

« Monseigneur,

« Je remercie V. A. R. de la lettre qu'elle a bien voulu madresser le Jl de ce mois. EWe sera bien près de Madrid quand elle recevra celle-ci; aussi veux-je n'y mettre que ce qui peut être indispensable à communiquer à Monseigneur.

« J'ai eu hier une longue conversation avec M. le maréchal. Il est fort disposé à ne plus rien contester de ce qui paraîtra raisonnable à V. A. R. Mais il reste fortement préoccupé et sincèrement affecté du surcroît de dépense que vont causer les doubles dispositions faites pour le même service, par suite des achats faits par lui et des obligations contractées envers Ouvrard. Je crois du devoir et du véritable intérêt de S. A. R. de se prêter à tout ce qui pourra éviter à l'Etat des dépenses inutiles; et je le dis à Monseigneur en toute franchise, parce que je le connais assez pour savoir que la vérité ne peut l'offenser.

« M. le maréchal prétend avoir à sa disposition des subsistances pour six mois; il me paraît très raisonnable que cet approvisionnement serve à la

j. !■; r r u i ; i • i: .m . u i; vil i> k l k . 451

fouriiiluro do rarmée, et qu'il soit déduit dos fonds à faire au munitiouiiaire général, tout ce qui aurait été destiné à ces achats s'ils n'eussent pas existé; do môme M.lo maréchal assure que, dès le i" juin, il aura à Rayonne 12400 mulets de bât, 299 caissons attelés de 4 chevaux, 200 voitures auxiliaires de quatre colliers, et 1 200 mulets, 130 caissons et 100 voitures auxiliaires à Perpignan. Si ces arrivages se réalisent, il me semble que Monseigneur doit les utiliser pour le service de son armée, et exiger, dans les moyens de transport de M. Ouvrard, une réduction proportionnelle de ceux qu'il a temporairement fournis; une double dépense dans ce genre serait intolérable et il n'est pas possible que V. A. R., avertie que plus tard tout ce qui lui manquait au moment de son départ lui arriverait, puisque l'administration de la guerre en avait fait la commande, ne se soit pas réservée vis-à-vis de M. Ouvrard les moyens d'éviter le double emploi dont on semble menacé en ce moment.

« Je joins ici confidentiellement, mais a(în que Monseigneur en juge, la note que m'a communiquée M. le maréchal, comme comparaison des prix de la fourniture du munitionnaire avec la fourniture telle qu'eût pu la faire l'administration. L'excès de dépense s'y trouve porté à 2600 000 fr. par mois; j'admets qu'il y ait des erreurs et de l'exagération, mais il me semble que cet aperçu doit servir à convaincre V. A. R. qu'elle doit chereher à restreindre autant qu'il sera en elle les fournitures directes du munitionnaire général, et pour cela réduire, autant qu'il se pourra sans danger pour

Tarmée, les transports fournis par Ouvrard el ne lui donner de l'argent pour achats de subsistances qu'autant que les magasins de l'administration seraient épuisés, ou qu'il y aurait impossibilité ou perte à en extraire l'approvisionnement de l'armée.

(( M. le maréchal m'a assuré avoir fourni ou fait préparer des habillements pour vingt mille Espag-nols. V. A. R. doit se faire rendre compte de ceux de ces eifets qui sont encore disponibles et les utiliser; par l'aperçu ci-joint que le maréchal m'a remis, elle verra également les sommes mensuelles auxquelles peuvent s'élever les dépenses de ces 20 000 hommes. Ce point me paraît d'une grande importance dans le moment oii Monseigneur aura probablement à s'occuper de la formation de l'armée espagnole, ou du moins à porter jusqu'à cinquante mille les auxiliaires avec lesquels elle doit délivrer le Midi de l'Espagne, comme elle a délivré ses provinces du Nord.

« Depuis mes dernières lettres à Monseigneur, on m'avait dit en effet que le Retira n'était guère habitable; on, m'aNait parlé comme à lui de l'hôtel Medina-Coeli ou de celui de Berwick, qu'on m'avait dit encore mieux situé.

« Nous avons ici Mataflorida et l'archevêque de Tarragone. J'ai eu leur visite hier. Le premier est, je crois, un bien mauvais homme, bien décidé à contrarier tout ce qui ne fondera pas sa domination; l'autre est entièrement à la discrétion du premier; nous nous arrangerons pour leur ôter les moyens de nuire à Y. A. R., en évitant qu'ils ne fassent du mal ici.

LETTUH DE S. A. H. M-'" I.K IMC I) \ .\ ('. O U L fOI E. i5:î

<( Nos fonds s'étaient élevés jusqu'à 88 francs; ils retombent aiijourd'iuii à 87 fr. 20, sur la nouvelle que Mina a échappé à nos troupes, forcé le passaj^e par Ripoll et pris la position de Berga. La vérité est que, de ce côté, nos généraux paraissent s'être laissé jouer par ce chef de partisans.

(( Nous sommes étonnés de n'avoir pas encore entendu parler de la colonne que Molitor devait envoyer pour se mettre en communication avec le maréchal Moncey.

« Nous recommandons à V. A. R. de se tenir en garde contre les mouvements que pourraient faire les Portugais sur les derrières. Nous imaginons bien quelle a pris ses précautions à cet égard.

<' Nous allons faire tous nos efforts pour faire passer en Espagne soit des dépôts, soit par les quatre régiments disponibles, un renfort d'une vingtaine de mille hommes d'ici k cinq ou six semaines. « Recevez, etc.

(( J" DE V ILLÈLE. »

CCCLXIV. — s. A. P.. M"" LE DUC d'aNGOULÈME Al" COMTE DE VU.LÈLE.

- « Aranda, ce 16 mai 1823.

« J'ai eu le plaisir de recevoir, mon cher comte, VOS deux lettres des 9 et il. Nous avançons tranquillement sur Madrid. Je viens d'en recevoir des nouvelles d'hier par un courrier du commerce. Il paraît que Labisbal était à Ségovie avec 4000 hommes, se disposant à se retirer derrière le Tage. Je voudrais beaucoup que le duc de l'Infan-

lo4 MAI 1S2:J.

lado vînt me trouver avant mon entrée dans la capitale, afin de convenir de beaucoup de choses avec lui ; j'agirai avec le plus de sagesse possible ; mais la besogne politique est si difficile, que je ne réponds pas de réussir; au moins j'y ferai de mon mieux. Je ne profiterai qu'en cas de besoin de la lettre de crédit de M. Rothschild. L'annonce que vous me faites de quatre régiments de plus me fait grand plaisir; mais pour pouvoir dire oîi ils me seraient le plus utile, il faudrait que je susse oi^i ils sont, et l'époque de leur arrivée sur tel point déterminé.

« J'ai eu hier des nouvelles du général Obert d'Almojar; il est aujourd'hui à Siguenza; il était en communication avec le général Bessières. Je viens de voir M. de Martignac; il va écrire au duc de ITnfantado pour l'engager à venir au-devant de moi, et alorsje me concerterai aveclui d'après les instructions que vous m'avez envoyées. Comptez, mon cher comte, sur toute mon estime et mon affection pour vous.

" Louis Antoixk.

« Je pense qu'il serait fort utile de profiter des moyens que M. Rothschild peut procurer d'avoir des fonds à Madrid. Ce serait beaucoup plus court et sans doute plus économique que de les faire venir de Rayonne. »

CCCLXY. M. DE MARTKiNAC AU COMTE DE VUXÈLE.

<i Aranda, le Ki mai.

« Monsieur le comte, je viens d'arriver auprès de Monseigneur. J'ai trouvé la lettre que V. Exe. m'a fait

i.i'/iruK ni: m. dk mautkinac, 'iS")

riioniicur de m'écrire lo 10, et S. A. R. m'a donné connaissance de celles qu'elle a reçues depuis noire séparation. Nous ferons, soyez-en sûr, tout ce qui sera en notre pouvoir pour remplir vos vues.

« J'écris à l'instant à M. le duc de l'Infanlado pour lui faire connaître le désir qu'a S. A. |{. d'avoir un entretien avec lui avant d'arriver à Madrid. Je me suis déterminé aujourd'hui à cette mesure parce que nous avons acquis la certitude que les communications sont tout à fait libres. Le duc de l'infautado est à Madrid. Nous savons positivement que le duc de San Fernando y est aussi. Yoiis savez ce que je vous en ai dit. Au surplus, nous consulterons sur ce point M. le duc de l'Infantado. J'avais bien prévu le refus de l'archevêque de Valence. Il faudra le remplacer. Le duc de Medina-Cœli sera peut-être l'homme qu'il nous faudra. Nous consulterons : nous ferons pour le mieux.

« Nous sentons bien la nécessité d'empêcher les dispositions générales, et je conçois la mauvaise humeur que donnerait à l'Angleterre l'annulation de l'emprunt des Cortès.

« Je vous remercie de la part que vous prenez à mes tribulations. Soyez sûr que je ne témoigne à mes Espagnols ni dégoût ni ennui. L'atfaire a d'ailleurs un tel intérêt qu'on s'y attache, malgré tout ce qu'elle a de fâcheux.

« Pardon du désordre de ma lettre. J'écris à la hâte et sur un genou. Je suis avec respect, etc.

« De Marti g n a c .

«LeprincedeSavoie-Carignanestarrivécematin.»

4ort MAI 182:î.

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